Rétrospective Hitchcock
Crédits : Jennifer Dionisio, StudioCanal, L'Étoile Graphique

Rétrospective Hitchcock – Du muet au parlant : 10 films méconnus du maître du suspense

Ce printemps, Carlotta Films consacre une rétrospective aux débuts d’Alfred Hitchcock. Dix films méconnus du maître du suspense, dans des versions fraîchement restaurées. Au-delà d’objets de curiosité, ces quelques longs-métrages témoignent d’un moment charnière pour le cinéaste : son passage du muet au parlant.

Il fut un temps où Alfred Hitchcock n’était qu’un jeune cinéaste. À la fin des années 1920, plus exactement, alors qu’il vient de signer chez British International Pictures. S’il n’y reste que cinq années, il laisse derrière lui une dizaine de films. Dix films restaurés par Studio Canal et le British Film Institute, à redécouvrir en salle depuis le 2 avril 2025 grâce à Carlotta Films.

Des longs-métrages qui témoignent d’une période bien particulière dans les studios : le passage au parlant. Pour autant, il est amusant de voir que les anciens codes demeurent et imprègnent ses productions, même plusieurs années après. Dans À l’est de Shanghai (1931) par exemple, les acteurs principaux conservent un jeu exagéré hérité du muet.

Pour ceux qui ne pourront pas se rendre en salle, un coffret collector sous forme de rétrospective sera disponible le 15 avril 2025, incluant trois heures de bonus. En prime, un documentaire inédit de 72 minutes relatant le tournage de Chantage. Un film singulier : le tout premier Hitchcock parlant, proposé par Carlotta dans ses deux versions, avec ou sans dialogues sonores.

L’amour au cœur des récits

Au total, une dizaine de films à découvrir – avec l’amour comme maître-mot. Celui qui se délite dans À l’est de Shanghai, celui qui emprisonne dans Le Masque de cuir, celui qui divise des amis d’enfance dans The Manxman, celui qui se fait rejeter dans Laquelle des trois ?.

Chez Hitchcock, il est aussi question d’élucider des crimes. Cette comédienne a-t-elle vraiment tué sa consœur dans Meurtre ? Parfois, il ne s’agit pas de trouver le coupable, mais de cacher la vérité, comme Alice White et son compagnon policier dans Chantage. Et quoi qu’il arrive, les criminels sont toujours traqués : l’enquêteur de Numéro 17, lancé sur les traces d’un gang, en sait quelque chose !

Il arrive que les atrocités au centre de l’intrigue soient commises par cupidité. Comme ces bourgeois qui se déchirent dans The Skin Game. Ou cette famille qui abandonne sa simplicité après avoir gagné une somme considérable dans Junon et le Paon. Sans oublier le beau-père qui craint de voir sa fortune pillée par son gendre dans À l’Américaine.

On y voit même les débuts de la « blonde hitchcockienne », désormais indissociable de ses récits ! Car avant Grace Kelly et Ingrid Bergman, il y avait Anny Ondra (Chantage, The Manxman), qui a ouvert la voie à ces célèbres femmes fatales.

De la comédie dramatique au thriller, sans oublier ses premiers pas dans le parlant, voici une sélection des films à ne pas manquer dans cette rétrospective.

Le Masque de cuir (1927, 106 minutes, muet)

Avec Carl Brisson, Lillian Hall-Davis et Ian Hunter. Un boxeur prodige voit d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouvel adversaire. Ce dernier compte non seulement lui voler sa place, mais aussi sa compagne. Un triangle amoureux dans le monde du sport.

Ici, il n’est pas tant question de performance sportive que d’ego. Sur le ring, les deux hommes défendent avant tout leur honneur. Hitchcock s’amuse avec les effets de superposition, notamment pour raconter les rumeurs d’adultère. Une excursion plaisante du côté de la comédie dramatique – quoique la pitié pour cette pauvre femme sous emprise prenne le pas sur le rire.

Chantage (1929, 77 minutes muet, 86 minutes parlant)

Avec Anny Ondra, Sara Allgood et John Longden. Votre Hitchcock, vous le préférez avec ou sans son ? Telle est la possibilité laissée par Blackmail. Le film est proposé en version muette ou parlante. Ceux qui opteront pour les voix d’Anny Ondra et de Sara Allgood pourront toutefois profiter de dix minutes supplémentaires.

Premier film d’Hitchcock parlant, il n’est pas surprenant qu’il ait bénéficié d’un travail de restauration massif : il représente à lui seul 300 heures de travail ! Comme indiqué dans le panneau explicatif au début du film, il a notamment fallu « nettoyer les éclats, taches, rayures, réparer les déchirures et images manquantes ».

Meurtre (1930, 102 minutes, parlant)

Avec Herbert Marshall, Norah Baring et Phyllis Konstam. Une jeune comédienne est retrouvée à côté d’un cadavre, la robe ensanglantée, un tisonnier à ses pieds. Elle affirme pourtant ne se souvenir de rien. Doutant de sa culpabilité, un juré s’improvise détective pour mettre au clair cette histoire : coupable ou non ?

Un thriller tel qu’on l’attend du maître : un meurtre mystérieux, une coupable à la pensée insaisissable, une vérité qui se trouve a priori dans les méandres de l’esprit. Sans oublier le final, où tous les éléments s’imbriquent dans une conclusion des plus satisfaisantes. Pas besoin d’attendre Vertigo pour constater la virtuosité d’Hitchcock dans ce registre !

À l’est de Shanghai (1931, 82 minutes, parlant)

Avec Henry Kendall, Joan Barry et Betty Amann. Les temps sont durs pour Fred et Emily Hill, qui semblent s’ennuyer dans leur vie maritale. Le couple embarque pour une croisière, où les adultères s’enchaînent.

La transition vers le parlant y est particulièrement visible. Les dialogues, distillés avec parcimonie au départ, laissent encore place à un jeu d’acteur hérité du muet. Autrement dit, expressions exagérées et maniérisme sont à l’ordre du jour. La caméra, quant à elle, insiste sur les titres des journaux et les affichettes, témoignant d’un Hitchcock qui apprivoise doucement les nouveaux codes du cinéma sonore.

Lisa FAROU

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