SHADOWZ, notre sélection spéciale Halloween

Lancée le 13 mars dernier, juste avant le premier confinement, Shadowz est une plateforme SVOD dédiée au cinéma de genre. Au menu de cette première plateforme de screaming, 200 titres qui vont du chef d’œuvre culte à la dernière pépite du cinéma indépendant. L’alternative idéale aux catalogues formatés des mastodontes de l’industrie. En ce week-end d’Halloween, on vous présente notre sélection.

Zombie de George A. Romero 1979

Si visuellement le film ne fait plus tout jeune, le scénario, lui, est encore et toujours d’actualité. Alors que la terre est progressivement envahie par des zombies, un groupe de 4 personnes se réfugie dans un centre commercial afin de survivre au mieux face à la pandémie. Dès 1979, Romero traitait déjà du consumérisme et des réflexes de survie guidés par la modernité. Si tout vient à s’effondrer, mieux vaut vivre dans un lieu empreint de capitalisme, prétexte toutefois à de vrais moments de cinéma. De l’attaque finale à l’arrivée de bikers en furie, le film trouve un équilibre jouissif entre séquences d’horreur et action pure. Surtout, à l’heure du second confinement, il s’agit d’une étude de cas détaillée de réflexes de survie se calquant sur les mœurs d’une société abjecte. La violence est filmée sans retenue et les zombies deviennent l’expérimentation d’une catharsis salvatrice pour les Hommes. Le film a d’ailleurs été censuré plusieurs années en France. Il faut voir comment les héros se débarrassent des morts-vivants, à l’aide de machettes ou de tirs explosant des crânes inexpressifs. Un ovni idéal pour Halloween qui nous plonge dans l’âge d’or du gore, où le cinéma d’horreur donnait naissance à des apologues questionnant l’héritage du capitalisme.

Emeric

Profondo Rosso de Dario Argento 1975

Quand on regarde un film de Dario Argento, il est facile de penser que les décors et les intrigues sont interchangeables, prétextes à voir de jolies filles hurler de peur et se faire massacrer sous l’armada phallique de tueurs sanguinaires dans la plus pure tradition du giallo dont il est l’un des maître incontestés. Mais ce serait mal connaître le rapport d’Argento avec son époque et avec l’art. PROFONDO ROSSO en est la parfaite illustration. Débutant son obsession picturale (Suspiria, Le Syndrôme de Stendhal), il surfe sur la vague psychanalytique freudienne très à la mode pour virer cette idée du mal qui s’ancre pendant l’enfance. PROFONDO ROSSO, c’est aussi un évident hommage à un collègue italien, Antonioni, à travers David Hemmings, l’acteur principal de Blow Up. À nouveau dans PROFONDO ROSSO, il lui faudra essayer de mieux voir, de voir plus, ce qu’il a pourtant devant les yeux. PROFONDO ROSSO est la première collaboration de Dario Argento avec les Goblin, qui signeront la bande originale inoubliable et si caractéristique de nombreux de ses films. Car Dario Argento, c’est surtout cette grandiloquence grand-guignolesque qui ne passe pas pour autre chose que ce qu’elle est : un pur plaisir esthétique de l’horreur.

Mélanie

Love Hunters de Ben Young 2017

Alors que Vicky Maloney se rend à une soirée un soir d’été 1987, la jeune fille est abordée par un couple hétéro de trentenaires qui l’invitent à passer un moment chez eux. Sur place, elle comprend rapidement qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles amoureuses et névrotiques du couple.

Si le film est moins passionnant que ces prédécesseurs du genre, à savoir Misery (1990) de Rob Reiner et Room (2015) de Lenny AbrahamsonLOVE HUNTERS n’en est pas moins un divertissement passionnant pour les fans de thriller de séquestration. Le travail d’écriture autour des personnages nourrit l’intrigue de manière intelligente et innovante. Ni la motivation ni les tortures ne sont dévoilés au spectateur. Quelques instruments et taches de sang laissent place à l’imagination. C’est ainsi que le réalisateur arrive à tirer un sentiment de malaise profond, préférant jouer sur l’implicite. Si chaque individu du couple semble tirer un plaisir différent de l’enlèvement des jeunes filles, c’est l’effet miroir entre la mère de la victime et celle qui la détient qui nous transmet la chair de poule. LOVE HUNTERS joue avec le temps, l’inconscient et le hors-champ. Une sorte de rencontre entre l’univers de David Lynch et celui de Night Shyamalan. Un premier long-métrage qui s’inscrit directement dans la lignée de Revenge sorti un an après.

Robin

Nid de Guêpe de Florent-Emilio Siri 2001

Banlieue de Strasbourg. Louis, ancien pompier, se rend sur son lieu de travail pour passer une nuit de garde dans un entrepôt. Dans le même temps, une bande de petits voleurs se préparent à effectuer un casse dans l’entrepôt en question pour récupérer du matériel informatique. Pendant ce temps, un chef de la mafia albanaise, est escorté sous très haute protection par les forces d’élites européennes. Le convoi militaire est attaqué et trouve refuge dans l’entrepôt en train d’être pillé. Braqueurs et militaires doivent alors coopérer malgré eux face à un assaut massif d’hommes armés.

ASSAUT, action, mystique, musique

Exercice complexe et délicat de s’atteler à un remake, en particulier quand il s’agît de revisiter un chef d’œuvre, Assaut, dont le seul nom de l’auteur évoque tout un pan de cinéma. A bien des égards, NID DE GUÊPE fait figure d’exemple dans sa relecture noble et intelligente, comprenant l’essence de son aîné, tout en creusant son identité propre. Dans le même geste que John Carpenter, Florent Emilio Siri va ramener les codes hérités du western et travailler à une mise en scène épurée, privilégiant aux dialogues un travail de cadre et de découpage qui vise l’abstraction et l’impact émotionnel.

Siri va s’employer à exacerber les éléments fantastiques déjà présents dans l’oeuvre originale. Il renforce le caractère cauchemardesque de certaines figures devenant de pures allégories horrifiques, à l’image du chef mafieux, cruel et sans pitié. Il en va de même pour sa suite de mercenaires, filmée comme une horde grouillante, le tout sublimé par la partition d’Alexandre Desplat.

Thomas

Blue Ruin de Jérémy Saulnier 2013

Avant l’excellent Green Room et le moins réussi Aucun homme ni Dieu, Jérémy Saulnier réalisait cette quête de vengeance sociétale où un ermite cherchait à éliminer l’assassin de ses parents. Outre le scénario, banal règlement de comptes, le film détonne par sa noirceur et un climat quasi post-apocalyptique. Saulnier étonne par sa propension à ancrer ses personnages dans des décors lunaires, teintés de sublimes filtres bleutés. La violence froide et radicale est ainsi apaisée par un subtil contrepoint esthétique. Vient se superposer à la tension des meurtres une sensibilité profonde pour ces grands espaces vides, lors de séquences hallucinées bercées par une bande-son hypnotique. Dwight parcourt la Virginie et ses plaines, trouvant enfin un sens à une existence dont il questionnait l’utilité. Il est paradoxal d’éprouver de l’empathie pour cette figure complexe alors qu’il s’attaque au proche de celui qui a condamné ses parents. Et pourtant, Saulnier trouve un équilibre juste dans l’expérimentation de la vengeance, avec ce caractère atypique et exigeant. Le héros n’est pas irréprochable mais trouve dans la violence une forme de catharsis qui lui permet de s’accomplir au sein d’un univers cauchemardesque, comme l’illustrent les antagonistes auxquels il fait face. Un film à découvrir, déconseillé toutefois en cas de dépression post-confinement.

Emeric

Balada Triste de Alex de la Iglesia 2011

Madrid, en pleine guerre civile espagnole. Recruté de force par l’armée républicaine, le clown Auguste se retrouve, dans son costume de scène, au milieu d’une bataille où il finira par perpétrer un massacre. Quelques années plus tard, sous la dictature de Franco, Javier, le fils du clown milicien, trouve du travail en tant que clown triste dans un cirque où il va rencontrer un invraisemblable panel de personnages marginaux (un homme canon, un dompteur d’éléphants, un couple en crise, dresseurs de chiens) mais surtout un autre clown, brutal, rongé par la haine et le désespoir, Sergio. Les deux clowns vont alors s’affronter pour l’amour d’une acrobate. Difficile de vouloir mettre en bouteille l’approche d’Alex de la Iglesia, sa carrière regorge de propositions déstabilisantes à la densité folle. BALADA TRISTE ne fait pas exception: fable pamphlétaire sans concession, romance naïve, drame historique à la noirceur inouïe, le film s’impose comme une oeuvre « somme », concentrant toutes les obsessions du cinéaste espagnol. Là où Le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro envisageait l’imaginaire comme échappatoire salvatrice aux affres du monde et du franquisme, BALADA TRISTE en est le penchant amer et désenchanté, oscillant constamment entre le rire et le désespoir. A l’image du cirque, ici dernier bastion d’émerveillement d’une humanité à la dérive, qui à force d’être éprouvée, laisse éclater sa colère, Iglesia accouche d’une monstrueuse parade nihiliste, peuplée d’êtres à l’humanité contrariée, qui viennent rappeler au monde ce qu’il ne voulait plus voir.

Thomas

Solaris d’Andreï Tarkovski 1974

SOLARIS n’est pas un film de science-fiction. C’est un film de fantôme, c’est un film d’amour. Et pourtant, il est tout ce qu’on demande à la science-fiction malgré l’antipathie de Tarkovski envers ce genre qu’il a dénigré. Que raconte la science-fiction sinon la folie des hommes ? Leur besoin désespéré de contrôle, de contact, de conquête ? SOLARIS, c’est la planète du film. Recouverte d’un océan considéré comme un être vivant doué d’intelligence, l’homme tente désespérément d’entrer en contact avec elle, sans succès. La seule manifestation de cette intelligence est l’apparition de créatures du souvenir tels la femme suicidée du psychologue. Les derniers scientifiques de la mission glissent doucement vers l’acceptation de cette folie. A quoi bon chercher à comprendre quand ce qui vous est donné est ce que vous vouliez le plus au monde ? SOLARIS fond ainsi vers l’intime dans la blancheur clinique du vaisseau. De l’espace, de l’océan – vu dans de très belles séquences visuelles au début du film – on ne verra plus rien. On préfèrera se souvenir de la nature, de l’eau, des herbes sur Terre. Les personnages sont allés si loin, ont vu l’extraordinaire, pour se rendre compte que tout ce qu’ils désiraient était sous leurs yeux et portait le nom de l’amour.

Mélanie

Mate-Me Por Favor de Anita Rocha da Silveira 2017

Tout droit venu du cinéma indépendant brésilien, MATE-ME POR FAVOR est une audacieuse proposition de genre. La jeune Bia et ses amies sont fascinées par une série de meurtres qui sévit dans la région. La réalisatrice, Anita Rocha da Silveira compose un voyage hypnotique au coeur des fantasmes adolescent, entre pulsion de mort et désir érotique. Cousin éloigné de It Follows, le film déploie une esthétique sophistiquée sur un rythme langoureux où l’étrangeté du rêve bascule vers le cauchemar ouaté. La forme emprunte énormément au giallo dans sa manière de composer des tableaux symboliques à l’aide de jeux de couleurs saturées. Sans oublier la présence d’un culte quasi mystique à Jesus Christ, la figure du cadavre comme objet de dévotion et de désir, point d’orgue des obsessions du film. MATE-ME POR FAVOR, l’exemple parfait des petites pépites méconnues dont regorge le catalogue protéiforme de cette plateforme.

Hadrien

Cold Fish de Sion Sono 2010

Gloups, je suis un poisson ? De prime abord, COLD FISH n’a rien d’un film pour enfant. Et pourtant, il ne narre que le récit d’un monde qui change les gens en poissons. Dit comme ça, COLD FISH serait presque aussi accueillant qu’une ballade aquatique en compagnie de tonton Walt et de sa petite sirène. Il n’en sera rien ici. Chez Sion Sono, la mutation en maquereau est irréversible et aucun antidote ne peut permettre de retrouver sa part d’humanité. COLD FISH, c’est davantage l’histoire d’un monde de prédateurs et de proies, de requins et de harengs, d’esclavagistes et de prisonniers. Après tout, il faut bien que les piranhas dévorent quelques poissons rouges pour subsister. 

Malsain et gore, puissant et ravageur, sombre et fataliste, ce COLD FISH nous malmène jusqu’au point de non-retour. Pessimiste au possible, il s’impose véritablement comme le revers de Love Exposure ; jusqu’à opérer l’enterrement de l’amour pour que se déchaine la haine. Face à cette impitoyable noirceur, Sion Sono impose son énergie désespérée, son âpreté, quitte à ne laisser aucune place à l’espoir. C’est un film qui sent bon la poiscaille, les viscères et la pourriture. C’est une œuvre amère et enragée où se gerbe le chaos. C’est le portrait d’êtres – esclavagés – incapables de respirer dans ce petit bocal qui leur sert de monde. Face à cette gradation dans la violence et la dégénérescence de l’être, impossible d’échapper au tragique badinage dans un amas de boyaux. Ici, les images se bouffent crues. Point de vernis baroque, simplement l’image indigeste, nue et toxique du réel. Point d’envolée lyrique également, simplement des étreintes violentes, sans amour ni passion. 

Œuvre de rupture, COLD FISH nous ramène à la fragilité de l’existence, à cette société dysfonctionnelle qui vide l’âme de toute capacité à aimer. Définitivement un film d’extrêmes – froid, cathartique et poisseux – où le nihilisme du cinéaste s’exprime au travers de ce réalisme outrancier qui oscille constamment entre grotesque et monstrueux. Car ici, on allume les cierges au chalumeau. Et avec Sion Sono, il apparaît nécessaire de mettre les mains dans le cambouis : chez lui, ça découpe sec au point de glisser sur des viscères partout, tout le temps. Et Lars Von Trier n’est jamais très loin dans cette froideur stylistique et ce jusqu’au-boutisme dans la cruauté. COLD FISH, c’est le malaise dans la normalité, la comédie dans la psychose, le drame dans l’horreur et la fascination dans la répulsion. COLD FISH, c’est le reflet d’une société fêlée, dans tous les sens du terme ; le portrait d’un monde en décrépitude où la violence nous glace le sang parce qu’elle semble devenue la norme. Humiliation, victimisation, intimidation, manipulation : COLD FISH se construit autour de ce processus de domination, et de ce renversement qui conduit inéluctablement à la déshumanisation. Cette société du gouffre, c’est aussi celle du Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa

Sans concession, glauque, austère et brutal, COLD FISH s’impose alors comme un film coupe-gorge, coupe-souffle, coupe-tout. Un peu comme s’il fallait trouver dans la mort une pulsion de vie. Mais faut-il vraiment faire le deuil de l’amour pour réapprendre à vivre ? Guilty of Romance en proposera une réponse contrastée pour devenir à son tour le revers de COLD FISH. Comme une tentative désespérée de retrouver ces fameux battements qui animent les cœurs. Ce poisson froid, c’est peut-être au final notre horizon ; c’est cet humain dévitalisé, déshumanisé, animalisé. Ce sont des rêves qui finissent brisés au fond d’un bocal. C’est l’histoire de ces mortels qui s’empêtrent dans leur aquarium. C’est notre histoire. Celle d’une vie qui ne serait que douleur. Celle d’un monde qui ne laisserait aucune place au bonheur. Sébastien le crabe nous avait pourtant prévenu : « Ariel, écoute-moi, le monde humain c’est la pagaille. » Nous aurions mieux fait de rester sous l’océan ; avant que Sion Sono ne se décide à nous clouer la nageoire au fond d’un bocal.

Fabian

Tous les films sont à retrouver sur la plateforme Shadowz

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