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Matrix Reloaded / Revolutions : des suites injustement décriées – Analyse

À l’heure du retour de la première grande saga culte de ce début de siècle, justice doit être rendue : non, Matrix Reloaded et Matrix Revolutions ne méritaient pas un tel déferlement de critiques. La preuve avec l’analyse de quelques séquences clés, témoins de tout ce qui fait la singularité de cette fascinante épopée.

Des fantômes sur l’autoroute

Si Reloaded n’a jamais la prétention d’égaler son modèle, le film constitue néanmoins une stimulante relecture du premier opus. A la croisée des styles, doublé d’un scénario méticuleusement pensé, le récit opte pour une radicalité jubilatoire qui ne dérape jamais vers la facilité qu’on attribue régulièrement au blockbuster moderne. La séquence sur l’autoroute en est peut-être la preuve la plus évidente. Alors que les héros sont mis à mal par la perfidie du Mérovingien, Trinity et Morpheus libèrent le gardien des clés de sa prison et entament une course-poursuite effrénée, étourdissante cavalcade marquée par une identité visuelle forte. Qualifiée à bon escient d’hommage protéiforme à un cinéma de genre révolu, la mise en scène de l’action dans Matrix détonne par sa propension à mixer avec intelligence univers et références. On constate toute cette singularité ici : Morpheus, en retrait depuis le début du film, incarne subitement un samouraï en lutte contre des fantômes sur le pont d’une autoroute, sur fond de musique techno. Outre le fait qu’elle engendre un plaisir non-dissimulé, sa posture tout au long de la séquence fascine, symétrie performative du discours précédemment énoncé sur Zion. Après les mots, les actes et l’affirmation d’un soi intérieur au sein d’un univers purement imagé, où tout devient finalement possible. Dépassant le rang de simulacre, la Matrice permet l’éveil identitaire d’une psyché torturée, alimentée par une foi impérissable en ces possibilités purement fictionnelles qui peuvent influer sur l’ordre établi qui, lui, est bien réel. La posture du héros est en équilibre entre l’incandescence de la dystopie et l’imaginaire infini de créatrices jusqu’au-boutistes. Ainsi, les Wachowski redéfinissent les codes de la fresque épique, en légitimant une forme d’expérimentation propre au cinéma d’action, mis au service d’un apologue avant-gardiste. C’est ce point d’ancrage seyant qui distingue Matrix d’autres œuvres ayant opéré un virage similaire.

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Matrix Revolutions – Crédits : Warner Bros. France

Zion, tunnels et combats à taille réelle

Outre la frontière indicible avec le jeu vidéo que cristallise la matrice, les suites détonnent en explorant la réalité, celle décrite par Morpheus à Néo dans le premier opus. Même s’il s’agit d’une interprétation libre, on retrouve un univers dont l’épure entre pleinement en résonance avec le caractère très moderne de son époque. Contrairement à la rigidité académique avec laquelle le blockbuster contemporain va explorer les futurs potentiels, les Wachowski optent pour un minimalisme salvateur et riche de sens. En conséquence de la victoire des machines, les Hommes se réfugient au sein d’une colonie qui n’est pas sans rappeler ironiquement celle d’un autre divertissement culte de ce début de siècle, Fourmiz. Comme l’insecte, l’Homme vit au sein d’un décor âpre et froid, un univers brutal où il est enfermé sans jamais voir le jour. Cet effroyable constat ainsi établi aux prémices de Reloaded fait poindre subtilement la possibilité d’une fresque barbare à l’extérieur de la matrice, dans laquelle l’Homme est mis face à son bourreau, bien réel. Alors qu’il semble quasi-intouchable lorsqu’il déploie un kung-fu virtuel, Néo plonge subitement dans un univers halluciné où le danger peut emprunter diverses formes. Outre Bane, incarnation de Smith dans le monde réel, les affrontements avec les machines au sein du Nebuchadnezzar fascine. Captifs d’un assemblage labyrinthique de tunnels, le sort des personnages est précipité sur la balance du suspens, par le biais de combats à taille réelle, un parallélisme stupéfiant avec le trip métaphysique des quêtes « matrixiennes ». Attention : loin de nous l’idée de défendre l’interminable bataille finale, ce déferlement agressif assourdissant où machines et hommes déchargent sans discernement leur chargeur de mitraillettes. Toutefois, on ne peut que saluer l’affirmation d’un véritable geste de cinéma, la création d’une dystopie où flotte constamment un parfum de mort.

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Matrix Reloaded – Crédits : Warner Bros. France

L’élu mis à mal

Alors juché sur un piédestal, voué depuis l’épilogue du premier opus à être l’élu, Néo doute : est-il bien ce parangon de justice ? L’archétype de la fresque moderne, destiné à rétablir l’équilibre ? La saveur de ces suites tient en ce doute quasi-freudien : le héros doit-il résister au déterminisme qu’on lui attribue au nom de l’amour et du désir (ici la relation avec Trinity), ou au contraire l’assimiler et aspirer à être celui défini par l’inconscient collectif (à savoir l’élu) ? La quête identitaire est passionnante : guidé par l’Oracle, par ses rêves et l’angoisse de l’acte manqué, Néo avance et grandit au contact de figures marquantes qui gravitent autour de lui. Si Smith est peut-être la plus évidente, l’incarnation d’un antagoniste prédéfini par les codes d’un récit engagé, d’autres personnages, réels ou non, fascinent. Dans cet exergue, l’architecte est sûrement la principale pierre angulaire de la saga. Véritable mur contre lequel Néo bute, le constat qu’il établit quant au déterminisme pré-établi d’un potentiel élu tire le récit vers des sphères inespérées. Outre l’impeccable maîtrise avec laquelle il exonère Néo de toutes ses affabulations (enseignées par Morpheus), il devient allégorique de la démarche des Wachowski, qui, au détriment de la grandeur, pense le héros comme la flamboyante célébration d’une humanité évaporée à l’ère des machines. Le héros agira en conséquence et ne se laissera pas enfermer dans d’assourdissants schémas prévisibles, puisqu’il se révélera finalement rythmé par la mécanique des battements de son amour. Son alliance avec les machines évince le virus et fait ainsi surgir la lumière, devant l’oracle et l’architecte, dans un dernier plan symbolisant le retour à la stabilité initiale. On ne doute toutefois jamais du fait qu’il y a encore beaucoup à dire à propos de cet univers et on espère que Résurrections amènera un lot de questions tout aussi inspirantes.

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Matrix Revolutions – Crédits : Warner Bros. France

Emeric

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