THE LAST DANCE, plus qu’une simple série documentaire sportive – Analyse

Unanimement approuvée par le grand public, cette anthologie axée sur la carrière légendaire de Michael Jordan est d’ores et déjà un succès.

Netflix n’en est pourtant pas à son coup d’essai sur ce type de production : de Sunderland ‘Til I Die à Cheers, les documentaires sportifs se sont démultipliés sur la plate-forme. Pourtant, ces 10 opus plongeant le spectateur dans une période bénie de la NBA détonnent par leur qualité et leur créativité, parvenant même à séduire les moins passionnés. Tentative d’explications en cinq axes.

notre Critique de The Last Dance

1. Le montage alterné, un choix payant

La série suit en parallèle deux fils narratifs : d’un côté, les étapes de l’ascension de MJ jusqu’au sommet et d’un autre, ce qui a rendu la dernière saison exceptionnelle. Le choix risqué du montage alterné s’avère finalement efficace. Les nombreux témoignages rythment les images d’archives des premières saisons de Jordan avec les Bulls. La saison 98 à laquelle le titre fait référence a, elle, été filmée par une équipe documentaire. Pour naviguer entre deux progressions, Jason Hehir utilise une frise chronologique animée permettant au spectateur de se situer. Ainsi, jusqu’à ce que les deux récits mis en parallèle se rejoignent, le montage permet de tisser des liens concrets clarifiant le caractère exceptionnel de cette dernière saison. Le spectateur comprend comment l’un des plus grands succès sportifs du vingtième siècle s’est établi, depuis le moment où MJ s’est fait « drafter » jusqu’à son dernier tir entré dans la légende. Simple certes, mais redoutablement efficace pour relater ce type d’histoire.

2. La multiplication des témoignages

Difficile de compter le nombre de stars témoignant à l’écran. De Carmen Electra à Scottie Pippen en passant par Gary Payton, chacun des épisodes est rythmé par des interventions participant à la fluidité globale de l’ensemble. Surtout, c’est la diversité de ces témoignages qui évite de tomber dans le didactisme. Certains ont participé directement à l’épopée, d’autres viennent livrer un point de vue enrichissant sur une étape importante du récit. Il est notamment plaisant de voir Barack Obama venir expliquer ses regrets quant au manque d’implication politique de Jordan au début des années 90 et tout passionné de basket-ball se délectera des expertises techniques de Phil Jackson. En somme, en équilibre viable qui participe à l’hétérogénéité d’un ensemble harmonieux.

The Last Dance (2020)

3. La bascule vers l’extraordinaire

Il est légitime de douter de certaines anecdotes rapportées par Jordan : La pizza empoisonnée avant le titre de 97 par exemple ou le fait que Scott Burrell ait été privé de nourriture par le défenseur des Bulls. Cependant, on est tentés de croire à certaines péripéties quasi fictionnelles vécues par des acteurs de l’épopée. Dennis Rodman participe bien évidemment à cette dimension presque mystique qui rappelle les deux derniers films de Bennett Miller, Le Stratège (2011) et Foxcatcher (2014). En voyant l’ailier disparaître vers un combat de catch sous les yeux médusés de ses coéquipiers durant la finale de 98, on repense à la fuite en hélicoptère sous cocaïne de Steve Carell et Channing Tatum filmée par Miller. Loin de la fiction, les images et témoignages attestent la véracité des propos de Jordan à l’égard de son coéquipier et il est d’autant plus étonnant de voir « Rodzilla » dominer Karl Malone le lendemain d’une soirée arrosée. Il en est de même pour ces séquences où Jordan, pendant le tournage de Space Jam, invite ses coéquipiers à venir s’entraîner dans un gymnase construit pour l’occasion. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ces histoires secondaires, qui sont bien éloignées de l’exemplarité sportive, rendent d’autant plus exceptionnelle cette dernière saison. Le documentaire s’approprie pleinement ces anecdotes pour rendre ces 10 épisodes encore plus divertissants et agréables à suivre.

The Last Dance (2020)

4. Pour la beauté du geste

Il est évident que Jason Dehir allait s’appuyer sur des extraits de matchs cultes, en dehors des témoignages et des images d’archives. Sans tomber dans le piège consistant à enchaîner les instants de grâce où Jordan a étalé son talent aux yeux du monde, chacun des paniers choisis s’inscrit parfaitement dans un ensemble logique. Surtout, la parole est aussi donnée aux opposants et chacun des matchs diffusés sera sujet à des commentaires constructifs sur les phases de jeu et les choix tactiques. Il est plaisant de voir une pluralité de points de vue sur une même action ou sur la manière dont un moment décisif a été perçu. Qu’il s’agisse des coéquipiers de Jordan ou de ses adversaires, tous se prêtent au jeu et participent à la résurrection visuelle d’un univers sujet à la nostalgie et l’admiration. THE LAST DANCE parvient à rendre explicite la portée sacrée de ce sport sur le continent américain, cette religion de substitution qui alimente les passions. Nulle doute que la série va engendrer un profond intérêt pour la NBA en Europe.

5. Le mythe

Les polémiques n’ont eu de cesse de fleurir depuis la sortie des derniers épisodes. Horace Grant a déclaré que « 90% de la série » était fausse. Un point de vue certes intéressant mais dénué d’un quelconque intérêt, et ce pour plusieurs raisons. Si THE LAST DANCE se démarque d’autres séries, c’est par sa capacité à signer un portrait d’homme dans son intégralité. On aurait pu craindre un éloge exacerbé de Jordan, il n’en est rien. Au contraire, si on ne peut que tomber sous le charme de la légende au bout de ses dix épisodes, c’est en grande partie grâce à la sincérité qui se dégage de cette étude. Jordan va jusqu’à admettre qu’il ne s’est jamais positionné en politique, même en faveur d’un politicien engagé contre les discriminations raciales, alors que Barack Obama lui reproche ouvertement de ne pas avoir pris position. Lors de son retour à la compétition, suite à sa première retraite, le défenseur des bulls explique pourquoi il n’a jamais pu atteindre son niveau d’antan et ce en rentrant dans les détails et en reconnaissant ses torts. Les faits parlent aussi d’eux-mêmes : Jason Dehir s’applique à faire resurgir la tension lors des moments-clés, où Jordan a construit seul sa légende, en offrant des titres ou en appliquant sa propre philosophie, aussi discutable soit-elle. C’est d’ailleurs ses coéquipiers qui le reconnaissent au fil des épisodes : si MJ ne s’était pas comporté de la sorte avec eux, c’est-à-dire comme un tyran exigeant, il n’y aurait jamais eu de documentaire digne de ce nom à ce sujet. C’est aussi cette vision du sport si atypique qui rend ces 10 opus mémorables.

Emeric

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