Philippe Lacheau signe avec MARSUPILAMI non pas une suite, mais une variation autour de la comédie d’Alain Chabat, Sur la piste du marsupilami (2012), succès populaire qui s’était hissé à la troisième place du box-office national. Un MARSUPILAMI qui tient parfaitement la route et qui séduit par la richesse de ses références en plus de gags efficaces. Un film qui semble déjà suivre la trajectoire à succès de son prédécesseur.
Un navire de croisière pour une relecture audacieuse du Marsupilami
Là où Chabat situait son scénario dans la jungle d’Amérique latine, mêlant attraction exotique et divertissement à la française, Lacheau (Alibi.com) fait le choix questionnable d’occidentaliser son adaptation, laquelle se passe principalement à bord d’un bateau de croisière pour touristes européens. Ce qui ne l’empêche pas de rappeler l’origine du fauve éponyme en réintroduisant Pablito, personnage déjà incarné par Jamel Debbouze il y a quatorze ans, et en en faisant l’objet d’une série de gags osés, oscillant dangereusement entre humour inoffensif et moquerie raciste.
C’est d’ailleurs peut-être ce qui marque le plus, voire ce qui fait que MARSUPILAMI fonctionne : après tant de comédies françaises lourdaudes, rebattues et qui tombent finalement à plat, en voilà une qui ose sortir de sa zone de confort et flirter avec les limites de ce qu’il est convenable de dire et de faire au cinéma – surtout dans un cinéma axé vers un jeune public.
Entre efficacité comique et dérives narcissiques
En cela, l’audace de MARSUPILAMI est une agréable surprise. Si parfois, surtout dans la première partie, le comique sonne un peu faux, et si à d’autres occasions, on redoute qu’un sketch n’aille un peu trop loin, il n’empêche que beaucoup de blagues fonctionnent, si ce n’est simplement du fait de la surprise de voir un film oser de la sorte. On peut espérer que Philippe Lacheau soit en train d’ouvrir une nouvelle brèche à un genre qui perdait clairement la cote ces dernières années.
Aux qualités de réalisation comique qu’a Lacheau se heurte cependant le rôle qu’il s’est créé. D’une part, là où le scénario sort des territoires explorés, le jeu de Lacheau reste toujours pareil à lui-même, entre un débit presque mécanique et des mimiques toujours trop excessives pour être efficaces pour un public de plus de dix ans. D’autre part, la tentation narcissique de s’accorder le premier rôle amène à ce qui est indéniablement la faiblesse de ce film : suivre un personnage principal lourdaud, cousu de fil blanc, qui représente en somme tout ce qui ne fonctionne pas dans les comédies françaises contemporaines. Heureusement, d’autres personnages attachants contrebalancent, notamment le petit Léo, incarné par Corentin Guillot, ainsi que Julien Arruti dans son rôle de parfait abruti.
Un blockbuster à la française taillé pour le box-office
MARSUPILAMI touche sa cible en plein dans le mille : tous les ingrédients sont réunis pour conquérir enfants et plus grands, et garantir sa rentabilité au box-office pour ce blockbuster à la française. On pourra reprocher beaucoup de choses à Lacheau, à commencer par sa mégalomanie ; pourtant, il faut admettre qu’il sait manier la comédie à grande échelle et séduire par ses efforts pour revisiter le genre et continuer de plaire au grand public.
— Marie ARRIGHI




