Lancée par la chaîne américaine Lifetime, UNREAL porte son regard sur l’univers de la téléréalité. Pas de manière parodique comme Burning Love mais en montrant sa partie réelle. Ainsi, UNREAL a pour objet la conception de chaque émission d’Everlasting, équivalent fictif de l’émission Le Bachelor où un riche célibataire doit choisir dans un lot de candidates toutes plus belles les unes que les autres celle qu’il prendra pour épouse. Des coulisses de la télévision qui comme on peut l’imaginer n’ont rien de vertueuses. Créée par Marti Noxon (productrice déléguée de Buffy contre les vampires) et Sarah Gertrude Shapiro, et tirée du court-métrage Sequin Raze (que l’on pourrait traduire par « l’effacement des paillettes », en référence aux robes des prétendantes) de la même Shapiro, UNREAL surprend d’autant plus qu’elle est diffusée par Lifetime qui ainsi cherche peut-être à s’éloigner de son image de « chaîne pour les femmes », son slogan à sa création au milieu des années 1990. Se montrant particulièrement sombre et mature, la série parvient à captiver dès le premier épisode.

Les coulisses d’une émission de dating à travers les yeux d’une jeune productrice dont la mission est de manipuler les candidats afin d’obtenir les rebondissements dramatiques nécessaires à la vitalité du programme…

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Cela commence devant une immense villa. Un jeune homme en costume se tient devant. Il représente le parfait gentleman et s’apprête à découvrir une sublime jeune fille qui sort d’un carrosse tiré par deux chevaux. « Stop ! Coupez ! » se fait entendre en voix off. Tout semblait pourtant parfait, mais le hic, la jeune fille est noire. Hors la première candidate montrée doit être une potentielle gagnante. C’est en tout cas la directive énoncée par Quinn King, productrice de l’émission Everlasting. Et ce n’est pas la présidence d’un Barack Obama « pas si noir que ça » (« not that black ! ») qui pourra la convaincre. Elle ajoute : « ce n’est pas ma faute si l’Amérique est raciste ». Devant ces premières minutes d’UNREAL nous restons bouche bée. Mais ces propos n’ont rien de gratuit. Car la série décrit la téléréalité par le biais de la création de l’émission avec tous ses ressorts dramatiques, ses exigences scénaristiques, ses secrets et ses mauvais coups. Quinn est donc la productrice principale, prête à tout pour faire marcher son émission. Pour l’incarner on retrouve l’excellente Constance Zimmer (House of Cards) qui alterne entre flegme et gueulantes à tout va. En régie, elle est celle qui donne les thèmes à aborder durant l’émission. Pour faire de l’audience, il faut donner du « drama » au public. Cela passe déjà par l’image des candidates. Il y aura donc la « jolie blonde bonne à marier », la « milf », la « salope » ou encore la « vierge ». Des candidates traitées comme des archétypes qui prendront de plus en plus d’importance et d’intérêt au fil de la saison. En les renommant ainsi et en faisant d’elles des produits fabriqués au fur et à mesure des besoins de la production, UNREAL insiste sur la cruauté du milieu, sur les manipulations des uns et des autres, sur le pathétique et la monstruosité de chacun, sans oublier les histoires de fesses pas toujours discrètes. L’écart entre le « romantisme » survendue par l’émission et la réalité en devient glaçant mais n’en est pas moins captivant.

« La série met mal à l’aise, gêne, mais fascine indéniablement. »

Au-delà de l’audace de la série qui s’attaque là à un des divertissements préférés des américains (et des téléspectateurs du monde entier), il y a une gestion des personnages des plus intéressante. Et principalement avec celui de Rachel, au centre de la série, interprétée par Shiri Appleby qu’on avait finalement assez peu vu après sa révélation dans Roswell (1999-2002). L’actrice a clairement gagné en maturité depuis et impressionne. La gentille et naïve Liz est oubliée, et fait désormais place à une Rachel complexe et torturée. Le visage marqué de cernes, obligée de dormir dans un camion de l’équipe technique, elle apparaît au plus mal et pourtant attachante avec son look de « petit garçon » en jean et sweat à capuche. Son rôle de co-productrice de l’émission consiste à gérer les candidats, à les produire (terme to produce différent de ce que l’on peut entendre d’un producteur en France). En réalité il s’agit de manipulation ni plus ni moins. Et à ce jeu Rachel est la meilleure. Le genre de personne à qui l’on fait une confiance aveugle. C’est pourquoi Quinn insiste pour son retour, après son renvoi suite à une crise de nerfs de la jeune fille survenue durant la saison précédente. Même si elle affiche des remords à plusieurs reprises quant au sort réservé aux candidates, officiant presque comme un cheval de Troie polluant discrètement l’émission, Rachel se révèle bien souvent monstrueuse. N’oubliant jamais de défendre les intérêts de l’émission, ou d’autres plus complexes et honorables (comme durant l’épisode 7). C’est finalement avec sa propre morale et conscience qu’elle se voit constamment confrontée, faisant d’elle un personnage ravagé. Se considérant elle-même comme un monstre, notre ressenti pour elle s’en retrouve forcément affecté d’un épisode à l’autre.

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A chaque épisode son évolution (et celle des autres protagonistes évidemment) peut basculer. Acceptant son sort qui l’oblige à travailler avec son ex petit ami, désormais fiancé à une autre, ou encore faisant face avec dignité au dévoilement de leur intimité passée à toute l’équipe du tournage, Rachel n’a plus rien à perdre. C’est ce qui la rend dangereuse, pour elle comme pour les autres. La question étant de savoir si elle finira, ou non, aspirée par cet univers jusqu’à y perdre son âme, à l’image de sa patronne Quinn, dont l’emprise sur sa protégée est aussi bien psychologique que physique. La relation entre les deux femmes devenant un élément crucial de la série, au même titre que celle entre Rachel et Adam (Freddie Stroma). Le jeune célibataire ayant bien plus conscience du principe de l’émission qu’il ne le laisse d’abord paraître, l’utilisant pour ses propres intérêts, comme redorer son image, profiter de la publicité faite à son vignoble, où il demande qu’une partie de l’émission soit tournée, dans l’espoir de le vendre un bon prix… En ce qui concerne les candidates, ce n’est guère mieux. Seule une minorité d’entre elles semble sincère, la plupart ne se faisant pas d’illusion sur les nécessités de se faire remarquer, en bien ou en mal, pour durer dans l’émission. Elles sont certes manipulées mais en acceptent le principe.

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Du côté de la réalisation UNREAL ne produit aucune fausse note, n’oubliant pas de respecter tous les codes de mise en scène et de montage de la téléréalité, alterné avec des parties « réelles » plus classique mais toujours prenantes. En nous mettant ainsi de l’autre côté de la téléréalité, UNREAL met mal à l’aise, gêne, mais fascine indéniablement. Jusqu’au bout la série surprend, forte de la présence d’une part dramatique façon soap plus superficielle mais tout de même judicieuse. Car c’est là que la série développe des thèmes plus larges, de la question de la virginité à celle de l’anorexie, en passant par l’instabilité d’une femme battue et par l’importance de l’image et le rôle des médias. Grâce à cela UNREAL tient sur la longueur et ne lasse pas. La série a même été renouvelée par la chaîne pour une seconde saison, promettant ainsi encore un peu plus de ce monde merveilleux qu’est la téléréalité.

@PSiclier

INFORMATIONS

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Titre original : UnREAL
Créateur : Marti Noxon, Sarah Gertrude Shapiro
Acteurs principaux : Shiri Appleby, Constance Zimmer, Craig Bierko
Pays d’origine : U.S.A
Date de 1ère diffusion US : 1er juin 2015
Format : 10 x 42 minutes
Diffuseur : Lifetime
Synopsis : Les coulisses d’une émission de dating à travers les yeux d’une jeune productrice dont la mission est de manipuler les candidats afin d’obtenir les rebondissements dramatiques nécessaires à la vitalité du programme…

BANDE-ANNONCE

https://www.youtube.com/watch?v=HTV_Y5b72Hk

[CRITIQUE SÉRIE] UNREAL – SAISON 1

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