Crédits : Tine Harden / Netflix

OCTOBRE, polar de caractère(s) – Critique

Emeric Rédacteur

Avec cette mini-série danoise, Netflix ajoute à son catalogue un thriller glacial où noirceur et suspense se confondent avec brio. Une réussite du genre.

Le prologue donne le ton. Dans la banlieue rurale de Copenhague, un policier assiste à un interminable défilé de cadavres, spectacle macabre ponctué d’étranges figurines en marrons. L’intrigante décoration qui donne son nom à la série sera le fil conducteur des six épisodes qui suivront, reprenant les codes du thriller moderne. En effet, OCTOBRE ne cherche jamais à bousculer la hiérarchie d’une recette qui fonctionne, bien au contraire. Toute l’intelligence de la nouvelle anthologie de Soren Sveistrup (auteur de l’excellent The Killing) est d’utiliser les rouages d’un récit aseptisé pour animer la quête initiatique de personnages marquants.

Crédits : Tine Harden / Netflix

Qu’importe la cause, le constat est dressé d’emblée : Naia et Mark sont les victimes d’un système judiciaire en déroute. Une vie familiale au bord de l’implosion, un manque de moyens préjudiciable, une rétrogradation injustifiée… Le premier opus ne fait pas de concessions quant il s’agit de châtier l’étrange duo qu’ils doivent former contre leur gré. Les couleurs très sombres qui entourent Naia et Mark cristallisent significativement leur état d’esprit, à l’aube d’une affaire qui devrait tout changer. Il est ainsi réjouissant de voir la série penser l’enquête comme potentielle thérapie pour ces personnages épuisés.

On se délecte du rapprochement progressif qui s’opère entre eux alors que les crimes s’enchaînent. La narration, des plus rythmées, ajoute au compte-goutte les éléments nécessaires pour attiser notre curiosité, mais c’est avant tout Naia et Mark qui fascinent. Diamétralement opposés dans leur manière d’œuvrer, c’est avec un enthousiasme communicatif qu’ils se complètent subtilement, bravant avec grâce chacun des pièges imposés par un antagoniste glaçant. Sveistrup n’est pas avare en instants clés, notamment lorsqu’il s’agit de façonner la psyché de ses héros. D’une séquence d’interrogation lunaire durant laquelle Mark calque la réflexion d’un enfant sur son rapport aux jeux vidéos jusqu’à l’instant où Naia accepte une rupture temporaire avec sa fille, nombre de scènes envoûtent dans la manière qu’elles ont d’humaniser les personnages.

Crédits : Tine Harden / Netflix

Les rebondissements n’étonnent guère mais on sort fourbu de ce récit dense qui n’épargnera personne. La noirceur imposée aux victimes n’est pas sans rappeler la radicalité du tueur dans la saison 1 de True Detective, à ceci près qu’ici, l’adversaire est ancré dans une réalité encore plus morbide. L’épilogue teste l’endurance d’un spectateur qui devrait trouver ici un contre-pied saisonnier jouissif au phénomène Squid Game qui se propage à vitesse grand V. Un véritable tour de force pour le catalogue Netflix, que l’on recommande vivement.

Emeric

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Titre original : The Chestnut Man
Créateur.rice.s : Soren Sveistrup
Acteurs : Esben Dalgaard Andersen, Danica Curcic, David Dencik, Iben Doerner, Mikkel Boe Folsgaard, Lars Ranthe
Date de sortie : Septembre 2021
Durée des épisodes : 50 minutes
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