[CRITIQUE SÉRIE] ORPHAN BLACK – SAISON 1

Mise en scène
7.6
Scénario
7.8
Casting
7.5
Photographie
7
Musique
5.9
7.2

Bilel. Comment pourrais-je commencer cet article sans mentionner cet amical personnage ? Car oui, il est celui qui m’a fait découvrir cette série. Enfin, comprenez tout de même que ce fut une aventure plutôt complexe et longue où mon irritante capacité à jouer au con, en refusant de voir ce qu’il considérait comme la meilleure série 2014 pour l’emmerder, est bien entendu entrée en jeu, jusqu’à même devenir une composante forte d’une colossale obstination permettant de maintenir un running gag unilatéralement drôle. Cette phrase est longue. Vous avez le droit (et il s’agit même d’un conseil) de la relire calmement. Parce que je ne suis sûr ni de sa justesse syntaxique et grammaticale ni d’avoir placé les virgules au bon endroit. Et, par-dessus tout, je déteste me relire.

Tout ça pour dire que jouer au con est une chose mais en être un en est une autre. En bon psychotique névrosé fortement schizophrénique que je suis, il aurait été dommage de passer en effet plus longtemps à côté d’une série qui met en scène, dans les grandes lignes et par extrapolation d’interprétation, le mal mental qui me caractérise. Comment rater une série permettant de me satisfaire par la concrétisation du dédoublement de personnalité ? Et laisser ainsi, pour une fois, les nombreux colocataires (qui ne payent pas tous le loyer d’ailleurs) de ma grosse tête s’exprimer chacun librement, à défaut de toujours se faire effacer face au versant littéraire (qui salit énormément, mais paye).

Soyons alors égalitaires et laissons chacun célébrer à sa manière la performance extraordinaire de Tatiana Maslany qui nous offre le plaisir d’interpréter sept rôles de clones d’elle-même pourchassés par un tueur inconnu le long des dix épisodes qui constituent cette première saison.

Et essayons de faire ça proprement. Et lourdement.

« Avec ORPHAN BLACK, on fait face à une hétérogénéité séduisante qui perd malheureusement en force et s’éparpille à cause de son pluralisme. »

Les personnages.

PAUL, critique classique.
Des habitants de sa tête aux caractères aussi simples que leurs descriptions : pilier de comptoir, scientifique, économiste, curieux, sage, influençable…

 

La scène se déroule dans la tête de l’auteur.

ACTE PREMIER.
(Et unique acte d’ailleurs)

PAUL, LE CRITIQUE CLASSIQUE

Orphan Black, à défaut d’être parfaite, est une série qui mise sur une énergie virevoltante, des rebondissements à la pelle (sans jamais trop tomber dans l’excès), et qui compte surtout sur une actrice exceptionnelle qui porte cette fresque sur ses frêles épaules multiples et solides pour l’occasion.

LE PILIER DE COMPTOIR

Ouais et surtout, Tatiana Maslany, elle est bonne. Héhéhé…

LE SAGE

Calme-toi.

LE CURIEUX

(Tout bas, presque à lui-même) Jordan Gavaris, qui joue le rôle du frère gay, est pas mal non plus…

LE SAGE

Calme-toi.

LE CLUBBER

(Dansant) Et y’a des scènes en boîte de nuit qui sont géniales !

LE SAGE

Toi, ne dis carrément plus jamais rien.

LE COMIQUE

Il y a surtout des scènes qui, dans toute cette tension dramatique, parviennent à nous faire rire ou, du moins, nous arracher quelques sourires.

LE PSYCHOTIQUE

(Reprenant un Xanax) Et ces scènes proviennent surtout de l’interprétation par Tatiana de la mère modèle de famille américaine névrosée.

PAUL, LE CRITIQUE CLASSIQUE

Il est vrai que la partition de mademoiselle Maslany pour ce rôle est irrésistible. C’est d’ailleurs à partir de ce moment que l’on se rend compte de tout son talent. Et j’ajouterais que c’est à partir de ce moment aussi que l’on a l’impression d’avoir réellement une actrice en face de nous. Car oui, ni perruque ni maquillage pour tenter vainement de créer l’illusion, mais bel est bien une réelle force d’interprétation qui, au détour de quelques mimiques insufflées à son personnage, nous scotche et nous fait oublier l’unique actrice.

L’ÉCONOMISTE

C’est surtout un bon coup pour les producteurs. Les frais de casting sont moindres par la même occasion. Aussi noble que puisse être l’art, il n’en reste pas moins monnayable.

LE RABAT-JOIE

Et avec cette économie justement, n’auraient-ils pas pu en profiter pour nous servir une série un peu moins cheap ?

L’INFLUENÇABLE

(Acquiesçant) Très bon point.

EN PYJAMA DEVANT LA TRILOGIE DU SAMEDI

Il est vrai qu’on se croirait parfois devant une série de M6.

PAUL, LE CRITIQUE CLASSIQUE

Certes. Mais ce sont là des critiques précises qui ne peuvent avoir crédit que si l’on se penche attentivement sur la série. Si l’on veut chercher la petite bête. Car, il faut bien l’avouer, ce n’est pas ce qui saute aux yeux. La réalisation, le rythme et l’ambiance sont tels qu’ils arrivent à nous faire dépasser les défauts minutieux de la série. On est pris dans l’histoire, les défauts collatéraux passent alors au second plan.

LE SCIENTIFIQUE

Si tu veux que l’on parle de l’histoire ne devrions nous pas parler du propos scientifique ? Le postulat de départ est très intéressant mais je le trouve malheureusement relayé en seconde zone et bien trop survolé au profit de l’intrigue et du suspens. Du coup, on a l’impression d’être quelques fois devant une mauvaise série allemande qui ne repose que sur une alternance de scènes d’actions qui surfent sur un propos bien trop grossier et à peine croyable. De plus, jamais une ambiance anxiogène digne de ce qu’ils cherchent à mettre en place n’est atteinte. On reste trop en surface. Plusieurs questions intéressantes auraient pu être développées mais la série préfère s’orienter vers le côté dramatique plutôt que scientifique.

L’INFLUENÇABLE

(Acquiesçant par un mouvement de tête) C’est vrai.

LE CON PREMIER DEGRÉ

Pas scientifique ? Y’a un mec qui a une queue quand même !

L’INFLUENÇABLE

(Acquiesçant encore) C’est aussi vrai.

LE PILIER DE COMPTOIR

(Surpris) Une queue ? (Puis, lubrique) Une queue queue ? Héhéhé…

LE SCIENTIFIQUE

(Exaspéré) Non. Une queue queue. Genre prolongement de la colonne vertébrale.

LE PILIER DE COMPTOIR

Ah… (Puis, doucement) Héhéhé…

LE SAGE

Calme-toi.

LE SCIENTIFIQUE

Merci. Mais voilà, je trouvais tout de même important de préciser que la série aurait pu acquérir tout de même une dimension supplémentaire et très intéressante si elle s’était intéressée de plus près aux problématiques qu’elle soulevait. D’un point de vue génétique c’est certain, mais surtout d’un point de vue éthique aussi où elle aurait pu atteindre des sphères rarement abordées dans des séries et en profiter pour se donner un cachet unique.

L’INFLUENÇABLE

(Acquiesçant toujours) C’est pas faux.

L’ESTHÈTE

(Remettant son écharpe d’un geste lent et langoureux. Puis, d’une voix à la fois hautaine et pédante) Un cachet d’accord, mais tu me parles d’un cachet philosophico-scientifique. Un bonus permissible seulement pour ceux qui arrivent à s’élever dans les hautes contrées de la pensée. Et quel est le meilleur moyen pour une élévation intellectuelle ? (Marque une pause. Puis, très solennel) L’art bien sûr. Et cet art est ici, malgré certaines grossièretés inacceptables, bien traité. On se doit de souligner les efforts faits par la réalisation afin de donner à l’ambiance une cohérence particulière et un ton général à la série qui tente mais n’arrive (et n’arrivera) jamais, et je dis ça sans vouloir faire plaisir au pilier de comptoir, à égaler la transcendantale beauté de Tatiana Maslany.

LE PILIER DE COMPTOIR

(Se resservant un Ricard) Héhéhé…

PAUL, LE CRITIQUE CLASSIQUE

Le film a les défauts de ses qualités. Je déteste cette expression mais comment conclure autrement ? On fait face à une hétérogénéité séduisante qui perd malheureusement en force et s’éparpille à cause de son pluralisme. Une abondance de sujets, de pistes, de thèmes traités, ce qui pose le problème de la difficulté de recentrer tous les propos mis en jeu et de créer une ligne directrice forte et stable harmonieuse tout du long. Vous êtes d’accord ?

L’INFLUENÇABLE

Je n’aurais dit mieux.

LE SAGE

Maintenant, calmez-vous tous. Il est temps.

FIN DE L’ACTE.

Voilà.
Voilà voilà.
Encore désolé pour ce désagrément, mais il fallait bien que cela sorte un jour.
Mes excuses les plus sincères.

CASTING
Saisons : 1
Nombre d’épisodes : 10
Format : 42 minutes
Date de 1ère diffusion US : 30 Mars 2013 (BBC America, Space)
Date de 1ère diffusion FR : 20 Novembre 2013 (Numéro 23)
Date de sortie DVD : 26 Février 2014
Distributeur : France TV Distribution
Titre original : Orphan Black
Création : Graeme Manson, John Fawcett
Avec Tatiana Maslany, Jordan Gavaris, Dylan Bruce, Michael Mando, Marie Doyle Kennedy
Synopsis : Marginale et orpheline, Sarah est témoin du suicide d’une femme. Après réflexion, elle décide de prendre l’identité de cette dernière, qui lui ressemble étonnamment. Elle découvre qu’elles sont en fait deux clones, que d’autres existent et sont la cible d’un tueur qui tente de les éliminer une à une.

BANDE-ANNONCE

http://www.youtube.com/watch?v=mOlWUsyzEcU