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ADN, psychodrame inabouti – critique

Maïwenn ne parvient pas à rendre assez fort ce psychodrame sur fond de crise familiale et de repères personnels. ADN restera une belle réflexion qui se perd dans l’application. 

Il fait partie de ces films qui, projetés sur la Croisette, auraient forcément fait parler d’eux. Une nouvelle pellicule signée Maïwenn s’attend, se décortique puis s’analyse, à mesure que les souvenirs de Polisse et de Mon Roi se font encore plus beaux. Qu’en auraient pensé les commentaires cannois, souvent intransigeants ? Dans ce film sélectionné pour un festival 2020 qui n’aura jamais lieu, Maïween joue le rôle principal, celui de Neige. Pour elle, la famille, c’est un peu compliqué. Le grand-père est son repère, tout autant qu’il est le ciment d’une union par le sang qui ne s’entend pas bien. Le jour où il meurt, que reste-t-il de tout cela ? Quelle identité se donner ? Comment vaincre la peine et construire autre chose ? Le personnage a besoin de nouveaux socles. 

Notre Critique de Mon Roi

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Les déchirements entre parents et enfants, frères et soeurs, avec la mère aussi – flamboyante Fanny Ardant ! – imprègnent les jours qui suivent la mort. De l’annonce jusqu’à la récupération de l’urne, les différences parlent entre elles. Et, au milieu de ça, Neige fait des tests ADN, demande la nationalité algérienne. Revit enfin, entre sa perte de poids et les nombreuses blagues de son ex-compagnon, Louis Garrel, père de deux de ses fils. 

Avec ADN, Maïwenn fait un film sur le deuil et la quête de soi. Sur ce qui reste du défunt et de l’identité vis à vis de lui, de ce sentiment d’appartenance à une histoire, au destin d’un aïeul. Par la mort de cet être cher, son personnage se plonge dans ses origines familiales et nous parle de la construction du « moi »… Souvent différente d’une réalité biologique, d’ailleurs. Le film en fait écho, pour perdre un peu plus le personnage.

ADN se tourne vers nous, et ça fonctionne. D’où je viens ? Qu’est-ce que mes parents, mes grands-parents, m’ont donné ? ADN questionne chaque membre du public pour le confronter à son propre environnement, à son parcours personnel et au sentiment d’appartenance à une histoire commune. En se plongeant dans ses origines algériennes, le personnage principal parle un peu de son interprète. De ses nuits d’obsession à lire et relire l’histoire de l’Algérie jusqu’au voyage sur ces terres, une large part de Maïwenn imprègne la pellicule… La cinéaste se défend d’avoir fait un film autobiographique, et le public n’est pas dupe.

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Pourtant, ADN a ce quelque chose de grotesque qui fait que ça ne marche pas vraiment. Il lui manque cette finition pour dégager pleinement la force qu’il avait besoin. Sans doute est-ce à cause de cette volonté, de la part de la réalisatrice, de retrouver les méthodes de travail de ses débuts ? ADN a en effet été tourné en seulement trois semaines, à la manière de jeunes cinéastes encore chauds de belles trouvailles pour la beauté de l’écran. Une liberté s’est installée sur les plateaux, laissant aux acteurs le choix de l’interprétation des mots. Mais Maïwenn n’est plus celle du Bal des Actrices. Polisse et Mon Roi sont passés par là. Difficile de retrouver l’insouciance des premiers films qui en font leur charme… et leur réussite. La metteuse en scène offre plutôt au public des moments souvent brouillons, dégageant un drama bas-de-gamme que seuls de grands talents arrivent à sauver (parfois) : Fanny Ardant et Louis Garrel

Avec ces fausses notes, le public aura bien du mal à s’attacher à l’histoire, à ses personnages, à se sentir impliqué dans leur évolution. Les commentateurs cannois auraient-ils pour autant boudé ce film, face à la la multitude des autres longs-métrages sélectionnés ? Il est clair, en tout cas, que la nouvelle œuvre de Maïwenn déçoit. ADN restera une belle réflexion qui se perd dans l’application. 

Yohann

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Titre original : ADN
Réalisation : Maïwenn
Scénario : Maïwenn, Mathieu Demy
Acteurs principaux : Maïwenn, Louis Garrel, Fanny Ardant
Date de sortie : 28 octobre 2020
Durée : 1h30min
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Existentialiste

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