EVIL DEAD (1981), joyeux bordel – Critique

Pour détendre l’atmosphère après le film de James Wan, le Festival Lumière a trouvé le compromis idéal pour rester dans son thème horrifique tout en permettant au public de souffler un peu. Bien moins angoissant, mais se permettant tout de même des séquences franchement orientée vers l’horreur, EVIL DEAD est réalisé par un maestro de la mise en scène, un virtuose qui semble être né avec une caméra dans les mains ; Sam Raimi.

Avec ce film, le cinéaste se paye un énorme délire grand-guignolesque, qui, trente ans après, possède toujours une fan-base impressionnante. C’est d’ailleurs sans doute l’une des raisons de la présence d’EVIL DEAD, qui adopte clairement un ton radicalement différent des autres œuvres sélectionnées.

Non pas que James Wan ou John Carpenter n’ait peur du kitsch ou du too-much, au contraire, ces deux réalisateurs s’y aventurent souvent et toujours avec brio. Mais rien de comparable ici avec ce que fait Sam Raimi, qui semble plus déterminé que jamais à déverser à l’écran le plus d’hémoglobine possible. Pour un premier film, c’est osé. Je tiens d’ailleurs à préciser, avant toute chose, que si la saga est effectivement connue pour son traitement très humoristique, le premier film est un film d’épouvante avant tout, qui réservera sans doute quelques sursauts à la salle. Dans ce volet d’une excellente trilogie, Sam Raimi nous gratifie d’une mise en scène abandonnant toute subtilité au profit d’un traitement tout à fait jouissif de l’horreur, flirtant avec l’absurde. Il y a, bien sûr, une certaine dérision dans l’écriture et dans la réalisation, et c’est de là que le film tire sa force ; il ne recule devant rien et se joue totalement des codes, là où Insidious, projeté dans la foulée, essayera plutôt de se les approprier.

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Que ce soit dans le maquillage, la réalisation, la cohérence, la narration, tout s’apparente à un joyeux bordel qui ira encore plus loin dans les prochaines réalisations de Raimi, Evil Dead 2 en tête. Le résultat est tantôt drôle, absurde, terrifiant, surprenant, un mélange des genres qui fait du film un véritable plaisir coupable. Impossible aussi de ne pas mentionner l’aspect artisanal de l’œuvre, qui font des lacunes liés au budget une des plus grandes forces du film ; l’aspect «débrouille et système D » des différents effets visuels, qui n’est pas sans rappeler Braindead, contribue grandement au cachet d’un film qui profite aussi du savoir-faire de son réalisateur. Dès son premier film, Sam Raimi démontre une capacité à créer un univers particulier et à instaurer un rythme effréné, tout en ponctuant son film de séquences exemplaires qui faisait cruellement défaut au remake sorti en 2013.

Drôle, absurde, terrifiant, surprenant : un mélange des genres qui en fait un véritable plaisir coupable.

En somme, EVIL DEAD est un très bon film, dont les quelques défauts (en sont-ils vraiment ?) sont tellement inscrits dans les intentions du réalisateur qu’ils peuvent en devenir des forces. Cependant, sa sélection parmi les très sérieux The Thing et Insidious peuvent surprendre ; d’autant plus que pour suivre le film de James Wan, il aurait peut-être été plus logique de projeter le plus récent et non moins excellent Drag me To Hell, du même Sam Raimi, qui prolonge parfaitement les intentions d’EVIL DEAD.

EVIL DEAD a été chroniqué dans le cadre de la NUIT DE LA PEUR organisée par le Festival Lumière, à Lyon. Il sera projeté samedi 17 octobre à la Halle Tony Garnier.

Louis

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Rédacteur depuis le 12.07.2014
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