Photo du film GOUROU
Crédits : StudioCanal

GOUROU, un film qui n’aura malheureusement aucun adepte

Noter49 Notes
2.5

Avec Visions et Dalloway, Yann Gozlan a connu une légère sortie de route. Pour retrouver le succès public, et surtout critique, le réalisateur décide de faire de nouveau appel à Mathieu Vasseur, un prénom et un nom déjà associés à Pierre Niney dans Un Homme idéal et Boîte Noire. Tel un totem, Yann Gozlan espère que GOUROU lui permettra de retrouver la route du succès, mais les discours de coach Matt ont malheureusement l’effet inverse.

Les dérives de la fiction

GOUROU aborde une mode popularisée par les nouveaux réseaux sociaux tels que TikTok : celle du coaching en développement personnel. Yann Gozlan la présente, mais surtout en montre les travers. Le cinéaste détourne le classique « rise and fall » en un « fall and rise » où la chute devient une forme d’élévation toxique. Le film lui-même opère une chute en tombant rapidement dans le stéréotype, bien qu’il traite de problèmes bien réels.

À l’instar de Mathieu Vasseur, GOUROU s’enferme dans son propre cercle et succombe à tous les vices. Il est vrai que le personnage est friand de storytelling, toutefois la fiction prend trop le pas sur le réel, au point de nous faire douter du métrage que l’on regarde. Or, il n’y a rien de plus frappant que le réel, mais GOUROU semble ne pas l’avoir compris.

La malveillance derrière un masque bienveillant

Avec GOUROU, il y a la volonté de faire de Mathieu un homme dont le rôle de mentor n’est en réalité qu’une façade, lui qui souffre d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère. Le coach ne fait que jouer la comédie comme s’il était au théâtre, ce qui explique d’ailleurs certaines filiations à la Grèce antique dans le film. Ses conférences sont des spectacles où il avance « masqué » sur scène et où tout est prévu en coulisse de A à Z, y compris les interactions avec les adeptes.

Il y a une illusion de rassemblement, car même s’il est au milieu de la foule, il y a toujours une distance. Que ce soit par l’écran derrière Math, les plans en plongée sur la foule ou les champs-contrechamps, aucun lien humain ne se crée. Cette absence de lien est d’autant plus flagrante que les séquences de conférences ressemblent, sur certains points, aux réunions avec l’équipe du coach, soulignant la dimension lucrative de cette entreprise. Cet aspect aurait d’ailleurs mérité d’être davantage accentué, car Mathieu croit malheureusement sincèrement à ce qu’il fait, alors que tout est faux.

Heureusement, le mensonge transparaît derrière la façade, notamment en présence de Christophe, son frère, avec le langage corporel du coach qui note une soumission.

Bas les masques

La bascule vers les dérives du coaching en développement personnel se fait lors de Touche pas à mon poste et se poursuit avec la confrontation finale face à Julien, l’adepte le plus fidèle, joué par un excellent Anthony Bajon. Ces moments clés révèlent l’extrémisme de ce genre d’entreprise, mais aussi la dissociation du réel que peuvent subir les victimes. C’est là que Mathieu s’enferme dans sa propre illusion, comme l’indique le travelling circulaire sur lui durant un show.

La séparation entre Mathieu Vasseur et coach Matt n’existe alors plus, celui-ci agissant par exemple avec son frère comme avec ses adeptes, dans une réalisation et un montage volontairement similaires. Cette situation aurait dû être initiale, parce qu’ici le changement devient trop mécanique.

Pire encore, l’assombrissement physique du personnage, digne de Spider-Man 3 de Sam Raimi, frôle le ridicule. Certes, le faire basculer de Christ à Antéchrist est pertinent, mais cela prend des proportions trop grandes. Malgré tout, la fin est réussie avec un développement logique qui conduit Mathieu à atteindre l’Élysée de l’illusion.

L’homme est loup pour l’homme

Par sa vision du monde du coaching et de la vie en général, Mathieu se rapproche davantage d’un loup que d’un homme. En réalité, c’est un mouton revêtu de la peau d’un alpha. La relation qu’il a avec autrui repose sur un rapport de domination. Cette assurance face aux plus faibles inspire, mais engendre aussi des disciples. Julien et Rudy, son chauffeur, en sont la preuve, tous deux cherchant à s’élever. Le dernier face-à-face avec Julien marque l’inversion des positions, et surtout la défaite de ce type de système.

Subsiste cependant une victoire amère avec Rudy, qui parvient à ses fins. Le véritable triomphe n’intervient toutefois qu’avec Conrad, le vrai loup alpha qui fait de Math un pantin. Ce monde, sous ses apparences bienveillantes, est profondément violent. Chacun aspire à être un conteur à la Homère, mais il n’y a finalement que des soldats animés par une rage viscérale.

Un trop gros shot de dopamine

En donnant l’illusion d’une vie meilleure, le coaching agit comme une drogue. Mathieu apporte une solution factice à ses adeptes tout en entretenant leur addiction. La confrontation avec la loi est ainsi inévitable, un bien trop rare moment où le réel s’immisce. Verdict : c’est illégal, à l’instar d’une drogue dure.

La réussite de GOUROU réside dans sa capacité à faire ressentir cette dépendance lors des conférences, à travers les flashs lumineux, le montage sur les visages des adeptes… Le film offre un vrai shot de dopamine, renforcé par l’effet de groupe.

La descente, en revanche, est brutale, puisqu’elle se fait seul. C’est une nouvelle fois pour cette raison que la fin fonctionne, car on se retrouve, sans la nommer, dans la ville de l’addiction. La seule ombre au tableau est l’insistance sur ce thème par la chute de Mathieu dans l’alcool et la drogue. Ayant déjà le nez dans sa propre illusion, il n’y avait pas besoin d’en rajouter une couche.

GOUROU procure son lot de sensations fortes et parvient à nous embarquer. Problème : à froid, le développement de son discours repose sur des poncifs trop appuyés. À force de chercher le sensationnel, Yann Gozlan perd le fil, semblant parfois davantage s’écouter parler que s’assurer que son message soit réellement transmis. C’est regrettable, car le coach Math aurait pu réussir son coup.

— Flavien CARRÉ

Auteur·rice

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Note finale

  1. 4
    bien

    j’ai adoré, contrairement au critique j’ai trouvé que c’était intéressant d’avoir une critique des pseudos sauveur de vie, alors qu’ils n’ont aucun diplôme, ça montre l’importance de donner sa confiance a des universitaires, à des diplômés, enfin des gens qualifiés. j’ai aussi trouvé que le film est très imprégnant, on ressent le stress, des scènes m’ont données une impression de nausée car tu es vraiment dedans. Dans une société autant connecté, avec sur tiktok des coach sur tout: alimentation, sport, bien être, la socialisation alors que c’est personne ne connaissent rien du monde c’est assez impressionnant de vioir tous les gens qui les suivent sans se poser de questions, et ça démontre à quel point il est simple d’embrigader une grande partie de la populations. .

  2. 5

    Je sors de la séance gourou et il y a longtemps que je n’avais pas vu un si beau film. Il y a une belle puissance. Le film a fait l’unanimité dans la salle où j’étais. Je vais digérer ce que j’ai vu, puis d’ici 3 semaines je retournerai le voir.