La trilogie FEAR STREET dépoussière l’archétype de la final girl – Critique

Mélange assez surprenant de Riverdale, Scream et Stranger Things, la trilogie FEAR STREET est la pépite qu’il vous faudra voir cette année pour Halloween. 

Disponible depuis cet été sur Netflix, la série de films FEAR STREET était passé plutôt inaperçue. Pourtant, les trois films proposent un agréable hommage aux slasher movies les plus cultes en plongeant leur spectateurs dans une ville américaine délicieusement surnommée « la capitale des meurtres ». Réalisée par Leigh Janiak, la trilogie enchaîne ainsi les multiples clins d’oeil aux classiques du genre dès la scène d’ouverture du premier volet, FEAR STREET : 1994. Le long-métrage s’ouvre donc sur une adolescente (Maya Hawke) qui s’apprête à fermer sa librairie avant de recevoir un mystérieux coup de téléphone et d’être poursuivie par un tueur masqué dans un centre commercial.

Si la scène « ne fait pas frissonner comme a pu le faire le réalisateur Wes Craven » (Le Parisien), elle a le mérite de poser les bases d’une histoire plutôt singulière. En effet, l’ordre des trois films FEAR STREET est antéchronologique puisque le premier long-métrage raconte les épisodes de 1994, le second ceux de 1978 et le dernier ceux de 1666. Avec ces trois volumes, la réalisatrice Leigh Janiak crée une mythologique unique autour d’une bande de lycéens qui découvre que les nombreux drames qui frappent leur commune de ShadySide sont liés à une sorcière morte en 1666. En faisant voyager les spectateurs dans le passé, FEAR STREET offre une narration innovante multipliant les références cinématographiques.

Tout d’abord, FEAR STREET surprend avec sa relecture du concept de « final girl ». Archétype de cinéma créée par Carol J. Clover en 1992, la « final girl » repose sur l’idée que tous les personnages des slasher movies sont toujours tués, sauf une femme. Pour Carol J. Clover, le male gaze est donc redéfini dans les slasher movies puisque le point de vue subjectif de la caméra, orienté sur le tueur, n’influence pas le spectateur masculin qui cherche au contraire à s’identifier à la victime et non pas à celui qui domine sur le plan narratif. Le public souhaite donc que la « final girl » vainque le tueur comme c’est notamment le cas dans Halloween (Jaime Lee Curtis), Friday the 13th (Betsy Palmer) ou A Nightmare on Elm Street (Heather Langenkamp). Généralement, la « final girl » est « une brune au prénom mixte, hétérosexuelle et blanche, qui n’a pas de relations intimes et boit peu (voire pas) d’alcool ». Depuis quelques décennies, les films d’horreur tentent de subvertir cet archétype : par exemple, Sidney Prescott (Neve Campbell) a des relations sexuelles dans Scream mais survit malgré tout. 

La trilogie FEAR STREET va encore plus loin dans la « subversion » du genre en proposant un film d’horreur lesbien où les scènes de sexe sont multiples et où les personnages queer ne sont pas les premiers à mourir. Leigh Janiak détruit les archétypes du « Bury Your Gays » (intrigue dans laquelle les rares personnages queer sont les seuls à mourir) et du « Black Dude Dies First » (intrigue selon laquelle les personnages noirs sont les premiers à mourir). La réalisatrice dépasse ainsi l’audace de McG dans The Babysitter et The Babysitter : Killer Queen qui tournait déjà en dérision les habitudes des slasher movies. FEAR STREET est plus subtil et a suffisamment confiance en son public pour que ce dernier réussisse à comprendre la manipulation du genre cinématographique. Néanmoins, la trilogie reste sympathique pour ceux qui ne sont pas particulièrement habitués aux films d’horreur. 

Ainsi, FEAR STREET redéfinit tout ce qui défini souvent le cinéma d’horreur en introduisant comme « final girls » des lesbiennes sexuellement actives et non pas la jeune fille vierge. Cela constitue un changement radical qu’un public habitué au slasher movies n’attend pas. De même, les révélations autour de l’histoire de la sorcière morte en 1666 sont horrifiantes car elles bouleversent les préjugés et les attentes. 

« Combien de slasher movies pleins d’archétypes pouvons-nous voir avant qu’ils ne commencent à sembler répétitif ? Pourquoi refaire le même film encore et encore ? » demande Alani Vargas.

La trilogie FEAR STREET répond parfaitement à la question d’Alani Vargas en refusant de se soumettre aux règles tacites de ce genre cinématographique et boude les personnages hétérosexuels et blancs pour célébrer la communauté LGBTQ+. En s’appuyant sur cette redéfinition du slasher movie, les trois films proposent une histoire divertissante avec une bande son particulièrement addictive (Kansas, Nirvana, Death to the Pixies, The Velvet Underground…). Si l’on y ajoute des hommages cinématographiques similaires à ceux de Stranger Things et des adolescents déchirés entre deux villes rivales à la Riverdale (Shadyside versus Sunnydale), FEAR STREET a assurément tout pour plaire et anéantir l’hétéro-patriarcat au passage. 

Sarah Cerange

Note des lecteurs0 Note
Titre original : Fear Street, Part One : 1994 ; Fear Street, Part Two : 1978 ; Fear Street, Part Three : 1966 ;
Réalisation : Leigh Janiak
Acteurs : Kiana Madeira, Olivia Scott Welch, Benjamin Flores Jr., Ashley Goode, Sadie Sink, Gillian Jacobs, Emily Rudd, Ashley Zukerman, Ted Sutherland
Date de sortie : Septembre 2021
Durée : 3x110 minutes
3.5
Addictif

Écoutez-nous !

Rédactrice
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x
()
x