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Crédits : 20th Century Studios

THE CREATOR, émotion artificielle, action démentielle – Critique

En revenant vers la dystopie après un voyage en dilettante dans la galaxie Star Wars, l’ambitieux Gareth Edwards livre un récit inégal, où la démesure de l’action prend le pas sur l’émotion.

Figure en verve de la tendance de blockbusters libérés de tout cahier des charges, Gareth Edwards n’en est plus à son coup d’essai en termes de dystopie. Ayant été rapidement oubliés, Rogue One – A Star Wars Story, Godzilla et surtout Monsters attestaient de véritables partis pris visuels et d’une science de l’action réjouissante, quoi qu’un peu trop agressive. Cette politique de l’égarement se poursuit avec THE CREATOR, loin des sentiers aseptisés imposés par les canevas d’énièmes suites explosives de franchises à l’agonie. Le prologue traduit d’ailleurs d’emblée cette faculté à poser un regard neuf sur des panoramas déjà parcourus maintes fois. Finis les fades paysages urbains s’inscrivant dans une continuité mollassonne de ce que Besson ou Lucas proposaient au début du siècle. Place désormais aux essarts inexplorés, aux plages et autres vallées plus familières d’un Miyazaki ou d’un Villeneuve type Premier Contact.

Photo du film THE CREATOR
Crédits : 20th Century Studios

Budget rétréci ? Qu’importe. Dès le prologue, la caméra virevolte dans le crépuscule enchanteur d’une île de la Nouvelle-Asie. La tonalité méditative et la volonté d’inscrire le récit dans de nouvelles perspectives fictionnelles font qu’Edwards gagne aisément la première manche. Et l’élément déclencheur confirme ces belles dispositions. Dans un monde où l’intelligence artificielle a réalisé ce que Skynet cherche encore à accomplir dans un énième épisode de Terminator, un agent infiltré développe une romance avec une sympathisante des robots avant d’en être brutalement séparé. Ce postulat tragique, et unique séquence où l’émotion prend le pas, fait vibrer dans ce prologue une mélodie rafraîchissante qui laisse espérer le meilleur.

Disons-le séance tenante : THE CREATOR n’atteindra jamais le Valhalla entrevu lors de ses premiers plans. Très vite sont cochées toutes les cases du récit stéréotypé aux twists prévisibles. Sans doute prémédité, ce récit attendu aux pistes trop évidentes aurait pu confiner au sabordage. Pour Edwards, c’est un pari, le prétexte du déploiement d’une action pure, aux contours souvent éclatants. Cette confiance excessive en l’effet visuel, avec le recours systématique aux plans demi-ensemble atteste une foi admirable en l’univers déployé par le film. Formidablement époustouflantes, certaines séquences d’action détonnent, dans leur propension à penser la technologie comme un pur prétexte de mise en scène. D’ailleurs, dans la continuité d’un Blomkamp, le metteur en scène laisse place libre à un imaginaire débridé lorsqu’il s’agit de filmer robots et créatures, à bon escient.

Photo du film THE CREATOR
Crédits : 20th Century Studios

Il y avait sans doute un point d’ancrage idéal à trouver entre la dramaturgie inhérente au héros et l’émergence d’une mythologie propre à l’univers. Mais le bulldozer d’explosions, imperturbable, finit par tout ensevelir. En l’absence d’un script crédible sur la paternité ou les enjeux moraux liés à l’IA, le récit finit par se noyer dans un manichéisme plat sous couvert de lutte des classes (en ceci très similaire à Rogue One). John David Washington, définitivement parfait en héros condamné par les rouages des récits auxquels il se voue, ne peut susciter à lui seul l’émotion attendue. Reste un honnête film de science-fiction, où le cinéma d’Edwards, entre fulgurances et longueurs, ne gagne ni ne perd sur aucun tableau.

Emeric Lavoine

Note des lecteurs2 Notes
3
Réussi, mais oubliable

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