Photo du film U ARE THE UNIVERSE
Crédits : Pandastorm Pictures

U ARE THE UNIVERSE, solitude et émotion dans l’espace

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Les films situés dans l’espace bénéficient d’une fascination presque automatique. Mais à force d’avoir été arpenté sous toutes ses formes – terrain de spectacle grandiose ou reflet d’une solitude métaphysique – le cosmos est devenu un décor familier, parfois même prévisible. On avance alors avec prudence sur le terrain des attentes : on ne croise pas un Interstellar (Christopher Nolan, 2014) ou un Seul sur Mars (Ridley Scott, 2015) à chaque recoin du système solaire.

Dans ce contexte saturé, U ARE THE UNIVERSE, premier long métrage du réalisateur ukrainien Pavlo Ostrikov, ne cherche pas à réinventer la science-fiction. Son ambition est ailleurs : nous faire partager les émotions du dernier humain de l’univers. Andriy, un astronaute en mission dans le système solaire, apprend que la Terre a explosé durant son absence, rendant tout retour impossible et le confrontant à une hypothèse vertigineuse : être peut-être le dernier être vivant de l’univers.

Le film joue avec des ressorts narratifs largement balisés, mais fait le pari gagnant d’une mise en scène attentive, d’une économie de jeu assumée et d’un sens du rythme qui transforment l’isolement en expérience sensible, et la solitude en matière cinématographique.

Un univers décalé dans un espace bien connu

Le film commence sur une note à la fois décalée et presque ludique : un spot de recrutement pour le secteur nucléaire nous plonge immédiatement dans son univers, oscillant entre ironie morbide et sérieux de la mission. On pense autant à Dr. Folamour (Stanley Kubrick, 1964) pour cette façon de rire de l’absurde nucléaire qu’à Fallout (pour une référence plus moderne) pour ce ton légèrement cynique.

Cette plongée dans l’univers du protagoniste se poursuit avec des choix moins originaux : le robot de bord est un copié-collé moins cruel (et iconique) de l’intelligence artificielle de 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968), et la succession de plans montrant la routine quotidienne du pilote s’inscrit dans un trope déjà vu mille fois dans les films spatiaux. Ostrikov montre ici son amour pour le genre, mais aussi une tendance à emprunter certaines facilités narratives plutôt que de les réinventer pleinement.

L’univers est vivant et travaillé, mais on sent dès ces premières scènes que sa singularité a ses limites – un mélange de promesse et de convention qui annonce bien le ton du film.

Personnages et interprétations

Le récit prend vie grâce à la manière dont Andriy (Volodymyr Kravchuk) porte son malaise existentiel. Confronté à la possibilité d’être le dernier humain, il tente de gérer son isolement, ses peurs et ses doutes. C’est cette interprétation subtile et crédible qui rend chaque moment à la fois tangible et dramatique. Le film ne s’attarde pas dans la lenteur contemplative que l’on pourrait craindre d’un huis clos spatial ou d’un film indépendant : au contraire, l’histoire avance, pleine de rebondissements, d’échanges et de petites surprises qui captivent en permanence. La scène où Andriy apprend la destruction de la Terre illustre parfaitement comment Ostrikov assemble plans, musique et dialogues pour provoquer un effet de stupeur et d’angoisse chez le spectateur.

Les interactions avec Catherine (Alexia Depicker), dont la voix lui parvient soudainement depuis des millions de kilomètres, introduisent des éléments de comédie romantique qui surprennent autant par leur présence dans ce cadre tragique que par leur sincérité. La relation progresse avec réalisme : Ostrikov prend le temps nécessaire pour la construire et maîtrise parfaitement le rythme, permettant au spectateur de s’y accrocher sans que le récit ne ralentisse. Le robot de bord, programmé pour divertir mais maladroit face aux catastrophes, apporte une touche d’humour qui équilibre le poids du récit.

À la manière de Her (Spike Jonze, 2013), l’émotion naît autant de la voix que de la présence ou de l’absence physique de l’autre. Ensemble, Andriy, Catherine et le robot transforment le huis clos spatial en expérience humaine dynamique, où la SF reste en arrière-plan et l’attention du spectateur est constamment sollicitée.

U ARE THE UNIVERSE ne se contente pas d’être une curiosité dans un genre déjà balisé : il confirme l’existence d’une voix singulière dans le cinéma SF contemporain. Le film, élaboré sur près de sept ans de travail, a dû composer avec les aléas d’une production longue et exigeante – débutée avant la pandémie, elle s’est achevée en pleine guerre russo-ukrainienne.

Malgré ce contexte difficile, U ARE THE UNIVERSE conjugue vivacité narrative, émotion sincère et humour subtil, s’imposant ainsi comme un premier long métrage ambitieux – et donnant envie de suivre l’évolution de son auteur, un cinéaste dont la maturité se manifeste dès ce premier essai.

— Nathan DALLEAU

Auteur·rice

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Note finale