UN TRIOMPHE, une sacrée aventure carcérale – Critique

Pour son second film, UN TRIOMPHE, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, Emmanuel Courcol immerge le spectateur dans l’univers carcéral à la rencontre du théâtre.

Jusqu’à quel point un regard bienveillant, une main tendue et un espoir insufflé peuvent-ils changer la vie de plusieurs personnes ? Et comment être certain qu’ils ne profitent pas d’abord à celui qui donne cet espoir ? Et pourquoi ne pas envisager qu’il peut aussi s’agir d’une action «gagnant-gagnant» ? Et qu’en est-il si cette personne est un acteur de théâtre et que ceux qu’il accompagne sont des détenus ? Ce sont les questions très intéressantes que le spectateur sera amené à se poser tout du long de UN TRIOMPHE, second long métrage après Cessez-Le-Feu, Emmanuel Courcol, qui s’est s’inspiré d’une histoire vraie dans les années 80 en Suède.

Notre Critique de Cessez-le-feu

Photo du film UN TRIOMPHE

Etienne (Kad Merad), acteur en galère que plus personne ne fait travailler, a accepté d’animer un atelier théâtre en prison. Il remplace son ami Stéphane (Laurent Stocker), directeur de théâtre aux côtés duquel il a longtemps joué. Il découvre -et le spectateur avec lui- l’univers carcéral, les codes de l’Administration Pénitentiaire qu’il ne comprend pas et qu’il prendra un malin plaisir à forcer, voire à contourner. Nabil (Saïd Benchnafa), Patrick (David Ayala), Jordan (Pierre Lottin, bien loin de son rôle dans Les Tuche), Alex (Lamine Cissokho), Moussa (Wabinlé Nabié), auxquels viendra s’adjoindre Kamel (Sofian Khammes, révélé dans Chouf), ont plus envie de faire des sketchs que du pur théâtre.

Mais Etienne parvient à leur donner envie et confiance, et après un essai concluant, décide de viser plus haut : ce sera rien de moins que la pièce de théâtre « En attendant Godot » de Samuel Beckett, qu’il a lui-même joué avec Stéphane vingt ans auparavant. Une pièce de l’absurde, au texte bien abscons pour qui n’est pas du métier. UN TRIOMPHE donne donc à voir la façon dont Etienne déploie une énergie incroyable pour obtenir des répétitions quotidiennes en prison auprès de la directrice Ariane (Marina Hands) et des permissions de sorties des détenus après de la juge pour les autoriser à jouer dans le théâtre de son ami Stéphane.

Une immersion originale dans l’univers carcéral, qui procure autant de réflexions que d’émotions.

Pas besoin d’être aussi convaincu qu’Etienne des talents d’acteurs des détenus, mis à part celui de Kamel qui semble exceller et avoir trouvé sa voie, pour que le film embarque le spectateur dans cette belle aventure humaine. Le réalisateur évite brillamment l’écueil des bons sentiments qui dégoulinent, car il donne à voir un homme qui tend la main à une bande de bras cassés, non dans le seul but de les tirer vers le haut, mais aussi pour lui-même. Présenté comme assez peu sympathique (une gageure pour Kad Merad, qui tient déjà ce type de rôle dans la série Baron Noir), Etienne ne cache pas son plaisir par procuration, avec ce projet plus qu’ambitieux qui lui permet de sortir la tête de l’eau et de revenir enfin à son désir viscéral de théâtre par le biais de la mise en scène.

Photo du film UN TRIOMPHE

Emmanuel Courcol et ses coscénaristes Thierry de Carbonnières et Khaled Amara s’en sortent d’ailleurs plutôt bien avec le thème assez casse gueule du théâtre au cinéma. Et même si elles sont un peu longues, ils parviennent à rendre les répétitions digestes, à dynamiser les représentations sur scène et à faire monter la tension, alternant judicieusement animosité et solidarité entre les détenus rendus assez attachants. Des détenus dont on ne saura rien, ou presque, de leur raison en prison, créant une certaine frustration pour le spectateur qui ne peut pas voir ni évolution, ni rédemption de leur part.

Mais le réalisateur semble avoir pris le parti, tout comme son héros Étienne, de ne porter aucun justement sur les actes commis par les détenus, de ne pas les définir uniquement par ceux-ci, ni de les y enfermer. Etienne s’obstine en effet, à tort ou à raison, à les voir comme des acteurs et non des taulards. Le réalisateur montre très bien la relation de confiance qui se crée entre tous ces hommes, qui leur permet de s’évader grâce à l’art. Même si on reste un peu plus circonspect sur la scène finale, qui dérange et semble bien peu réaliste et exempte de moralité, UN TRIOMPHE est un film d’une grande originalité avec un beau casting, qui procure autant de réflexions que d’émotions.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Un triomphe
Réalisation : Emmanuel Courcol
Scénario : Emmanuel Courcol, Thierry de Carbonnières, Khaled Amara
Acteurs principaux : Kad Merad, Marina Hands, Sofian Khammes, Laurent Stocker
Date de sortie : 6 janvier 2021
Durée : 1h35min
3.5
Original

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