1:54 est une campagne de prévention géante contre le cyber harcèlement en milieu scolaire avec pour toile de fond le rappel qu’il faut (encore) lutter contre l’homophobie.

Un thème évidemment éloquent puisque fortement d’actualité, et qui aura le bénéfice de faire se projeter à-peu-près tous ceux qui le verront, dans le souvenir de leur propre scolarité quelque soit le coté duquel ils se plaçaient… C’est par conséquent fort de sa propension à emprunter à la publicité son contenu très ciblé que le film s’affranchit dès le départ de sa possible trop virulente critique. Sa raison d’être est strictement de répondre à un fait de société brûlant – un peu comme l’avait fait Marie-Castille Mention-Schaar avec Le ciel attendra – alors, presque logiquement, l’autorité du sujet l’emporte sur le reste. Dans le cas du premier long métrage de l’acteur/réalisateur/producteur/animateur de télé québecois Yan England, ce n’est pas un défaut, c’est même ce qui lui sauve la vie.

Tim est un jeune lycéen renfermé sur lui même. Ancien athlète de haut niveau au lycée, il ne court plus depuis le décès de sa mère. Il vit seul depuis cinq ans avec son père qui ne le comprend pas toujours et il doit en plus supporter les moqueries incessantes de Jeff, (le beau gosse, caïd, super sportif du lycée) et de sa bande. Depuis quelques temps d’ailleurs ils pointent du doigt l’amitié un peu trop fusionnelle à leur goût que Tim porte à Francis, son binôme en classe de chimie. Mais ici les moqueries ont lieu en priorité sur Facebook dont les notifications de publications humiliantes envahissent les smartphones de chacun. Après un dérapage tragique, Tim n’a qu’une envie, se venger, et pour cela il doit prendre la place que Jeff convoite depuis quatre ans : une qualification aux championnat nationaux. Objectif : faire moins d’une minute cinquante quatre au huit cent mètre.

Photo de 1:54

Tim et Jeff, rivaux au lycée et sur la piste.

La configuration est, il faut le reconnaître, un peu poussive, le scénario est lourd et même s’il rend au teen movie ses lettres de noblesses – parce qu’ici c’est un drame qui se joue – on n’échappe pas à une sensation de caricature et de déjà vu. On ne saurait d’ailleurs pas vraiment dire où l’on a  “déjà” pu voir ça mais on cherche d’où vient l’inspiration….

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Il faut dire que les beaux effets, tout gratuits qu’ils sont, s’enchaînent: Ouverture à la grue sur les bus qui se garent devant le lycée, déambulation d’un jeune homme avec ses écouteurs enfoncés dans ses oreilles, musique électro aux basses efficaces qui envahit l’écran, la figure du geek orphelin, la monoparentalité, l’homosexualité… Un esthétisme et angle qui rappelle de loin celui de Gus Van Sant dans Elephant sans pour autant jouer dans la même cour puisqu’il s’agit ici de réminiscences par petites touches… Puis un peu après, les entraînements nocturnes sur le stade froid et esseulée, la « party », le concours de bière, et, et, et, et le film va comme ça, de lieu commun en fils blancs pendant un temps un peu trop long pour maintenir réellement la tension que le réalisateur se donne du mal à mettre en place. Facebook et les réseaux sociaux en arme de destruction massive, première cause de suicide dans les établissements scolaires… il en a fallu des astuces pour filmer des téléphones et des jeunes qui regardent le téléphone pendant une heure quarante cinq… De l’inspiration il y en a, et la volonté de faire un film fort aussi; le harcèlement scolaire et tout les dommages collatéraux que l’on sous-évalue parfois (drame des famille, inconsciences des bourreaux, traumatismes des établissements) que le film s’engage à mettre à nu, mais c’est précisément parce que le film adopte l’esthétique et la narration du spot de pub que rien ne nous semble ni vraiment choc, ni vraiment original et même si rien n’est vraiment déplaisant, rien n’est vraiment passionnant non plus. C’est dommage , on passe à coté du fond au bénéfice du seul constat.

Photo de 1:54

Mon téléphone portable , mon ami, mon ennemi, mon miroir…

On ne peut décemment nier que le jeu des comédiens est remarquable, Antoine-Olivier Pilon, la révélation de Mommy et ses camarades de jeu Sophie Nélisse (l’Histoire de l’Amour) et Lou-Pascal Tremblay, constituent à eux seuls le haut potentiel d’intensité qui se dégage malgré tout du film. Si ça ne prend pas, c’est parce que c’est maladroit, le scénario pêche par manque de subtilité, les petites invraisemblances s’accumulent et l’espoir d’être pris aux tripes se désagrège, intensité potentielle seulement donc.

Il faudra tout de même reconnaître au scénario une sacrée audace, celle de prendre dans le dernier quart d’heure (dommage, un peu tard), le contre-pied du tout ce qu’il s’était attaché a construire depuis le début et de réussir à nous surprendre. On en avait besoin, et même si le réalisateur réutilise une formule déjà appliqué au début de l’histoire, on se réveille et on se réconcilie avec le reste. On pensait aller droit dans le mur mais Yan England nous tape sur l’épaule et nous signale qu’il a pensé à tout pour le final. C’est la meilleure partie du film; la seule scène un peu fulgurante, et qui propose quelque chose du point de vue cinématographique. Finalement on échappe in extremis à la déception.

Ni bon, ni mauvais , 1:54 est un film sur, pour et avec des ados qui donnera la sensation aux (parents) trentenaires-quarantenaires de l’avoir échappé belle avec Facebook mais qui leur fera surtout se dire que la violence des écrans et des réseaux sociaux ce sont leurs enfants qui devront l’essuyer. Vigilance et prévention donc… Mon enfant ? Facebook ? Moi jamais !

Sarah Benzazon

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[CRITIQUE] 1:54
Titre original : 1:54
Réalisation : Yan England
Scénario : Yan England,
Acteurs principaux : Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay
Date de sortie : 15 mars 2017
Durée : 1h38min
2.0Presque décevant
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