Après Neruda, Pablo Larraín revient avec JACKIE. Un autre biopic atypique, cette fois sur l’ex Première Dame américaine, Jackie Kennedy, qui offre à Natalie Portman son meilleur rôle.

Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas. Un choc pour sa femme, Jackie Kennedy (1929-1994), qui voit son mari mourir dans ses bras. Quelques heures après, à bord de l’avion présidentiel Air Force One, a lieu devant elle, l’investiture du vice-président Lyndon Baines Johnson. Encore tachée de sang, Jackie réalise alors la perte de (son) pouvoir. Un pouvoir qui passait par celui de son mari et qu’elle n’est pas prête d’abandonner – allant jusqu’à récupérer des bouts de cervelles sur le coffre de la voiture, tout un symbole.

Que restera-t-il des Kennedy dans l’Histoire ? Etre un président assassiné durant son mandat ne suffit pas, d’autres avant JFK ont subi le même sort et ont été oubliés. Abraham Lincoln, lui, a aboli l’esclavage et remporté la guerre de Sécession nous rappelle Jackie. Durant ses presque trois ans à la tête du pays, si Kennedy a permis des avancées sur la question des droits civiques et la conquête de l’espace, il n’a pas arrêté la Guerre du Vietnam et au mieux, on dira qu’il a réussi à gérer la crise des missiles de Cuba, au pire, qu’il l’a justement provoquée. Le but de Jackie, rendre son mari mémorable par sa mort et ses funérailles en montrant au monde entier la tragédie vécue par sa famille. C’est une façon brute et insensible de voir les choses. Mais c’est cette image de Jackie Kennedy qu’a l’intention de montrer Pablo Larraín. L’image d’une femme qui, passée la tristesse de la perte d’un homme avec qui elle ne partageait plus le même lit, en revient à l’essentiel : penser à la notoriété.

Jackie

Pour son premier long-métrage tourné aux Etats-Unis et en langue anglaise, qui plus est autour d’un véritable symbole américain, Pablo Larraín (réalisateur Chilien) est resté fidèle à lui-même avec un biopic qui n’a rien de classique dans sa conception. Limitant son récit autour de quelques jours, après l’assassinat, il dresse un portrait riche et passionnant d’une personnalité plus complexe que ne le laisse penser son image publique. Dès le premier face à face entre Jackie Kennedy, interprétée par Natalie Portman, et un journaliste du magazine Life, venu retranscrire (à la demande de Jackie) des souvenirs de sa vie avec le président, Larraín rappelle ses talents de metteur en scène et sa maîtrise du cadre. Un champ contre champ face caméra avec ses interprètes toujours au centre de l’image. Son utilisation du format 1.66, de plus en plus rare au cinéma, est d’ailleurs d’une grande efficacité pour donner cette sensation d’accompagner les personnages.

Le réalisateur alterne avec aisance entre des plans plus ou moins rapprochés, tournant autour de son actrice pour nous faire vivre avec elle chacune de ses émotions. Mais si sa mise en scène fonctionne si bien, c’est avant tout car il fait le choix, osé, de montrer une Jackie loin d’être sympathique. Devant la télévision, pour ouvrir au public les portes de la Maison Blanche, Jackie parle calmement, avec une voix fragile – le changement de ton de Natalie Portman est d’ailleurs remarquable. En off, elle enchaîne les cigarettes et ne fléchit jamais face à ses interlocuteurs. Hautaine et froide, elle impose le respect et va jusqu’à défier les dirigeants du monde de marcher avec elle, lors de la cérémonie funéraire que « mérite » JFK.

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En Jackie Kennedy, Natalie Portman excelle tout simplement. Capable de reproduire une gestuelle et un ton précis, tout en s’en émancipant. Plus qu’un copier/coller de Jackie Kennedy, l’actrice absorbe littéralement son personnage. Et en la captant dans un temps aussi réduit, Pablo Larraín réclame une explosion d’émotions que Portman se fait un plaisir de produire. Éclatant en sanglots, face caméra, en décrivant l’assassinat qui s’est déroulé sous ses yeux, avant de reprendre, en un instant, le contrôle de ses émotions. Redevenant glaciale devant un Billy Crudup (le journaliste) médusé, lui précisant qu’évidemment rien de tout cela ne pourra figurer dans son article, avant de lui dicter plus ou moins son contenu. Une forme de censure qui en devient presque comique (sorte de running gag assumé). « Vous ne pouvez pas écrire que je tiens une cigarette, puisque je ne fume pas », dit-elle, par exemple, comme une évidence en écrasant un énième mégot dans son cendrier. Des séquences jouissives durant lesquelles Natalie Portman impressionne le plus. Certainement sa performance la plus aboutie à ce jour, pour laquelle il serait aberrant de ne pas la récompenser d’un Oscar.

Jackie

Si Pablo Larraín refuse de montrer une Jackie Kennedy plaisante (au mieux elle apparaît fausse), il parvient néanmoins à faire éprouver pour elle une certaine peine. Même si ses sentiments pour son défunt mari ne sont pas une priorité, on ne peut occulter sa détresse. Se baladant de pièce en pièce un verre en main, réessayant ses différentes tenues, tout en écoutant la comédie musicale Camelot qui fait écho à ses années passées à la Maison Blanche, c’est une « princesse » qui en un instant aura tout perdu et semble abandonnée. Elle laisse ainsi entrevoir son humanité, notamment aux côté de John Hurt (qui vient malheureusement de nous quitter, le 28 janvier 2017), qui entendra sa confession dans une courte mais importante scène. Il y a quelque chose de superbement tragique dans ce tableau que dépeint Pablo Larraín. Le réalisateur apporte un contraste entre la beauté visuelle – des images tournées en 16mm mais aussi son actrice et sa musique (bien que beaucoup trop présente) – et le caractère parfois monstrueux de son personnage. Par la rencontre de ce personnage complexe et d’une interprète brillante, sous la direction d’un réalisateur qui jouit d’une vraie personnalité, JACKIE s’avère cohérent de bout en bout et simplement grandiose.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] JACKIE
Titre original : Jackie
Réalisation : Pablo Larraín
Scénario : Noah Oppenheim
Acteurs principaux : Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig
Date de sortie : 1 février 2017
Durée : 1h40min
4.0Grandiose
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Un article intéressant : [CRITIQUE] JACKIE

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