Pour son second long-métrage, MONEY, Gela Babluani assume jusqu’au bout avec un humour grinçant l’histoire de petits malfrats aux yeux plus gros que le ventre.

MONEY est un film de genre totalement assumé par le réalisateur Gela Babluani, qui avait commis 13 Tzamzti, et son remake américain 13. L’ambiance est sombre, glauque, et pourtant non dénuée d’un certain humour noir, proche de la satire du monde des malfrats. Les personnages ne sont pas toujours forcément qui ils paraissent être, mais une chose est certaine:  aucun n’est étouffé par la morale, dès lors qu’il s’agit de sauver sa peau. Pas d’amis dans le milieu, mais des gens sur qui on peut compter parce qu’on est lié à eux par des actes répréhensibles qui feront basculer l’un si l’autre se décide à parler.

Gela Babluani décrit parfaitement, et avec une certaine jubilation cette vie de l’autre côté de la loi comme la chaîne alimentaire qui régit le monde. Ainsi, tout en bas de la chaîne, il y a les petites frappes, entre deux boulots mal payés, avec des familles à charge. Ils habitent dans des quartiers du Havre dans lesquels la police ne s’aventure guère, sans prendre la peine de débarrasser les carcasses des voitures qui ont récemment brûlé.

Eric/Vincent Rottiers et Danis/Georges Babluani, le propre frère du réalisateur, sont ces petits gars en galère, à l’affût de coups à deux balles. Un peu plus haut dans la pyramide, il y a des gars, tel Goran/Armen Bajraktaraj, qui vont plus loin et profitent de la situation précaire des petits dans le besoin ; ils sont prêteurs sur gage et jouent sur les sentiments et les mêmes racines, mais exigent trop vite des remboursements impossibles, participant à la spirale infernale de la dette.

Photo du film MONEY

Puis il y a les vraies ordures qui font du business en faisant aussi chanter certaines hommes politiques qui ont commis des actes que la loi réprouve. Les frères Santucci tiennent ainsi pour une sombre histoire de mœurs le Secrétaire d’Etat au Ministère de l’Intérieur Mercier/Louis-Do de Lencquesaing (excellent en corrompu qu’on adore détester). Affaires contre chantage, et le voilà pris dans l’engrenage, se faisant aussi du blé- il n’y pas de raisons de ne pas en croquer. Enfin, il y a les nettoyeurs, les hommes de main qui font le sale boulot pour les patrons. Pour Mercier, c’est Vincent/Benoit Magimel qui s’y colle et pour les frères Santucci, c’est Charles/ Olivier Rabourdin. Bref, un système bien huilé, chacun à sa place.

« Money, un drame social qui vire au tragique à cause d’un grain de sable dans un système bien huilé. »

Alors, quand les deux petites frappes, qui se croient plus malins, sont rencardés par la sœur de Eric (Charlotte Van Bervesselès) et décident de s’attaquer à de plus gros poissons qu’eux en leur volant une mallette plein de cash, ça dérape forcément. MONEY rappelle à bien des égards Fargo des frères Coen, ou Braquage à l’anglaise de Roger Donaldson. Suicide raté, meurtres, enlèvement, flingues à gogo, cordes, menottes, chantages, menaces, double jeu, sauvetage, multiples rebondissements … le réalisateur n’épargne rien au spectateur de cette folie que provoque l’argent et l’impossibilité d’en n’être jamais rassasié.

Photo du film MONEY

Le casting est aux petits oignons, puisqu’on croise aussi Anouk Grinberg et Féodor Atkine. On a eu la chance d’interviewer au Festival du Film Francophone d’Angoulême  Olivier Rabourdin. Pour l’acteur, MONEY est un film social, qui lui a fait penser à ses propres années de galère. C’est aussi une sorte de gag, qui joue sur ce côté too much jusqu’à en devenir drôle.

MONEY reste une fable extrêmement juste sur la valeur des choses et sur la naïveté des gens qui croient qu’une mallette pleine de biffetons va changer leur vie, alors qu’elle va surtout les rendre fous et pourrir leur vie. Pour lui, le réalisateur, très cinéphile et très minutieux, joue habilement sur les stéréotypes du genre tout en les détournant.

Olivier Rabourdin, qu’on a vu dans des rôles sérieux (Des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, Eastern Boys de Robin Campillo) a aussi à son actif quelques autres rôles plus comiques, comme dans Gaz de France de Benoît Forgeard. Dans MONEY, l’acteur interprète Charles, homme de main très distingué et tout en retenue, qui fait aussi sourire à ses dépends. L’acteur se dit d’ailleurs grand fan de l’humour anglo-saxon et son décalage de regard qui donne l’élégance et la force d’en rire. Il est aussi très client de l’humour anarchiste de Kervern et Delepine (Aaltra ou Louise-Michel) et du côté trash et de mauvais goût de Albert Dupontel (Bernie).

Pourtant, malgré un excellent casting et une mise en scène dynamique, on ressort lessivé par cette surenchère dans l’humour noir de MONEY, qui se révèle hélas, un peu trop indigeste à la longue.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] MONEY
Titre original : Money
Réalisation : Gela Babluani
Scénario : Gela Babluani
Acteurs principaux : Louis-Do de Lencquesaing, George Babluani, Vincent Rottiers, Olivier Rabourdin, Benoit Magimel
Date de sortie : 27 septembre 2017
Durée : 1h30min
3.0Note finale
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