Pour son second long-métrage, Une famille syrienne, Philippe Van Leeuw nous plonge dans l’enfer syrien au plus près d’une famille prisonnière dans sa maison.

UNE FAMILLE SYRIENNE est en compétition au Festival Francophone d’Angoulême.

Plusieurs qualificatifs restent accrochés dans le cœur après avoir vu UNE FAMILLE SYRIENNE: éprouvant, glaçant, puissant. L’expérience saisissante laisse le spectateur pantelant et tétanisé. Le réalisateur Philippe Van Leeux, qui présentait son film en première française au Festival International du Film de La Rochelle, a parfaitement atteint son intention. Interpellé par la situation en Syrie dès 2011, ne pouvant rester sans rien faire, il souhaitait montrer “l’impact d’un tel chaos sur les gens ordinaires, ainsi que la façon dont certains profitent du chaos”. Et le chaos, il nous le fait en effet vivre pendant 85 longues minutes, aux côtés de cette famille cachée dans son appartement.Photo du film UNE FAMILLE SYRIENNEPrivilégiant les plans séquence et le 16/9ème, le réalisateur reconnaît aussi à son film un caractère documentaire. Sa caméra à l’épaule traverse les pièces de l’appartement dans les pas de son personnage central Oum. Cette femme d’une cinquantaine d’année est interprétée avec intensité par Hiam Abbas, pour qui le réalisateur a d’ailleurs écrit le rôle. Aidée de sa domestique Delhani (Juliette Navis), elle est partout à la fois. Elle continue à faire vivre la maisonnée sans se plaindre. Pilier de la maison, elle sait qu’elle doit être à la hauteur de la situation et qu’elle n’a pas le droit de flancher. Elle doit prendre des décisions difficiles, parfois douloureuses, qui lui sont reprochées. Elle diffuse sa force et son courage à ses deux filles adolescentes et à son jeune fils turbulent, à son beau-père cultivé profondément désespéré, à sa jeune voisine Halima (Diamand Bou Abboud) qu’elle a recueillie chez elle avec son bébé ou encore à l’ami de sa fille.

« Un huis-clos glaçant qui suscite l’empathie pour tous les personnages »

Au loin, les explosions, les bruits, les snipers qui tirent dans la cour. La mort rôde. L’immeuble s’est vidé peu à peu, et les bruits de pas dans les escaliers et ceux des coups portés violemment sur la porte d’entrée viennent rythmer les journées. Cette porte que chacun veille à maintenir barricadée, faible protection vis à vis de l’extérieur. Le réalisateur parvient très bien à communiquer la peur sourde dans laquelle vit la famille. Mais aussi la pénurie de nourriture et d’eau, et la longue attente des nouvelles du mari absent de Oum. La radio et parfois le téléphone portable demeurent le lien avec le monde. Peu de paroles sont échangées mais les regards en disent parfois plus long que les mots. Le titre original InSyereted, symbolisait tout à fait cette situation d’enfermement, d’encerclement et d’étouffement. Sans parvenir à situer précisément les événements, qui pourraient d’ailleurs tout aussi bien se passer lors d’une autre guerre ou dans un autre pays, le spectateur n’a d’autre choix que d’éprouver une grande empathie pour les personnages.Photo du film UNE FAMILLE SYRIENNELe réalisateur rend un hommage fort aux femmes, qu’il sait être des “cibles prioritaires en temps de guerre”. Car le cœur du film est une scène de viol, sur lequel Philippe Van Leeuw n’a pourtant pas souhaité se concentrer “par pudeur et respect, avec la volonté de montrer des scènes regardables par le plus grand nombre”. Il donne à voir le choix sacrificiel fait pour éviter le pire, et c’est finalement plus sur l’impact de ce viol sur chaque membre de la famille que le réalisateur a choisi de s’attarder.  Ce qui est bouleversant, c’est précisément la prise de conscience des protagonistes et la modification de leur regard les uns sur les autres. Tour à tour, la lâcheté, la colère, la gratitude, l’humanité, le pardon, le courage et la bienveillance s’emparent des sentiments de chacun. Tous n’en sortiront pas grandis, mais chacun se révélera à lui-même.

Enfin, ce qui fait la particularité de UNE FAMILLE SYRIENNE, c’est que les acteurs, loin d’être tous des professionnels vivent encore, pour certains d’entre eux, en Syrie. Ce qui a obligé le réalisateur à une certaine vigilance à ne pas prendre partie dans le conflit pour ne pas les mettre en danger. Huis clos empreint d’humanité, UNE FAMILLE SYRIENNE fait partie des rares films qui permettent une telle identification à tous les personnages en même temps. Prix du Public à la 67ème Berlinale- section Panorama, il mérite absolument d’être vu pour mieux saisir le drame de ces familles.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] UNE FAMILLE SYRIENNE
Titre original : Une famille Syrienne
Réalisation : Philippe Van Leeuw
Scénario : Philippe Van Leeuw
Acteurs principaux : Hiam Abbass, Juliette Navis
Date de sortie : 6 septembre 2017
Durée : 1h25min
4.0Éprouvant
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