Après l’annonce par les producteurs d’ITV de la fin programmée de DOWNTON ABBEY après la prochaine saison, retour sur les cinq premiers chapitres de la série anglaise…qui vient d’être une fois de plus nominées pour les !

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DOWNTON ABBEY retrace la chronique d’une famille aristocratique anglaise, au début du XXème siècle. Loin de Londres, capitale fourmillante, le manoir de Robert Crawley, Comte de Grantham, est déconnecté du monde extérieur. La maison est une petite ville qui se suffit à elle-même. Le spectateur assiste à la confrontation de deux univers sociaux, que l’on retrouve d’ailleurs dans le « logo » de DOWNTON ABBEY : les maîtres et les domestiques.

A la surface du château, l’aristocratie mène une vie paisible, vouée à l’organisation de garden party, à la chasse et aux œuvres caritatives. La seule perturbation à l’horizon semble être l’héritage de Lord Grantham… en effet, c’est un sombre problème à côté de la précarité des travailleurs, du droit de vote des femmes et de la guerre menaçante ! La steadycam permet de grands mouvements fluides, qui rendent compte des volumes des pièces, de leur immensité, et soulignent le calme du lieu et l’oisiveté de ses habitants. Elle est principalement utilisée pour filmer les scènes se déroulant dans le manoir.

A cette vie monotone et sans heurt s’oppose l’hyperactivité des serviteurs. La caméra portée suit les allés et venues des valets. Elle montre parfaitement l’agitation qui règne dans les sous-sols du manoir, sans pour autant donner le mal de mer. Elle suit des dizaines de domestiques, dont la vie est dédiée au confort et au service des maîtres des lieux. C’est une véritable fourmilière, où chacun à un rôle à jouer. La hiérarchie en place chez les serviteurs, pourtant nécessaire, est terrible et en broie plus d’un. Alors que les maîtres ont tous pouvoirs sur leurs domestiques, on découvre que certains serviteurs ont tous pouvoirs sur leurs collègues. En effet, on voit dans DOWNTON ABBEY les humiliations, les jalouseries, les complots dont sont victimes certains employés, alors qu’on imaginerait voir ce genre d’agissements prendre place en haut, chez les riches. Le majordome et la gouvernante ont ainsi à gérer une femme de chambre malveillante et sournoise, secondé par un valet de pied comploteur et provocateur, qui n’ont de cesse de vouloir faire renvoyer un valet de chambre, sous les yeux d’une cuisinière colérique, etc… Il y a de l’action en cuisine ! Pour nous spectateur, le spectacle est « en bas ». Pour les domestiques, c’est au-dessus que tout se passe : ragots, commérages et autres railleries commentent les faits et gestes de la famille. Un domestique vit seul, dans une petite chambre, a très peu de jour de congé et encore moins de divertissement. La seule distraction qu’il a est celle de suivre les différents épisodes de la vie de ses maîtres. Pourtant, ce qui reste encore très étonnant, un siècle plus tard, c’est la forme d’affection qui lie la famille Crawley à ses employés. Lord Grantham est bienveillant, pendant qu’en cuisine on vit intensément les deuils, aventures sentimentales et autres disputes des habitants du haut.

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Au fil des saisons, on aime cette famille, confrontée aux rumeurs, à l’arrivée de technologies modernes (l’électricité, le téléphone), à la Première guerre mondiale et aux changements de la société anglaise. Lady Violet Crawley, comtesse douairière, représente l’ancien monde, et l’actrice anglaise livre ici une interprétation savoureuse, pleine d’humour très britannique, s’offusquant de toute évolution, technologique comme des mœurs. est parfait dans le rôle du Comte de Grantham : son jeu est sensible et juste. C’est un personnage auquel on s’attache et on s’identifie, car il incarne une figure aristocratique honnête, généreuse, qui nous paraît tout à fait normale et modeste, alors qu’on s’étrille dans les sous-sols. Certains personnages n’ont pas du tout l’attitude qu’on pourrait attendre de leur milieu. Les repères sont complètement brouillés. Le reste du casting est excellent, les costumes magnifiques. Tout est rassemblé pour rendre l’époque et l’ambiance aussi réaliste que possible. La photographie est soignée, toute l’œuvre montre une très grande unité artistique, alors que le tournage se déroule alternativement au manoir de Highclere pour les scènes « de surfaces », et dans les studios d’Ealing pour les cuisines, reconstituées pour l’occasion.

DOWNTON ABBEY est une création originale. Elle a nécessité un travail historique colossal, unique à ce jour dans l’univers des séries. Il est passionnant de voir comment cette aristocratie vieillissante s’adapte aux changements de la société, loin des salons de la capitale. La lutte pour le droit de vote des femmes, la lutte des classes et le libertinage cognent à la porte du manoir. Les réactions divergent, chez les nobles comme chez les domestiques, et les personnages réagissent rarement comme on l’attend.

DOWNTON ABBEY se situe bien loin des séries américaines d’action comme 24 Heures Chrono ou Homeland, et pourtant on ne s’ennuie jamais. L’action n’est pas là où on l’attend. On est captivé par l’image, par cette chronique parfaitement maîtrisée par l’auteur et les réalisateurs.

Après une première saison qui plante le décor, la famille Crawley et ses domestiques sont confrontés à la Première guerre mondiale, à son horreur mais également à ce qu’elle amorce : bien que tous soit soudé autour des hommes partis combattre, la guerre remet en cause l’ordre établi. Comme le dit le Comte de Grantham, le monde ne sera jamais le même après la guerre. Tous les hommes en âge de se battre partent dans les tranchées, mais au manoir, chacun se mobilise et est impliqué. La force de cette deuxième saison est de rendre les seize personnages principaux encore plus denses et complexes, sans pour autant se laisser aller au superflu.

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Il y a dans cette seconde saison beaucoup de situations qui amènent le Comte Grantham à examiner le but de sa vie d’aristocrate oisif, à consulter ses domestiques, à s’imposer comme homme fort de la famille. Les repères se brouillent de plus en plus et les barrières sociales sont prêtes à être abattues. Sa relation d’amitié avec Bates, son valet de chambre, malgré les épreuves et la différence de milieu social, perdure et se renforce. De plus, Lord Grantham est un ancien militaire, et cela abat les dernières cloisons qui existaient entre lui et le monde du « bas » . Le comte et la comtesse Grantham, qui nous paraissaient déjà plutôt moderne, par opposition à Lady Violet et Lady Mary, nous sont encore plus sympathiques, et on admire leur engagement et leur rupture avec les conventions, qui pour l’époque sont très significatifs.

Les acteurs paraissent de plus en plus plus impliqués et soudés au fil des saison. Cela se ressent, se voit, rend les personnages encore plus attachants. On fait réellement partie de la maison, on se sent de plus en plus proche d’eux, toute classe confondue. Il faut souligner le travail de et , dans les rôles de Mr. Bates et de Matthew Crawley :  depuis le début de la série, ils livrent tous deux une interprétation pleine de pudeur, de finesse et de sensibilité. Ils sont les dignes héritiers d’Anthony Hopkins dans Les Vestiges du Jour (, 1993). Mais ils ne seraient rien sans leurs partenaires et , dans les rôles d’Anna et de Lady Mary, qui résistent aux épreuves imposées par le scénario avec dignité et conviction. Les couples Bates/Anna et Matthew/Mary marchent parfaitement, tant les protagonistes se désirent, se croisent, se loupent. La retenue des acteurs est parfaite, et ils nous font vivre deux relations compliquées, dans deux milieux sociaux qui cohabitent pourtant. Les histoires d’amour ne fonctionnent jamais aussi bien que quand elles sont complexes et semées d’embuches. C’est par elles que les auteurs montrent les plus grandes similitudes entre la vie des maîtres et des valets. Les quatre acteurs nous emportent et on espère le meilleur pour eux.

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Le changement est amorcé, mais il reste à voir si les personnages auront le courage de suivre la voie qu’ils ont découverte pendant la Guerre ou si le retour à une vie plus « normale » aura raison de leur volonté. Cette saison, pleine de gravité, de rebondissements, annonce la suite: comment se remettre de l’horreur de la guerre ? Comment ces hommes peuvent-ils survivre à ce qu’ils ont vu ou vécu ? Et comment la vie, restée en suspend, plongée dans l’action, peut-elle reprendre son court comme si rien ne s’était passé ? Les saisons suivantes apportent des éléments de réponse, de manière intelligente et sans une once de lassitude pour les spectateurs.

« La série se situe bien loin des séries américaines d’action comme 24 Heures Chrono ou Homeland et pourtant on ne s’ennuie jamais. »

La série est bardée de récompenses (Gloden Globe de la meilleure mini-série en 2012, Emmy Awards 2011 dans les catégories de meilleure mini-série, meilleure actrice dans un second rôle, meilleur scénario ;meilleure réalisation et encore pour les meilleurs costumes). Elle est une référence pour l’écriture scénaristique, la psychologie des personnages et le choix du casting, toujours excellent. Dans un monde où l’on doit aller de plus en plus vite, la série nous oblige à prendre le temps, et on se plonge dans cet univers avec une infinie délectation .

Les cinq premières saisons de DOWNTON ABBEY sont disponibles en DVD et Blu-Ray chez Universal. Les producteurs de la série ont annoncé  que la sixième saison, en cours de tournage, serait la dernière. Elle est annoncée pour l’automne prochain sur la chaîne britannique ITV1, avec un point d’orgue à Noël 2015.

                                                                                                author-twitter@carnetscritique

INFORMATIONS

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Saisons : 5
Nombre d’épisodes :
Format : 58 minutes
Date de 1ère diffusion UK : 26 septembre 2010 (ITV1)
Date de 1ère diffusion FR : 10 décembre 2011 (TMC)
Titre original
Création :  Julian Fellowes
Avec :  Hugh Bonneville, Maggie Smith, Dan Stevens, Joanne Froggatt, Brendan Coyle

BANDE-ANNONCE