L’effondrement de notre société, c’est le sujet de cette nouvelle création décalée signée , une série en huit épisodes de 15-20 min. Chaque fragment est tourné en plan séquence, une contrainte artistique pour lier le tout dans un ensemble, il faut bien l’avouer, assez séduisant.

Les créateurs de cette anthologie ont choisi de traiter le thème, éminemment actuel, de la collapsologie à travers un point de vue extrêmement pragmatique. Une dystopie d’anticipation au plus proche de nos préoccupations quotidiennes. L’argument de départ de tous les arcs narratifs étant le même: comment réagirait monsieur ou madame tout-le-monde projeté.e dans ce contexte d’effondrement de la société ?

Car ce ne sont pas uniquement les structures de la société qui s’effondrent, avec elles ce sont également les valeurs morales qui volent en éclats pour laisser place à l’anarchie la plus chaotique. Face à la violence d’une telle situation, les interactions humaines sont totalement bouleversées, tout est à réinventer. Les grands principes de l’ancien monde sont désormais désuets, les règles changent et modifient les comportements. La série se focalise sur cet aspect psychologique, ponctuée de conflits moraux, mettant en exergue des dilemmes extrêmement forts et pertinents. Un monde qui s’effondre, des horizons qui basculent.

© 2019 Canal +

Ce format en anthologie permet également de traiter différentes situations, multiplier les points de vues pour explorer toutes les aspérités de cet effondrement. Les questionnements soulevés au fil des épisodes sont passionnants, réalistes tout en faisant écho à des sentiments profondément enfouis. Éthique contre pragmatisme, morale et amoralisme, tous ces éléments mis en balance dans des situations extrêmes déterminées par l’imminence de la survie.

En outre, il y a la volonté de relier les épisodes les uns aux autres. Et même s’ils sont indépendants, les itinéraires se croisent et l’on retrouve certains personnages d’un récit à un autre. Il ne s’agit pas de huit visions de huit effondrements différents, mais bien du même événement regardé à différents endroits, à différents moments et avec différents protagonistes. Malgré la disparité des histoires, on distingue une cohérence dans la manière de construire les contours de cet effondrement qui n’est jamais montré dans son entièreté mais toujours à travers des macro-récits, des itinéraires individuels qui composent une mosaïque captivante. Il faut par ailleurs noter l’importance de la progression chronologique, le nombre de jours depuis l’effondrement est inscrit dans le titre de l’épisode, qui implique une plongée et donc une surenchère dans le survivalisme. Certains épisodes vont jusqu’à déployer des scènes d’actions dynamiques dopées par un suspens haletant.

Thibaut de Montalembert © 2019 Canal +

La notion de choix est omniprésente pour les personnages. Quelle voie suivre face au vide qui se présente ? Le choix de poursuivre une éthique que l’on considère essentielle, tenter de sauver le monde qui se consume ou choisir de partir ? Se sauver soi-même dans un sursaut instinctif et presque animal. Autant de cas de figure pour sonder ce qui compose notre humanité dans ce qu’elle peut avoir de plus sombre comme de plus lumineux.

L’utilisation du plan séquence comme élément fondamental de la mise en scène est un pari autant audacieux qu’intelligent. Il installe une tension latente qui se diffuse d’épisode en épisode. L’immersion fonctionne instantanément, quelques secondes suffisent à présenter les enjeux et l’imminence du danger qui survient. Les protagonistes sont sommés de réagir à l’intérieur de ce temps réel qui défile sous nos yeux, donnant ainsi encore plus d’ampleur aux choix qui s’imposent. Ils sont souvent très bien exécutés, relativement bien écrits et truffés de bonnes idées. Les acteurs sont agréablement bons dans cet exercice pourtant périlleux, avec une galerie de guests que l’on a plaisir à retrouver dans cet univers, , Philippe Rebbot, , ou encore . Ils sont entourés de jeunes espoirs tout aussi talentueux, , , Marie Kauffmann, Alicia Hava…

Bastien Ughetto © 2019 Canal +

Avec ce procédé, les créateurs font preuve d’originalité pour mettre en scène efficacement des histoires percutantes et intelligemment construites. Seul bémol, à force de le répéter, ce même schéma narratif  peut parfois devenir redondant, se dévitalisant de lui même. Le geste est néanmoins réussit, en optant pour une forme qui correspond parfaitement à leur sujet, les auteurs parviennent à faire de cette contrainte technique leur meilleur allié.

Elles sont rares les tentatives de ce genre à la télévision française. Cette série est une véritable proposition cinématographique qui prend des risques et réussit à montrer qu’écriture et mise en scène peuvent se rejoindre derrière des projets inventifs et innovants. Ce n’est pas une question de moyens financiers mais d’idées et d’ingéniosité. Encore une preuve que la concurrence des plateformes n’est pas une mauvaise chose pour la création, incitant les diffuseurs à se tourner vers de jeunes créateurs prêts à se jeter dans des brèches et des opportunités fraîchement ouvertes. Sans oublier le mérite d’aborder frontalement ce sujet majeur qu’est la collapsologie.

Hadrien Salducci

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L'EFFONDREMENT, la bonne surprise de Canal+ - Critique
Titre original :
Réalisation : , Jérémy Bernard, Bastien Ughetto
Scénario : Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard, Bastien Ughetto
Acteurs principaux : Thibault de Montalembert, Audrey Fleurot, Philippe Rebbot, Bellamine Abdelmalek, Samir Guesmi, Bastien Ughetto, Lubna Azabal, Yannick Choirat, Michaël Abiteboul
Date de sortie :
Durée : 15-20min
3.5intéressant
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Ellie

Très bon démarrage dans le supermarché. Je me demandais si les créateurs n’ont pas été inspirés par le brillantissime Years and Years voire qu’il s’agissait d’un remake à la Mouche. Cependant, il manquait cruellement un rassemblement à la fin – les épisodes étaient bien (même si, effectivement il y avait un peu de répétition dans les prémisses: c’est le fin du monde, la vrai nature de l’être humaine se révèle, (égoïste pour la plupart) panique générale. Mais après, quoi? Au minimum, on aurait bien vu le gros connard capitaliste qui a volé l’avion en train de crever de faim à la fin et le gentil aide soignant du maison de retraite devant un feu de camp avec une guitare, chantant des chansons avec des Extinction Rebellions bienveillants en fumant des jointes (faits maison bien sur). Un peu de calme, de réflexion