Quelques dribbles, des personnages burlesques et un regard bienveillant… Sous le soleil espagnol, le réalisateur Javier Fesser offre une comédie réjouissante sur la différence et le handicap mental.

CHAMPIONS est le Feel-Good Movie de ce début de mois de juin ! Honnête et enthousiasmant, le long-métrage espagnol avait pourtant son côté casse-gueule. Rire AVEC le handicap et non pas DU handicap tient de la gageure. Son réalisateur Javier Fesser aurait pu se retrouver au bout de cette pente glissante en ayant pour seul résultat un petit paquet de séquences gênantes.
Rien de tout ça dans les gags et les dialogues bien troussés de CHAMPIONS, parcours initiatique d’un homme sûr de lui, bourré de préjugés. Fièrement ambitieux, le bonhomme est entraineur adjoint d’une équipe professionnelle espagnole de basket. Des déboires nocturnes et un passage devant la justice suffisent pour le stopper net dans sa course à la vanité. Il évite la peine de prison, ouf !, mais il doit, pendant 3 mois, entrainer une équipe d’handicapés mental. Ces gars-là ne comprennent rien, ne savent même pas faire une passe, et ont tous un trouble bien dosé. Pour notre entraineur peu patient et « d’un autre monde », c’est la catastrophe. Rien de pire que de se retrouver dans une petite association crade et paumée, au milieu de « débiles », comme les personnages du film les appellent.
Mais si les rires deviennent moins forts à mesure que l’histoire prend de l’épaisseur, la perception sur ces personnes à déficience intellectuelle change elle aussi à mesure que l’entraineur (et indirectement le public) s’intéresse à eux. Le réalisateur veut par-là faire réfléchir sur la réaction de ceux qui se disent « normaux » à l’encontre des « pas normaux », jusqu’à inverser la tendance : qui est vraiment “normal”, au final ? CHAMPIONS traduit une réalité de la vie qui passe par l’exclusion et le jugement, du fait de la méconnaissance.

Photo du film CHAMPIONS

Sans dire qu’il est plus fort qu’Intouchables (ou même le récent Tout Le Monde Deboutdont la comparaison est en fait inappropriée, CHAMPIONS insuffle un vent de fraicheur par sa volonté d’offrir une comédie souriante sur la différence, sans qu’on ait besoin de se lamenter sur la situation de handicap à un moment ou à un autre du film. Pas de morale inquisitrice sortie des violons et des mouchoirs de la ménagère dans cette joyeuse histoire.

Comédie plus burlesque que réaliste, c’est une équipe de bras cassés que l’on voit en premier. Les particularités de chacun bien définies, leurs traits sont grossis et leur capacité à se rendre attachants – et comiques  – est forcément décuplée. Le côté sport, lui, donne du caractère, du jus. Derrière les difficultés, il y a la course à la gagne.  Sans patho, c’est aussi le vivre ensemble qui est mis en avant par ce biais-là : l’entraide collective par les petites particularités de chacun ne peut être que bénéfique pour le groupe entier. Se dégage ainsi un style assez brut et punch, et des séquences handisport efficaces. Mais surtout, un bon petit flot d’ondes positives faites de sourires, de couleurs et de soleil, bref un côté « feel good » à l’espagnol. La force de CHAMPIONS se décuple dans la vive sincérité que l’on  retrouve dans les acteurs amateurs, entourés par un Javier Gutierrez taillé pour le rôle d’entraineur. L’alchimie du groupe donne une émotion véritable que le public n’a aucun mal à ressentir.Photo du film CHAMPIONSCHAMPIONS aurait pu toutefois aller plus loin mais son aspect Feel good movie, justement, le freine dans les propres limites de ce genre. Bien qu’en évitant les issues faciles et un happy end encore plus évident qu’il ne l’est déjà, on échappe pas à un long-métrage touchant le conventionnel, symbolisé par quelques séquences grand public principalement dans la relation entre l’entraineur et son épouse (ah, le son du piano en fond !). Évoquant le sortir de l’immaturité adolescente et la découverte de la paternité/maternité, elle aurait mérité autant de subtilité que l’approche de l’handicap du regard et de la différence peut l’être.

Un petit défaut qui n’enlève en aucun cas la bienveillance ensoleillée, la sincérité bondissante et l’humanité vitaminée de CHAMPIONS. Un bon bol d’air pour démarrer la saison estivale qui ne demande qu’à ce qu’on saute joyeusement dans la rue tout autant que cette fière équipe a pu le faire pendant 2h.

Yohann Sed

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CHAMPIONS, comédie survitaminée sur le handisport - Critique
Titre original : Champions
Réalisation : Javier Fesser
Scénario : David Marqués, Javier Fesser
Acteurs principaux : Javier Gutierrez
Date de sortie : 6 juin 2018
Durée : 2h05min
3.5Joyeux
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