L’histoire : les plus grands savants du monde entier sont kidnappés les uns à la suite des autres, empêchant toute évolution technologique depuis la fin du 19e siècle et plongeant le monde dans une ère du charbon et de la vapeur.
Napoléon V règne sur la planète, l’électricité n’existe pas et tous les arbres ont disparu. Bienvenue dans l’uchronie d’AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ !

Commençons par le négatif et sans doute l’écueil principal du film… Son scénario.
Celui-ci est en effet très convenu et centré sur des personnages clichés : le papa aimant et bienveillant/Olivier Gourmet, la maman obsessionnelle/Macha Grenon, l’orpheline qui perd ses parents et grandit solitaire et sans repères/Marion Cotillard, le sidekick singulier (doublé tout de même, par Philippe Katerine), le grand-père/mentor/génial (là encore, juste : Jean Rochefort), l’amoureux/sauveur occasionnel/comic relief/Marc-André Grondin, l’unidirectionnel poursuivant/Bouli Lanners, et quelques autres.
Même si le charismatique casting vocal donne à ces personnages une indéniable présence bien au-delà de toute caractérisation, il nous reste cette sensation de déjà-vu dans cette classique recherche d’origines à travers enquête, rencontres et retrouvailles.

Toutefois, bien que cela semble être un défaut, ce n’est pas vraiment le cas :
– D’une part, la cohérence et la persistance de l’univers d’AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ sont bien plus palpables que les destinées individuelles qui s’y entrechoquent et/ou s’éloignent. C’est finalement cet univers qui influence les personnages, et non l’inverse.
– Par ailleurs, il y a une part d’accessibilité non négligeable à travers ce genre d’enjeux rapidement envisageables. Non seulement cela fluidifie la narration et l’enchaînement des péripéties, mais cela laisse finalement au spectateur la liberté de s’intéresser aux autres qualités du film.

Avril et le monde truqué (2)

La fabuleuse direction artistique est ainsi la clé de voûte de cet univers. Elle fusionne pleinement avec le postulat de départ (un monde où l’électricité n’a jamais été inventée), dont on perçoit dès l’introduction que sa richesse sera exploitée de façon optimale.

mêler direction artistique et histoire du film: une caractéristique que l'on a pu énormément apprécier au cinéma cette année

Que ce soit dans les ressorties telles La Forteresse Cachée d’Akira Kurosawa, ou dans les productions de 2015 comme Crimson Peak, Il est difficile d’être un dieu, ou dans un versant plus “réaliste”: Sicario et Carol !

HiddenFortress7.pngcrim3082509-jpg_2698198_960x533sicarioCarol - Cate Blanchett (2)-001

Cela dit, le père de toutes les narrations modernes par la direction artistique, reste George Miller et ses Mad Max 2, Dôme du tonnerre & Fury Road !

Puis, il y a mon interprétation toute personnelle de la règle du rasoir d’Ockham selon laquelle les hypothèses les plus évidentes sont les plus vraisemblables… Dans le cas d’AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ, je vais, par 5 points d’ancrage, m’autoriser à définir certaines intentions et motifs esthétiques des auteurs via mon propre bagage culturel. Une façon comme une autre de mêler affectif et critique, pour vous inciter à courir découvrir le film en salles !

Ainsi, le film m’a fortement rappelé…

Le sous-estimé A la poursuite de demain

qui abordait plus tôt dans l’année le thème similaire de la “disparition des scientifiques pour construire un meilleur lendemain”.
Le monde alternatif ainsi que le discours écologiste du film de Brad Bird n’étaient toutefois pas passéistes mais futuristes, et nous stimulaient par notre perception du merveilleux plutôt que par le renvoi à un certain inconscient collectif.

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Bioshock Infinite

C’est sans doute tiré par les cheveux mais quelques idées (les engins volants, la société alternative dans son ensemble, l’attaque de la maison de Pops) m’ont rappelé les aventures et moments de stress dans la Columbia du troisième épisode de la saga Bioshock !
Cette série de jeux-vidéo étant l’une de mes références absolues en termes d’alliage narration/scénario/direction artistique/propos (et accessoirement gameplay), il y a une certaine logique à lui trouver des points communs avec l’univers d’AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ, possédant les mêmes qualités et caractéristiques.
Toutefois, je reconnais qu’étant fasciné par le 11e art, j’ai tendance à voir des références aux plus palpables chefs-d’œuvre du jeu vidéo un peu partout, au détriment des références cinématographiques originelles.

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Puis, il y a les références vraiment palpables.

Jacques Tardi

Évidemment, puisqu’il a travaillé de concert avec les réalisateurs. Pour ramener à ses œuvres les plus connues, Franck Ekinci et Christian Desmares ont adapté aux personnages le style visuel popularisé par Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, leur donnant ainsi un identité visuelle à la fois singulière et immédiatement reconnaissable.
Puis, par rapport à la richesse visuelle du film, les dialogues apparaissent finalement comme assez fonctionnels, servant l’empathie plus que l’histoire. Il s’agissait d’un trait caractéristique des bandes dessinées Putain de guerre ou C’était la guerre des tranchées ; s‘appuyer sur la direction artistique plutôt que sur les personnages pour raconter l’univers du film. Une logique foncièrement Tardi-enne donc.

L’œuvre de Tardi étant par ailleurs déjà inscrite dans l’inconscient collectif, l’identité visuelle n’est toutefois pas ce que l’on retient le plus. Ce qui marque, c’est plutôt là façon dont son univers est intégré à de nombreuses autres références pour constituer un tout cohérent ;

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Steamboy

La persistance de l’univers d’ AVRIL… qui se retrouve dans chaque détail, chaque machine et chaque mécanisme de ce monde (politique, social, affectif, quotidien) rappelle la cohérence d’un autre film d’animation steampunk : le spectaculaire quoique un peu froid Steamboy (par le réalisateur d’Akira). Toutefois, le film de Franck Ekinci et Christian Desmares possède cette proximité de par l’identité visuelle de Jacques Tardi – cette France alternative nous est bien plus palpable que le Londres-1860 de Katsuhiro Ôtomo.

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Hayao Miyazaki.
Dernière référence : Hayao Miyazaki.
Au-delà des motifs purement esthétiques (la maison qui marche, les machines volantesle fort la latte, la luxuriante forêt et ses spores), c’est surtout le propos similaire qui fascine. Qu’il s’agisse d’un monde situé après l’apocalypse, d’une thématique à l’intérieur d’un récit initiatique (Ponyo, Le Château dans le ciel, Mon voisin Totoro), d’une confrontation des points de vue de l’Homme et de la nature, physique (Princesse Mononoke), ou allégorique (Le Voyage de Chihiro) le message que Miyazaki développe depuis Nausicaa est, in fine, repris sous tous ces aspects dans AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ  : l’Homme doit prendre conscience de son impact, à tous niveaux, sur la nature.

Et même si ces références sont les miennes plutôt que celles assumées par les auteurs Jacques Tardi, Franck Ekinci et Christian Desmares à travers le dossier de presse du film, elles me paraissent conditionner inconsciemment le caractère accessible et stimulant d’AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ  et à le rendre bien plus pertinent qu’imaginé.

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE DU 4 NOVEMBRE 2015

LE FILS DE SAUL, de László Nemes

+ CRITIQUE
+ Rapprochements entre cinéma et Jeu vidéo
+ Les films en sélection officielles à CANNES 2015

Titre original : Saul Fia
Réalisation : László Nemes
Scénario : Clara Royer, László Nemes
Acteurs principaux : Géza Röhrig, Molnar Levente, Urs Rechn
Pays d’origine : Hongrie
Sortie : novembre 2015
Durée : 1h47min
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.
Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

NOUS TROIS OU RIEN, de Kheiron

Affiche du film NOUS TROIS OU RIEN


+ CRITIQUE

Titre original : Nous trois ou rien
Réalisation :
Kheiron
Scénario :
Kheiron
Acteurs principaux :
Kheiron, Leïla Bekhti, Gérard Darmon, Zabou Breitman
Pays d’origine : France
Sortie :
4 novembre 2015
Durée :
1h42
Distributeur :
Gaumont
Synopsis :
D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

EN MAI FAIS CE QU’IL TE PLAÎT, de Christian Carion

Affiche En Mai fais ce qu'il te plait


+ CRITIQUE

Titre original : En Mai fais ce qu’il te plaît
Réalisation : Christian Carion
Scénario : Christian Carion, Laure Irmann, Andrew Bampfield
Acteurs principaux : August Diehl, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Laurent Gerra, Matthew Rhys
Pays d’origine : France
Sortie : 4 Novembre 2015
Durée : 1h37min
Distributeur : Pathé Distribution
Synopsis : Mai 1940. Pour fuir l’invasion allemande, les habitants d’un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l’Angleterre…

LA DERNIERE LEÇON, de Pascale Pouzadoux

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+ CRITIQUE

Titre original : La dernière leçon
Réalisation : Pascale Pouzadoux
• Scénario : Pascale Pouzadoux et Laurent de Bartillat, d’après le récit de Noëlle Chatelet
• Acteurs principaux : Sandrine Bonnaire, Marthe Villalonga
• Pays d’origine : France
• Sortie : 4 Novembre 2015
• Durée : 1h44min
• Distributeur : Wild Bunch Distribution
• Synopsis :Madeleine, 92 ans, décide de fixer la date et les conditions de sa disparition. En l’annonçant à ses enfants et petits-enfants, elle veut les préparer aussi doucement que possible, à sa future absence. Mais pour eux, c’est le choc, et les conflits s’enflamment. Diane, sa fille, en respectant son choix, partagera dans l’humour et la complicité ces derniers moments.

THE MEND, de John Magary

Affiche du film THE MEND


+ CRITIQUE

Titre original : The Mend
Réalisation :
John Magary
Scénario :
John Magary, Myna Joseph et Russel Harbaugh
Acteurs principaux :
Josh Lucas, Stephen Plunkett et Mickey Sumner
Pays d’origine :
USA
Sortie :
4 novembre 2015
Durée :
1h51
Distributeur :
VisioSfeir
Synopsis :
Mat, vagabond trentenaire survolté, retrouve son petit frère, Alan. Alors que ce dernier mène une vie de couple paisible, son aîné profite d’un voyage romantique pour s’installer dans son appartement pendant son absence, accompagné par sa conquête du moment. Au retour d’Alan, le chaos règne et sa stabilité vole en éclats.

DOPE, de Rick Famuyiwa

4 novembre 2015 - Dope
+ critique bientôt
Quinzaine 2015: les films de la sélection

Titre original : Dope
Réalisation : Rick Famuyiwa
Scénario : Rick Famuyiwa
Acteurs principaux : Shameik Moore, Kiersey Clemons, Tony Revolori
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 4 novembre 2015
Durée : 1h43min
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Synopsis : Malcolm, jeune geek fan de hip-hop des années 90 vit à Inglewood, un quartier chaud de Los Angeles. Avec ses deux amis Diggy et Jibs, ils jonglent entre musique, lycée et entretiens pour entrer à l’université. Une invitation à une soirée underground va entrainer Malcolm dans une aventure qui pourrait bien le faire passer du statut de « geek » à celui de mec cool, un « dope ».

MADAME BOVARY, de Sophie Barthes

Madame Bovary (2)


Vers une surprise, comme pour Gemma Bovery et Jane Eyre ?

Titre original : Madame Bovary
Réalisation : Sophie Barthes
Scénario : Rose Barreneche
Acteurs principaux : Mia Wasikowska , Henry Lloyd-Hughes, Ezra Miller
Pays d’origine : Belgique, Angleterre
Sortie : prochainement
Distributeur : –
Synopsis : Une nouvelle adaptation du roman de Gustave Flaubert : l’histoire d’une femme mal mariée, de son époux sans ambition, de ses amants égoïstes et vains, de ses rêves, de ses chimères, de sa mort.

À VIF !, de John Wells

+ Trailer de À VIF ! Bradley Cooper en grand chef

Titre original : Burnt
Réalisation : John Wells
Scénario : Steven Knight, d’après Michael Kalesniko
Acteurs principaux : Bradley Cooper, Sienna Miller, Daniel Brühl, Alicia Vikander, Uma Thurman, Emma Thompson
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 4 novembre 2015
Durée : –
Distributeur : SND
Synopsis : Le chef cuisinier d’un restaurant parisien vient de perdre son classement dans le guide Michelin. Bien décidé à retrouver sa place il embarque toute son équipe en Angleterre afin d’ouvrir le meilleur restaurant de Londres !

AUTRES SORTIES : 

The Visit – une rencontre extraterrestre de Michael Madsen
Au hasard Balthazar de Robert Bresson (1966)
Le Conformiste de Bernardo Bertolucci
Norte, la fin de l’histoire de Lav Diaz
Steve McQueen: The Man & Le Mans de John McKenna
Merci les jeunes de Jérôme Polidor
Sigo siendo de Javier Corcuera
Insecticide, Mon Amour de Guillaume Bodin
La Clarté de Elodie Faria
La fête est finie de Nicolas Burlaud
Résiste, la comédie musicale de Ladislas Chollat

RESSORTIES

Au hasard Balthazar de Robert Bresson (1966)
Le Conformiste
de Bernardo Bertolucci (1971)
Taxi Driver
de Martin Scorsese  (1976)
Le Temps de l’innocence de Martin Scorsese (1993)

INFORMATIONS

+ CRITIQUE
+ BANDE-ANNONCE

Titre original : Avril et le Monde Truqué
Réalisation : Franck Ekinci, Christian Desmares
Scénario : Franck Ekinci, Benjamin Legrand, d’après Jacques Tardi
Acteurs principaux : Marion Cotillard, Olivier Gourmet, Jean Rochefort
Pays d’origine : France, Belgique, Canada
Sortie : 4 novembre 2015
Durée : 1h45mn
Distributeur : Studiocanal
Synopsis : 1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du XIXème siècle, gouverné par le charbon et la vapeur…

[CRITIQUE] AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ

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