LES AFFRANCHIS a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Martin Scorsese par le festival Lumière 2015.

Nouvelle claque avec le 12e long métrage de fiction de .

LES AFFRANCHIS est un tel plaisir cinématographique qu’il est plus simple de parler de ses relatifs défauts que de s’étendre sur ses qualités. Ainsi, quelques points nous ont marqués sans pour autant nous gâcher quoi que ce soit.

Pour la première fois (à mon sens), le réalisateur marie idéalement divertissement et motifs/obsessions personnelles.
LES AFFRANCHIS est ainsi le film le plus accessible de Scorsese, dans sa volonté de nous raconter une bonne histoire avant tout. Il délaisse pour cela les portraits de personnages à la psychologie complexe et souvent torturée, auquel son cinéma nous avait habitués.

Cette perte de psychologie au profit du récit se ressent dans la mise en retrait des thèmes habituellement présents chez l’auteur. Ainsi, ces rapports hommes/femmes développés en profondeur depuis Who’s That Knocking at my door font figure d’éléments scénaristiques fonctionnels dans LES AFFRANCHIS, malgré une certaine volonté de construire un personnage féminin fort.

Par ailleurs, la présence de Robert de Niro comme personnage très secondaire reflète également cette volonté de mettre la psychologie multi-pistes de côté. L’acteur, à travers les 3 masterpieces Taxi Driver, Raging Bull, et La Valse des Pantins ainsi que le très bon mais mineur New York, New York, servait de réceptacle schizophrénique aux traits de personnalité et obsessions de Scorsese (et par extension, celles de Paul Schrader). Il y a une toute petite déception à le voir interpréter une vulgaire parodie de ses divers rôles, plutôt qu’un de ces personnages charismatiques, complexes et imprévisibles ayant façonné notre imaginaire. Robert de Niro laisse donc sa place à l’effacé (qu’on reconnait volontiers être totalement adéquat dans le rôle d’Henry), le récit se fait linéaire et la fresque d’ampleur remplace le portrait d’individus ballottés par l’existence ou leur inadaptation au monde extérieur.

En fait, en se concentrant exclusivement sur le récit, Scorsese définit clairement des enjeux, ce qui n’a quasiment jamais été le cas avant LES AFFRANCHIS. La toute première scène du film, ultra violente, est ainsi présentée comme un point de basculement par la désormais fameuse phrase :
« As far back as I can remember, I always wanted to be a gangster » *

*Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours voulu être un gangster

En proposant dès la scène suivante un flashback pour recommencer l’histoire du début, Scorsese utilise un procédé simple mais éminemment empathique, favorisant d’emblée l’immersion dans cet univers mafieux. Habituellement transmise par la mise en scène, l’immersion se fait, dans LES AFFRANCHIS, également par la narration. Un peu comme dans Raging Bull, mais cette fois au service d’une bonne histoire, et non d’un portrait psychologique. Scorsese conserve tout de même ce trait auteurisant typique de son cinéma en nous racontant certes une grande histoire tragique, mais par de petits instants. Il nous montre comment les destinées individuelles peuvent façonner un empire, ou le détruire.
Logiquement, le récit est donc divisé en deux : passé le point de rupture, la déconstruction du petit monde gravitant autour de cette famiglia quasi-parfaite s’amorcera : respect, confiance, amour et amitié se transformeront progressivement en paranoïa, trahisons, et meurtres à la chaîne.

Il y a ainsi quelque chose d’extrêmement jouissif à observer comment la violence s’immisce dans ce quotidien bien huilé, avant de devenir si envahissante qu’elle pourra jaillir de n’importe où, de n’importe qui, envers n’importe qui. Au milieu, évolue le personnage d’Henry auquel le spectateur peut s’identifier sans peine, grâce à son statut d’observateur, d’infiltré. En effet, Henry, toléré malgré son sang mixé (mi-Irlandais, mi-Sicilien), ne fera jamais vraiment partie de la famille. Cela lui permet d’évoluer en marge d’un univers amoral qu’il considère avec recul, bien qu’il ne le montrât jamais. Un personnage nourrissant ses propres ambitions dans l’ombre des plus influents: ceux qui jouissent du charisme de leur hiérarchie (Paulie), ceux qui s’imposent par la violence (Tommy, Jimmy), les intouchables (Les Caïds).

En bref, plutôt que de construire le film autour d’un personnage emblématique et iconique (comme dans les Parrain de Coppola), c’est dans la description d’une grande famille mafieuse, dans ces portraits d’hommes tous différents la composant et dans l’immersion dans leur quotidien de plus en plus violent, que Scorsese nous fascine.

« Un tel plaisir cinématographique qu’il est plus simple de parler de ses relatifs défauts que de s’étendre sur ses qualités. »

LES AFFRANCHIS est également un film de mise en scène, en image et en musique. Les trois caractéristiques fusionnent pour immerger le spectateur dans une bulle à la fois réaliste et purement cinématographique. Scorsese exploite encore mieux ces gimmicks que dans le déjà puissant Raging Bull, en les faisant interagir non pas avec des personnages, mais avec le récit.

On retiendra ces arrêts sur images présentant les personnages ou renforçant la gravité d’un évènement, l’utilisation décalée de la bande son rock’n’roll, les longs plans synonymes de liberté pour les personnages et d’immersion pour le spectateur, l’imprévisibilité des situations à l’intérieur de la linéarité du récit, notamment via le personnage psychopathe de Tommy (génial ). Le plus troublant restera peut-être la narration d’Henry, en voix-off, qui se place en observateur cynique des évènements.
À l’image des deux temps du récit, cette voix off décrit les personnages et situations avec fascination avant de devenir de plus en plus cynique, d’ironiser même, avec le destin de chacun. Scorsese par ce procédé joue avec nos perceptions pour mieux diriger nos émotions. Du génie.

Photo du film LES AFFRANCHIS

LES AFFRANCHIS est autant une fresque « historique » (s’étalant de 1955 à 1980), qu’un récit d’ascension et de chute, une histoire d’amour, de famille, que le compte rendu d’une époque.
La grande force du film est donc de nous happer de la première à la dernière minute via quelques personnages servant idéalement le récit à défaut d’être inoubliables. Un film réjouissant et généreux par l’ampleur de sa fresque autant que par la violence réaliste qui en émane. Un masterpiece !

LES AFFRANCHIS a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Martin Scorsese par le festival Lumière 2015.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
– Qui marche sur la queue du tigre… (1945$)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
– La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
– Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
– Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
– Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

lumiere2014 (2)

INFORMATIONS
Affiche du film LES AFFRANCHIS

+ SCORSESE: analyse de ses différents films

Titre original :
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Martin Scorsese,
Acteurs principaux : , Ray Liotta, Joe Pesci
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie: 12 septembre 1990
Ressortie : 20 août 2008
Durée : 2h25min
Distributeur :
Synopsis : Depuis sa plus tendre enfance, Henry Hill, né d’un père irlandais et d’une mère sicilienne, veut devenir gangster et appartenir à la Mafia. Adolescent dans les années cinquante, il commence par travailler pour le compte de Paul Cicero et voue une grande admiration pour Jimmy Conway, qui a fait du détournement de camions sa grande spécialité. Lucide et ambitieux, il contribue au casse des entrepôts de l’aéroport d’Idlewild et épouse Karen, une jeune Juive qu’il trompe régulièrement. Mais son implication dans le trafic de drogue le fera plonger…

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