Pour un premier long-métrage – tiré de son court-métrage Love is dead – on peut dire qu’avec RUPTURE POUR TOUS, Éric Capitaine s’en sort plus que bien. Le réalisateur propose une comédie rafraîchissante et pleine de charme, dotée d’un scénario original et de textes bien affûtés.

Après le magnifique Goût des merveilles, on retrouve ici Benjamin Lavernhe dans le rôle plus léger mais tout aussi singulier de Mathias Lonisse. Un personnage qui rappelle instantanément celui de Patrick Jane dans la série Le Mentaliste :  il porte un costume gris trois pièces avec des souliers marrons et vit dans une sorte d’entrepôt qui est aussi son bureau. Mais surtout, il devine et analyse en un coup d’œil « l’état affectif » de ses interlocuteurs. Tant et si bien qu’il en a fait son business en créant la société Love is dead qui s’occupe de rompre vos relations sentimentales à votre place, sans fracas ni scène de ménage. C’est alors que Juliette (Elisa Ruschke) entre dans sa vie (professionnelle), y met son grain de sel féminin et apporte sensibilité et peps à tout cela. Mathias surfe avec aplomb sur ses certitudes et son affaire florissante jusqu’au jour où il mesure, à ses dépends, les conséquences de ses actions…

RUPTURE POUR TOUS

Mathias Lonisse (Benjamin Lavernhe) en route vers une nouvelle “cible”

Le sujet peut paraître surprenant, il n’en reste pas moins crédible au sein de la société « kleenex » dans laquelle nous vivons : tout se jette et se remplace facilement et on ne cesse de nous proposer des services de plus en plus délirants. On imagine donc aisément que la société Love is Dead puisse exister dans la réalité, sans forcément adhérer à son concept. Pour autant, RUPTURE POUR TOUS n’est pas un film générationnel qui ne s’adresserait qu’aux trentenaires. Il est résolument ancré dans notre époque mais s’adresse judicieusement à tous (comme son nom l’indique) grâce à la rupture inopinée des parents de Mathias qui apporte de la profondeur au scénario. Sous les traits de la comédie se révèlent ainsi les questions délicates mais fréquentes de l’état du couple après la retraite et de la difficulté, à tout âge, d’accepter la séparation de ses propres parents. Plus généralement, il est question de la façon dont nous sommes, bien souvent “lynx envers nos pareils et taupes envers nous-même“, comme disait La Fontaine. Des questions qu’Éric Capitaine aborde avec une tendresse et une lucidité touchante. On pourrait peut-être débattre de la moralité discutable de Love is dead, mais qu’importe puisqu’elle sert à merveille cette comédie enjouée qui caricature notre société.

« RUPTURE POUR TOUS est une comédie rafraîchissante et pleine de charme, dotée d’un scénario original et de textes bien affûtés »

Au-delà du fond, c’est aussi dans ses aspects formels que RUPTURE POUR TOUS est un film réussi. Tout d’abord dans ses dialogues, particulièrement soignés et précis, et le choix volontaire d’attribuer au protagoniste un langage riche et châtié. Cette caractéristique confère immédiatement une crédibilité et une empathie à Mathias qui n’est pas le type sans cœur auquel on pourrait s’attendre. Loin de tout cynisme, au contraire, il est un homme sympathique, à la fois lunaire dans sa façon de vivre et terre-à-terre, voire pragmatique, dans sa façon de penser  – puisqu’il théorise sans cesse les relations de couple, sans doute pour se protéger.

Par ailleurs, ce qui rend également délectable les échanges entre les protagonistes, c’est l’humour, omniprésent. Peut-être est-ce lié à la participation de l’humoriste Camille Chamoux qui y joue un petit rôle mais qui a beaucoup participé à son écriture. Quoi qu’il en soit, la tonalité du film est assez joyeuse et le plus amusant reste sans doute les situations diverses et variées dans lesquelles Mathias et sa collaboratrice débutante sont appelés à intervenir auprès de leurs “cibles”.

RUPTURE POUR TOUS

Juliette (Elisa Ruschke) écoute les conseils de son patron pour mettre de côté ses affects…

Quant à Elisa Ruschke, elle crève littéralement l’écran.  Grâce à son interprétation qui semble aussi spontanée que maîtrisée, elle insuffle un grand dynamisme à RUPTURE POUR TOUS. Il faut dire que le personnage de Juliette est particulièrement intéressant dans son évolution, dans l’assurance qu’elle acquiert au fur et à mesure aux côtés de Mathias et qui se traduit physiquement (look, maquillage,..). Au départ, débordée par ses affects, elle rappelle Anaïs Demoustier en petite jeune fille timide mais pleine de bonne volonté. Puis à la fin, c’est en Catherine Zeta-Jones qu’elle se métamorphose sous les traits d’une femme d’affaires redoutable mais tout aussi charmante. A une époque où les réalisateurs privilégient souvent le côté « bankable » des actrices principales pour booster les entrées, Eric Capitaine a pris le risque de miser sur une parfaite inconnue (il s’agit du premier rôle d’Elisa Ruschke au cinéma) mais il semble qu’il ait été bien inspiré…

Stéphanie Ayache

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