Les premiers retours de la presse américaine étaient pourtant bons. Et on pouvait espérer que STAR TREK SANS LIMITES mette fin à une longue série de blockbusters sans réel succès – films d’animation mis à part, le dernier gros succès remonte à Captain America : Civil War, voir notre article. Pourtant sur ces deux points (la qualité cinématographique et le box-office), le troisième opus du reboot de la saga Star Trek n’a pas convaincu. Après dix jours d’exploitation sur le sol américain, les chiffres ne sont pas terribles, avec une forte baisse en deuxième semaine (-59%) et à peine 105M$ engrangés pour un budget de 185M$. Et l’aventure spatiale tant attendue n’est clairement pas au rendez-vous.

Pas forcément la faute au changement de réalisateur – J.J Abrams a laissé sa place à Justin Lin pour n’être plus « que » producteur du film – ce dernier offrant un spectacle honnête et divertissant, en dépit même d’un sentiment de trop plein parfois. Le problème de STAR TREK SANS LIMITES vient tout simplement de ses limites scénaristiques.

Photo du film STAR TREK SANS LIMITES

Pourtant voir le nom de Simon Pegg (acteur ET co-scénariste de Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Paul, Le Dernier pub avant la fin du monde) associé à l’écriture du scénario de STAR TREK avait de quoi promettre. Mais force est de constater que l’option Pegg, privilégiée à Alex Kurtzman et Roberto Orci qui avaient su redonner vie à la saga sur les deux épisodes précédents, n’a pas été fructueuse. Simon Pegg (et Doug Jung) proposent là un scénario plus proche d’un épisode d’une série feuilletonnante que de cinéma. Un épisode qui peut totalement se substituer à un autre, notable par l’évolution minime de ses personnages, et une intrigue réduite au plus simple. Une manière certes d’offrir aux fans de la première heure un épisode potentiellement plus fidèle à la série télévisée, mais qui en termes de produit cinématographique a du mal à fonctionner.

Grossièrement, l’équipage de l’Enterprise tombe sur le terrible Krall (Idris Elba), et doit l’arrêter avant qu’il ne détruise la station spatiale Yorktown. Pourquoi fait-il cela ? Et bien parce qu’il est méchant, ni plus ni moins. Certes une révélation sur le personnage de Krall viendra offrir un peu plus de profondeur à son acte… Mais en n’allant pas suffisamment développer les questions qu’il soulève, pourtant très pertinentes (un point de vue militaire, rappelant lointainement ce que pouvait évoquer Good Kill d’Andrew Niccol), le film se contente du minimum dans cette histoire.

« Un épisode qui peut totalement se substituer à un autre, notable par l’évolution minime de ses personnages et une intrigue réduite au plus simple. »

Egalement STAR TREK SANS LIMITES continue d’évoquer les mêmes problématiques pour ses personnages principaux. Ou plutôt pour deux d’entre eux, le film étant toujours focalisé sur Kirk (Chris Pine), et à moindre mesure sur Spock (Zachary Quinto). Ce dernier a donc encore des problèmes de couple avec sa compagne Uhura (réduite à un minimum de scènes), tandis que Kirk songe à quitter Starfleet. Pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent. Des questionnements internes à peine soulevés, et des protagonistes qui évoluent de manière tellement furtive qu’on en vient à se demander si le film contient vraiment des personnages principaux, et non pas une poignée de figurants, simplement bon à lâcher quelques bonnes blagues bien senties (Scotty et McCoy s’en chargeant efficacement).

Reste alors l’action attendue. Bien que débutant sur un faux rythme (pas d’introduction grandiose), Justin Lin offre, après une bonne demie heure quand même, une succession de scènes d’actions, de courses poursuites (à pied ou en vaisseau) et de fusillades au laser pour le moins réussies. Maniant sa caméra dans tous les sens (parfois trop) à l’aide de très bon effets numériques, le réalisateur nous plonge au cœur d’un grand huit spectaculaire. Dommage que, passée la maîtrise technique, le résultat final apparaisse après coup sans saveur. Car il est difficile de ressentir une réelle empathie pour ces protagonistes et donc de vivre pleinement l’intensité que le réalisateur s’échine à donner à STAR TREK SANS LIMITES. Un épisode qui, même s’il reste honorable et s’en sort dans le divertissement, n’en est donc pas moins anecdotique.

Pierre Siclier

Votre avis ?

BANDE-ANNONCE