TAMARA « la revanche d’une ronde », avec un sous-titre aussi lourd, inutile de dire que l’on traîne des pieds pour aller voir le nouveau long métrage d’Alexandre Castagnetti (après L’Incruste, Amour et Turbulences, Le Grimoire d’Arkandias…). Adaptation de la BD éponyme de Zidrou et Darasse, cette comédie destinée aux adolescents vient nous raconter comment Tamara, 16 ans, va surmonter tous les problèmes classiques rencontrés à son âge – complexes physiques, relations conflictuelles avec ses parents, moqueries des autres élèves, etc… – pour vivre sa première relation amoureuse avec le beau gosse du lycée.

Crédible ? Rien n’est moins sûr, eu égard aux valeurs de la génération dépeinte en filigrane. Mais ce film aura tout de même le mérite d’être réconfortant pour tous ceux qui reconnaîtront des situations vécues ici où là et il y a fort à parier qu’ils seront nombreux. En dehors de cela, si TAMARA n’évite pas les clichés, il réserve quelques bonnes surprises là où on ne les attend pas.

TAMARA

© Arnaud Borrel

En effet, on va avoir droit au répertoire classique des problèmes d’ado version moderne : « digestion » de la famille recomposée que l’on n’a pas choisie, réputation ruinée ou cotée en un clic sur les réseaux sociaux, comment draguer un mec en dix leçons, comment se faire accepter sans ressembler aux autres… Sans oublier quelques scènes bien clichés de comédies romantiques américaines, telle qu’une course effrénée contre la montre pour arriver à temps avant que l’élu de son cœur ne monte dans un avion. Certaines auraient clairement pu être évitées mais d’autres restent finalement nécessaires pour planter le décor et refléter la génération à laquelle TAMARA s’adresse. Impossible de parler de l’entrée au lycée sans évoquer l’importance des codes physiques, vestimentaires, relationnels et les difficultés liées à l’acceptation de son corps, souvent encore mal « dégrossi » de l’enfance, les problématiques amoureuses, la sexualité naissante, et la cruauté des adolescents entre eux.

“TAMARA séduira davantage par la justesse et la variété de ses seconds rôles et par sa contemporanéité que par la romance un peu mielleuse qui nous est servie.”

On retrouve donc tout cela dans TAMARA mais sans tomber dans la vulgarité type American Pie. On est côté « filles », plutôt comme dans LOL, sauf que notre héroïne (Héloïse Martin, qui signe son premier grand rôle) s’éloigne des standards physiques imposés par les magazines de mode et les stars des réseaux sociaux. Pourtant, cette Tamara, loin de celle de la BD, se rapproche de nombreuses jeunes filles réelles de son âge. Elle n’est ni obèse ni filiforme, ni laide ni belle. Elle a juste quelques rondeurs, elle s’arrange, se maquille et s’habille un peu sexy au besoin en mettant en avant ses atouts, mais surtout se distingue par des qualités autres que physiques. L’identification avec le public est ainsi plus large et rend davantage crédible une romance avec le plus beau mec du lycée (Rayane Bensetti judicieusement choisi pour son succès auprès des ado), non pas dans l’absolu mais au sein de cette génération telle qu’elle nous est proposée par Alexandre Castagnetti.

TAMARA

© Arnaud Borrel

La force de TAMARA réside ainsi principalement dans le réalisme dont il fait montre eu égard à ce qu’il se passe au lycée, ou sur les réseaux sociaux (même si on est horrifié par leur omniprésence et leur influence sur la vie des ado) et dans le fait que Tamara n’ait pas à se conformer aux autres pour parvenir à ses fins. Mais aussi et surtout pour la façon dont il décrit ce qu’il se passe à la maison, au sein de la famille, chez Tamara mais aussi chez ses amis, ce qui élargi les modèles et une fois encore les possibilités d’identification. Le réalisateur avait projeté l’idée d’un film autour de « la première fois » mais c’est sur cet autre plan qu’il se distingue et révèle davantage de finesse et d’esprit. Par exemple, à travers les différentes relations mère-fille, et père-fille si déterminantes dans la construction de la féminité (même si cela est abordé subtilement avec des accents de légèreté), qui offrent quelques scènes drôles et touchantes. Mention spéciale pour les personnages de la voisine et de la meilleure amie, merveilleusement interprétées par Blanche Gardin et Oulaya Amamra qui, elles aussi, nous émeuvent autant qu’elles nous font rire.

TAMARA est donc finalement une agréable surprise dans laquelle on retrouve disséminés ici et là la musicalité et le petit grain de fantaisie de son réalisateur (également auteur et interprète de La Chanson du dimanche), notamment dans la scène totalement surréaliste et loufoque du baiser. S’il reste un film assez classique et pas forcément marquant dans le registre des comédies adolescentes, il est néanmoins très représentatif de la génération auprès de laquelle il fait écho. Nul doute cependant qu’il séduira davantage par la justesse et la variété de ses seconds rôles et par sa contemporanéité que par la romance un peu mielleuse qui nous est servie.

Stephanie Ayache

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[CRITIQUE] TAMARA

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