Après Le Talent de mes Amis et pour son deuxième film, , brosse avec brio le portrait d’un vieux chanteur attachant et lucide, dont la rencontre avec son fils inconnu le confronte à sa propre vie.

On n’est pas prêt d’oublier de sitôt Guy Jamet, le personnage de GUY, deuxième film très réussi de Alex Lutz. Et il y a de nombreuses raisons à cela. D’abord grâce à l’excellent parti pris d’aborder le sujet de la durée de vie d’un artiste de nos jours, au travers des médias mais surtout du regard et de l’amour de son public. Puis parce que le vieux chanteur attachant est interprété par le réalisateur lui-même, bluffant de réalisme grâce à un incroyable travail de vieillissement du visage, des yeux, du corps, de la démarche et de la voix. Sans oublier les chansons populaires « Dadidou », « Passionnément », « Tendresse » ou encore « Caresse » du vieil artiste, qui trottent encore longtemps dans la tête et que l’on se surprend même à fredonner. Et enfin grâce à l’originalité du format choisi pour le film, un vrai faux documentaire tourné par Gauthier (). Ce dernier découvre à la mort de sa mère qu’il est le fils du chanteur et éprouve alors le besoin de faire sa connaissance par ce biais, sans lui révéler ce qu’il sait.Photo du film GUY

Alex Lutz, rencontré à Bordeaux lors de la présentation de son film, dit avoir voulu annoncer dès le début du film ce secret, afin que « le regard de Gauthier devienne très vite celui du spectateur et qu’il puisse être en empathie avec lui« . Et en effet, on est de tout cœur avec le jeune homme qui rencontre le vieil artiste, personnage tout droit sorti de l’imaginaire de Alex Lutz. Il l’a voulu tel le « puzzle de son ressenti de l’histoire des divertissements, avec l’envie que chaque spectateur puisse repartir avec son Guy Jamet dans le cœur, l’associant à l’artiste qu’il veut« .

Car Alex Lutz, qu’on connaît surtout pour ses spectacles au théâtre ou dans la série Catherine et Liliane, est avant tout un homme qui observe et se nourrit de son quotidien et du monde qui l’entoure pour inventer des personnages. Il ose d’ailleurs le parallèle avec « le métier de couturier, poursuivant son travail de recherche et d’analyse sur son chemin de création de collection« .

« Il faut absolument aller voir et même revoir GUY, parce qu’il procure jubilation et émotions et atteint très rapidement le cœur du spectateur. »

Même si la parodie est devenue son réjouissant fonds de commerce, Alex Lutz a heureusement veillé à ne jamais y tomber dans GUY. Il offre au contraire « une comédie dramatique, jolie histoire populaire qui est surtout une ode à la vie de Guy, dans laquelle se mêlent plaisir et mélancolie ». Et en effet, on s’attache au bonhomme, on est touché par ce qu’il dit. On prend énormément de plaisir à écouter Guy Jamet se raconter, porter des jugements à l’emporte-pièces sur les uns et les autres, faire parfois preuve de misogynie et d’une grande mauvaise foi.

On sent que Alex Lutz aime et défend avec tendresse son personnage. Il le montre lucide, sans être dupe, ni de l’image qu’il renvoie, ni de ses faiblesses. Il n’est pas nostalgique, car il est parvenu durant toutes ces années à continuer son métier et entretenir l’envie chez son public pendant ses nombreux galas. Le réalisateur le définit comme « un type complexe, cultivé et honnête avec ce qu’il ressent, qui n’est pas dans l’amertume, acceptant les regrets qu’il peut avoir, car ils font partie du lot« .Photo du film GUY

Gauthier a de nombreux préjugés sur Guy Jamet, construits à partir de ce qu’il connaît de l’homme public, caricature du « vieux lion flamboyant des années 50« . On ne voit d’ailleurs pas Gauthier, caché, presque protégé, derrière sa caméra, veillant à conserver une certaine distance entre eux. Une distance de journaliste, qui se veut objective et neutre, froide de sentiments. Il pose les questions et ose des remarques parfois assez méprisantes. Alex Lutz a veillé à ce que « la caméra de Gauthier tangue un peu au début, à l’image de sa maladresse et de son émotion« .

On ne saisit pas bien au départ les raisons pour lesquelles le jeune homme veut faire sa connaissance. Est-ce pour confirmer que cet homme n’aurait pas pu faire de toute manière partie de son existence? Est-ce pour s’assurer qu’il ne doit rien regretter? Ou a-t-il l’intention de s’immiscer dans sa vie et lui faire payer?

« Alex Lutz avait envie que chaque spectateur puisse repartir avec son Guy Jamet dans le cœur et l’associer à l’artiste qu’il veut. »

Quant à Guy, qui a vaillamment accepté de jouer le jeu, il sera tenté de montrer à Gauthier qu’il lui faut aller au-delà de la superficialité de l’image caricaturale, et polir un peu plus la pierre pour trouver le diamant de ce qui fait son essence même. À travers ce regard perçant que Guy porte également sur Gauthier, Alex Lutz incite subtilement le spectateur à s’interroger sur « tout ce qui peut composer les mille sentiments d’un monsieur et sur le temps qui passe« .

Et ce qui est véritablement intéressant dans GUY, c’est que le vrai sujet du film n’est peut-être pas Guy lui-même, mais bien Gauthier. Car Alex Lutz parvient subtilement à saisir l’évolution du regard du jeune homme sur Guy, lui permettant petit à petit d’aller à la rencontre de l’homme au-delà de l’artiste et de la réalité qui se cache derrière le fantasme de la vedette. Et de créer une vraie relation entre les deux hommes qui n’aurait rien à voir avec les liens du sang, mais qui serait choisie et faite de respect mutuel, de confiance et de transmission.Photo du film GUY

Il fallait un entourage proche de Guy à la hauteur du bonhomme. On adore celui que le réalisateur a concocté avec ses deux co-scénaristes, à qui il a donné leur chance : Thibaut Segouin, son propre administrateur de tournées, dont il apprécie « l’acuité, la vision, l’humour et le rapport au père« . Et Anaïs Deban, la compagne de ce dernier, « journaliste qui vient de l’univers documentaire« .

Ainsi  (La Fête des Mères) en compagne attentionnée et actrice pas très futée, Nicole Calfan (Sous le Même Toit) en fidèle attachée de presse ou Patrick de Valette en indispensable assistant punching ball. Alex Lutz avait pensé également faire vieillir le personnage de Anne-Marie, l’ex-épouse de Guy interprété par Elodie Bouchez. Puis il croisé Dani (Carbone) et a trouvé que « les structures des visages des deux actrices matchaient bien, avec leurs pommettes saillantes et leurs bouches un peu boudeuses« . Il faut donc absolument aller voir et même revoir GUY, parce qu’il procure jubilation et émotions tout en étant porteur de réflexions universelles, et atteint très rapidement le cœur du spectateur, qu’il ne lâche jamais.

Sylvie-Noëlle

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GUY, portrait jubilatoire d'un vieil artiste - Critique
Titre original : Guy
Réalisation : Alex Lutz
Scénario : Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin
Acteurs principaux : Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot
Date de sortie : 22 août 2018
Durée : 1h41
4.0Brillant
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