Pour son dernier film, LA FÊTE DES MÈRES, Marie-Castille Mention-Schaar rend hommage aux mères grâce à ce jour qui les célèbre, tantôt joyeux, tantôt source de crispations, mais qui ne laisse jamais indifférent.

De nombreux films ont déjà été réalisés à propos des mères, de l’amour ou de la haine qu’elles inspirent à leurs enfants. Mais aussi sur le regard plus ou moins bienveillant qu’elles portent sur leur progéniture. Sans parler de l’influence déterminante qu’elles ont dans la vie de leurs enfants, même et surtout lorsque ceux-ci deviennent parents à leur tour. Par contre, il est plus rare de prendre la Fête des Mères comme point de départ, avec son historique, son symbole parfois détourné, les crispations qui l’accompagnent, ses enjeux et ses dérives commerciales. La réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar en fait son fil rouge dans LA FÊTE DES MÈRES, son cinquième long métrage, qui sort opportunément la veille de cette fête. La maternité et la relation à la mère sont d’ailleurs souvent au cœur de l’œuvre de la productrice devenue réalisatrice. Comme dans Le ciel attendra au sujet autrement plus sulfureux, ou sa dernière production Le Rire de ma mère de Colombe Savignac et Pascal Ralite.Photo du film LA FÊTE DES MÈRESOn a rencontré Marie-Castille Mention-Schaar lors de la présentation de son film à Bordeaux accompagnée de Pascale Arbillot et Olivia Côte. La réalisatrice avait envie de faire “un film de transmission et de réconciliation, sur ce rapport au temps que chaque enfant entretient avec sa mère, réglant ses comptes avec elle avant sa mort, sous peine de regrets douloureux et amers“. Film que Pascale Arbillot qualifie de “réparateur, montrant sans jugement des mères imparfaites“. Deux histoires prédominent dans LA FÊTE DES MÈRES, auxquelles viennent s’agréger toutes les autres: “celle de ces trois sœurs qui ont une approche, une sensibilité et des douleurs différentes face à leur mère, et celle de la Présidente de la République fragilisée par son statut de mère”.

Pourtant, malgré d’aussi belles et bonnes intentions, LA FÊTE DES MÈRES déçoit. On se retrouve noyé dans la multitude des personnages, qui se frôlent et se parlent sans forcément se connaître, dans le type de film choral qu’affectionne Claude Lelouch (Chacun sa vie). Le souci avec ce procédé, c’est qu’on n’a pas le temps de s’attacher durablement aux personnages, ni d’éprouver véritablement d’empathie pour eux. Certains sont d’ailleurs superfétatoires et leur seul intérêt consiste à mettre en valeur les principaux. Leurs caractères, leurs histoires et leurs ressentis sont trop effleurés et leur lien avec le sujet commun du film ne compense pas l’absence flagrante de scénario global. On est happé dans une espèce de tourbillon, dont les circonvolutions, les croisements et les dialogues de tous ces personnages donnent clairement le tournis.

En péchant par excès de vouloir trop bien faire, LA FÊTE DES MÈRES fait irrépressiblement penser au proverbe “Qui trop embrasse mal étreint.”

On a l’impression que la réalisatrice scénariste a fait l’inventaire  exhaustif de toutes les situations qu’une mère et son enfant auraient à rencontrer dans leur vie, et l’a placé dans son film, enfilant moult poncifs et clichés énervants. Elle s’en défend pourtant, arguant du fait que ce “sujet vivant tellement vaste et sans fin aurait même pu être un sujet de série“.

Jugez plutôt. La mère omnipotente (Marie-Christine Barrault) qui a marqué à vie ses filles, est atteinte de la maladie d’Alzheimer, décidément très inspirante au cinéma en ce moment (La Finale). Les trois femmes font donc face, chacune à sa manière, aux souvenirs dans lesquels les replonge l’état de leur mère. Ainsi, Nathalie ne veut ni pardonner, ni avoir d’enfant. Nathalie est interprétée par Olivia Côte, plus habituée aux rôles de comédie (Larguées). Elle est très convaincante et particulièrement émouvante dans son premier vrai rôle dramatique. La réalisatrice, qui voit “les comédiens comme des instruments de musique” a eu la très bonne idée de la choisir pour “lui offrir une autre partition et lui permettre d’aller chercher avec elle les choses qu’elle a en elle et qu’on regarde tout à coup comme pour la première fois”. Film que l’actrice trouve d’ailleurs “beau dans sa façon d’essayer de combattre cette crispation qui existe dans la relation des filles avec leur mère, car il y a quand même de l’amour”.Photo du film LA FÊTE DES MÈRESNathalie a donc deux sœurs, dont l’une veut adopter (Pascale Arbillot) et l’autre journaliste (Clotilde Courau) confie l’éducation de ses deux enfants à une nounou (Carmen Maura), liée de très près à la Présidente de la République (Audrey Fleurot). Celle-ci peut compter sur son mari (Gustave Kervern) pour l’aider à traverser cette épreuve de dépression post-partum. Nathalie donne des cours d’art (notamment à propos de Anna Jarvis, fameuse inventrice américaine de la Fête des Mères) et est tombée amoureuse de l’un de ses étudiants, qui fait des claquettes en compagnie d’une actrice (Nicole Garcia), qui a un fils trop présent (Vincent Dedienne), dont la petite amie (Noémie Merlant) travaille avec son oncle (Pascal Demolon), qui hésite à avoir un enfant avec son compagnon. Ouf!

Malgré quelques belles scènes d’émotions qui prennent à la gorge par surprise et de beaux moments qui soulignent habilement le symbolisme de la complexité de la maternité et du rapport au temps, LA FÊTE DES MÈRES pèche surtout par excès de vouloir trop bien faire, à l’image du proverbe Qui trop embrasse mal étreint.

Sylvie-Noëlle

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LA FÊTE DES MÈRES : qui trop embrasse mal étreint - Critique
Titre original : La fête des mères
Réalisation : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar
Acteurs principaux : Audrey Fleurot, Clotilde Courau, Olivia Côte, Pascale Arbillot
Date de sortie : 23 mai 2018
Durée : 1h41 min
2.5Décevant
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