On l’annonce tout de suite, cette adaptation du comics Hellboy part en flamme avec son intrigue bancale et ses thèmes problématiques.

Dans ce HELLBOY, nous suivons les aventures du héros éponyme luttant contre le retour de la sorcière Viviane qui fut éparpillée en sept morceaux par le roi Arthur.

Comme on peut le voir, le film s’éloigne fortement des adaptations qu’avait réalisé Guillermo Del Toro, et rarement pour le mieux. L’histoire reprend le thème du premier film, autour du passage à l’âge adulte. Pourtant, ce qui était fait avec intelligence avec Del Toro, prend ici un sens perturbant. La figure du père, centrale dans l’évolution d’Hellboy, auparavant joué par John Hurt, a évolué de courageux et humain demandant à son fils d’exprimer ses émotions, à violent et toxique. Plutôt que d’être un scientifique, le père, joué par Ian McShane, est devenu un tueur de démon qui, dans sa gentillesse a épargné Hellboy, l’entraînant pour être “le meilleur de lui-même” c’est à dire une machine à tuer. Malgré tout cela, il est tout de même présenté comme une figure salvatrice pour son fils.

De manière plus général, l’histoire est remplie d’incohérences, de clichés et de raccourcis trop faciles. On nous présente avec une énième histoire autour du roi Arthur qui semble être à la mode en ce moment (le dernier Transformers).

On apprend vers la fin du film que Hellboy lui même est l’héritier du roi Arthur et qu’il doit sortir Excalibur de son rocher afin de tuer la sorcière. Cette idée que le personnage soit mi-démon, mi-humain détruit, à mon sens, tout le propos du film. En effet, à la manière d’un Magnéto dans X-Men, la sorcière prétend pouvoir aider ceux qui sont différents en éliminant les humains. Si cela mène à un débat intéressant autour du sens de l’humanité et de l’acceptation de l’autre, ce débat se trouve complètement annulé par la réalisation qu’Hellboy est également humain.

Photo du film HELLBOY

Hellboy, survivant de l’enfer.

De la même manière, les personnages secondaires sont inintéressants au possible. Abraham, Liz et John ont été remplacé par Sasha, une médium, et Daniel, un major de l’armée britannique. Malheureusement, nous en apprenons très peu sur ces personnages malgré des flashbacks maladroits et peu nécessaires.

Daniel, souffrant d’une maladie qu’on devine très vite être une forme de lycanthropie, déteste les “monstres” et décide de tuer Hellboy pourtant il change d’avis sans avoir eu de raison entre temps de lui faire confiance. Les personnages prennent souvent des décisions sans motivation comme Hellboy voulant rejoindre la sorcière et se ravisant une scène plus tard.

Ce qui est particulièrement frappant dans l’univers de Guillermo Del Toro sont ces monstres et créatures qui était proéminent dans son Hellboy. Malheureusement, ce film suit la tendance général d’utilisation d’effets spéciaux plutôt que d’effets pratiques. Les créatures sont donc génériques, sans intérêt particulier. Les sorcières ont la même peau que Snoke dans Star Warsles antagonistes à la fin du film qui remplacent les tentacules géantes du premier, sont de simples squelettes géants. On rencontre également des porcs, grenouilles et autres chauve-souris géantes et parlantes, tout cela dénotant un véritable manque d’imagination quand au design des personnages.

Photo du film HELLBOY

L’un des antagonistes, la chauve-souris catcheuse.

Pourtant, cela démontre aussi une certaine volonté du réalisateur qui a l’air de vouloir faire un film d’horreur plutôt qu’un film d’action. En effet, plusieurs scènes sont fortement influencées par films d’horreur : jumpscare, fantômes, mort-vivants. D’ailleurs certaines d’entre elles sont sûrement des références notamment la sorcière qui marche sur ses mains à la manière de The Ring. Peut-être que si le film avait totalement assumé cette envie d’horreur, aurait-il été plus intéressant et surtout original dans son approche du sujet.

En effet, les scènes d’action sont filmés de manière très classique sur fond de musique rock qui vrille les oreilles pendant la majorité du film et qui agresse le spectateur même lorsque cela est inutile. Les chorégraphies ne sont pas particulièrement intéressantes. Sans avoir lu les comics, je peux supposer que lorsqu’Hellboy se bat avec une épée faisant trois fois sa taille, le film fait une référence à ceux-ci. Malgré tout cela, le film n’est pas épique mais n’en fait pas non plus assez pour que les scènes de combats deviennent de vraies références à la pop culture comme le fait Scott Pilgrim.

Pour revenir aux personnages, l’humour du premier était un aspect très important. Dans celui-ci, le personnage se comporte comme un adolescent. Les blagues sont donc centrés autour de cette aspect comme lorsqu’il dit “Super des devoirs” et “Y a trop de mots” en lisant un livre. L’humour vient aussi des références pop culture surtout “your head will make a fine addition to our gallery”, référence probable à Star Wars. Le film abandonne donc l’humour désillusionné des premiers Hellboy qui contrastait si bien avec la vraie humanité du personnage.

Sans son humanité, son humour ou ses créatures, HELLBOY perd tout le charme de précédents volets et va même plus loin en se transformant en espèce de nanar de par sa surenchère permanente et de son intrigue bancale.

Nastassia

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HELLBOY, l'enfer sur Terre - Critique
Titre original : Hellboy
Réalisation : Neil Marshall
Scénario : Andrew Cosby
Acteurs principaux : David Harbour, Milla Jovovich, Daniel Dae Kim
Date de sortie : 9 avril 2019
Durée : 2h
1.0nanar
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