Le deuxième film de est un mélange d’émoi et de décalé. Energisant et truffé de bonnes idées, LA BELLE ÉPOQUE est aussi sombrement nostalgique. Il embarque ses spectateurs (fascinés) et les acteurs (formidables), dans le souvenir heureux d’un fameux jour de mai 1974. Pépite.

Quel merveilleux film nous livre-là Nicolas Bedos. Le dramaturge révèle, deux ans après Monsieur et Madame Adelman, qu’il peut nous surprendre sur pas mal de points. L’homme a une plume et sait la transformer en pellicule. Et pourtant, ce n’est pas seulement l’écriture à la fois fine et brute de son créateur, ni ce savant mélange d’émoi et de décalé qui font de LA BELLE ÉPOQUE une pépite qui pétille. Il y a, avant toute chose, cette vivifiante volonté chez le réalisateur-scénariste-dialoguiste de parcourir, avec le cœur et les nerfs, des questions universelles de l’existence. Energisant et décapant, le film, truffé de bonnes idées, a le paradoxe de toucher, avec une profonde grâce, un point sensible en chacun de nous.

Le pitch du long-métrage tient dans cette phrase : « Revivre un jour marquant de notre vie ».   est à la tête d’une entreprise qui permet de vivre, à ceux qui ont les moyens de payer !, une époque, un lieu ou un moment qui les as marqués, à coups de décors incroyables, de comédiens et de détails ajustés au millimètre près. La préhistoire par exemple, l’Allemagne nazie pourquoi pas, la cour de Versailles et tout ce genre de choses.

Photo du film LA BELLE ÉPOQUE

embarqué dans les années 70 de sa jeunesse, reconstituées au millimètre près (ou presque)

Quitté par sa femme (), Daniel Auteuil a reçu une invitation pour ce voyage façon Retour vers le Futur. Ce grand fatigué du temps qui file n’a que son passé pour s’évader. Il choisit ce jour de mai 74, lorsque Giscard n’était pas encore là et quand on enfilait des pantalons à pattes d’eph. Dans ce bar reconstitué à l’identique, il rencontra par hasard l’amour de son existence. Une comédienne () rejoue la scène des premiers échanges… Et la séduction se met à nouveau en place, entre la cigarette et les mobylettes. L’histoire démarre alors, dans un flot de punchlines à la Bedos et de rires perturbés par le sel de nos larmes, pour finir dans le brio et les sensations. Des émotions qui nous convainquent qu’on tient là ce genre de comédie populaire qu’on revoit sans hésitation lorsqu’on tombe dessus un dimanche soir en zappant bêtement, et qui déclenche le sourire de ceux qui se souviennent avoir vécu une belle aventure lors de sa découverte en salles.

D’ailleurs, le film ne serait pas aussi bon sans cette musique accompagnatrice, sans cette ambiance tellement 70’s (Bedos l’aime cette époque, et nous la fait aimer !). L’alchimie entre les personnages et leurs acteurs y est aussi pour quelque chose. Une alchimie que le cinéma français sait si bien créer lorsqu’il est bien fait. Tous les comédiens tiennent là des prestations qu’ils n’avaient pas produites depuis un bon bout de temps : Auteuil n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il est dans une chétive introspection, Ardant dans l’émotion de la séduction, Tillier dans les émotions solaires et Canet lorsqu’il est exalté.

LA BELLE ÉPOQUE est un film sur les beautés de l’instant. De ces moments qui font une vie, de ces souvenirs enjolivés mais pas forcément partagés par ceux qui en font pourtant partie. Derrière l’hilarité et la rythmique si plaisante, LA BELLE ÉPOQUE est en effet si sombre et tellement cynique, profondément torturé par la nostalgie. Bedos révèle une vision pas si positive de la vie, dans laquelle la mélancolie vient de la perte de quelque chose. N’y a-t-il pas du personnel dans ce film ? Il est en tout cas bien dense, son long-métrage. Trop dense peut-être pour en saisir tous les ressorts. Peu importe, on sait qu’il nous parle d’amour et de relations, de passé et de présent.

Il y a ce duo vieillissant Auteuil-Ardant, cette passion tumultueuse entre Canet et Tillier, les yeux touchants d’un Pierre Arditi face à son père ressuscité. On évoque les regrets, les moments où l’on aurait dû faire ou dire quelque chose, les instants qu’on aurait aimé vivre différemment. On évoque l’envie du changement, l’envie de revivre un jour en particulier, l’envie de renouer avec la flamme. A la croisée de tous les chemins empruntés par nos personnages, il y a la sensation commune d’arriver au bout du bout d’une histoire avant qu’ils ne retrouvent, grâce à un élément extérieur, le goût du sourire et du vivre à fond. Comme si le souvenir d’un jour heureux était une bonne occasion de profiter à nouveau de la vie… Et si on pensait un peu plus à notre présent ?

Yohann

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LA BELLE ÉPOQUE, ou la beauté des instants - Critique
Titre original : La Belle Epoque
Réalisation : Nicolas Bedos
Scénario : Nicolas Bedos
Acteurs principaux : Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Doria Tillier, Guillaume Canet
Date de sortie :
Durée : 1h55min
4.0Nostalgique
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