Contexte personnel : je ne suis pas un fan hardcore du JKRU (le J.K Rowling Universe), même si j’ai lu tous les livres Harry Potter ; bien que les ayant adoré (surtout les quatre derniers), leurs adaptations cinématographiques ont toutefois ma préférence, et plus particulièrement dans cet ordre : Le Prisonnier D’Azkaban (auquel j’ai consacré un article un peu fanboy), Les reliques partie 1, Les reliques partie 2, L’école des Sorciers, L’ordre du Phoenix, La Chambre des secrets, Le prince de Sang Mêlé et La Coupe de Feu.

Il me paraissait important de préciser ma position en tant que semi-Potterhead, pour justifier le fait que l’avis qui va suivre, loin d’être objectif, sera avant tout centré sur un point de vue cinématographique.

Pour moi, cet ANIMAUX FANTASTIQUES est ainsi vraiment ce qu’il est, l’adaptation d’un bouquin à la densité pharaonique comme sait si bien les écrire  … … …  mais un bouquin qui n’existe pourtant pas !
Hors sans la matière littéraire, impossible de se reposer sur cette cohérence et cette somme hallucinante de détails qui, par le passé, ont permis à Chris Colombus, Alfonso Cuaron, Mike Newell et  de construire la saga Harry Potter telle qu’on la connait. Un défaut de cohérence qui pour nous, est le point de départ d’un nombre conséquent de problèmes paradoxaux émaillant LES ANIMAUX FANTASTIQUES.

Photo du film LES ANIMAUX FANTASTIQUES

New York, nouveaux terrain de jeu de J.K Rowling

En examinant les promesses filtrant à travers les trailers (ici), nous nous posions la question de savoir si David Yates (réalisateur des 4 derniers films Harry Potter),  était à considérer comme un « auteur », capable d’insuffler une personnalité propre à une oeuvre, ou un « faiseur » qui a parfaitement assimilé le JKRU et sert alors d’excellent illustrateur – rien de plus.
Une question importante, justement parce que LES ANIMAUX FANTASTIQUES, en tant que script original et non adaptation d’un livre préexistant, nécessitait la vision d’un auteur-réalisateur pour combler les immenses failles cinématographiques de l’univers littéraire de J.K. Rowling… Jusqu’à pourquoi pas le transcender, comme l’avait fait Alfonso Cuaron.

Attention : traiter le script de JKR de gruyère ne signifie pas que nous le trouvons mauvais, au contraire : il est fantastique.
Plein de pistes, de twists, de personnages et de complexité, il développe un univers encore une fois riche et cohérent, à l’échelle qui plus est, d’une double saga éclatée dans le temps !
À cela, il faut ajouter sa portée: ce script aurait pu constituer une nouvelle étape cinématographique fondatrice, à nouveau proposée par J.K. Rowling: celle ou le héros commence l’histoire en tant qu’Être Mature, déjà conscient du monde environnant et de sa propre influence sur celui-ci (comme nous finalement, ces lecteurs/spectateurs de Harry Potter qui ont grandi) ; un héros prêt à poser un regard dénué de jugement sur le monde, à prendre part à une aventure où son expérience est le déclencheur et moteur de l’histoire, plutôt que le désormais classique besoin d’accomplir son parcours initiatique. Et dans les faits, c’est exactement ce qu’est LES ANIMAUX FANTASTIQUES ; une passionnante évolution du genre Young Adult accompagnant notre propre maturité, notre propre prise de recul sur le monde, mais également sur le Cinéma et ses caractéristiques.

C’est ainsi que le film issu de ce script aurait pu constituer un contrepoint intéressant aux Hunger GamesDivergente, The GiverLabyrinthe ou encore 5ème Vague, qui ont su proposer plus ou moins de cohérence, de profondeur et de maturité et se distinguer ainsi de leur influence commune, la saga Harry Potter.

« Il manque aux Animaux Fantastiques la personnalité d’un auteur pour donner vie au riche script de J.K. Rowling »

Malheureusement, si passionnante que soit cette proposition, elle n’est pas un matériau filmique en soi et c’est ici que la réalisation, plutôt que de l’illustrer platement, devait faire preuve d’un maximum d’empathie envers la profondeur et la richesse hallucinante du script pour ensuite mieux lui donner vie. Une réalisation qui aurait donc du prendre le relais pour associer forme et fond tout en liant ensemble les différents aspects artistiques; scénario, mise en scène, direction d’acteurs et interprétation, direction artistique audio-visuelle; portée du film au delà du matériau filmique… chacun de ces éléments, pris séparément, expose donc sa propre réussite… Mais également son échec à se conjuguer aux autres. Et selon nous, il y a alors UN fautif majeur : le réalisateur. David Yates.

Photo de Les animaux fantastiques (2)

David Yates, mauvais réalisateur / excellent faiseur.

Par exemple : la mise en scène de David Yates est peut-être solide pour selon qu’il n’est qu’un faiseur… Mais justement pour cette même raison, elle manque aussi incroyablement de personnalité. Pas de gimmicks de réalisation, aucune atmosphère, aucun vrai moment de bravoure… On ne retrouve donc rien de ce qui faisait la réussite des deux Reliques. Il n’y a qu’à constater l’étrange mollesse du film hésitant constamment entre exposition et développement, aux dépends de l’action mais aussi de l’empathie – ce qui amène à un autre souci structurel : les personnages ;

L’ennui à leur sujet, est qu’ils semblent en être restés au stade de la caractérisation, lorsque l’univers de J.K. Rowling exigeait d’eux une certaine complexité / versatilité cinématographique, pour accompagner les multiples pistes proposées par le script. Il ne s’agit pas ici de l’interprétation, les acteurs ressortant tous comme excellents de par leur aptitude à tenir de A à Z des rôles sans véritable nuance (mention spéciale à  et à Colin Farrell). Ce que nous voyons à l’écran et qui résulte plutôt d’une direction d’acteurs trop concentrée sur l’illustration d’un scénario, ce sont plutôt des personnages résolument unidirectionnels et par conséquent vite agaçants, lorsqu’une certaine confiance de la part du réalisateur en la capacité des acteurs à donner vie à autre chose qu’une caricature, aurait pu bénéficier à l’ensemble.

Avec la direction artistique, il y avait de nombreux aspects à exploiter à travers le contexte, le New York des années 30. Politique, progressisme, immigration, racisme, avancées technologiques, période d’avant-guerre, crise économique… De même que dans l’univers magique, il y avait moyen de faire interagir ce « nouveau monde » avec  » l’ancien monde » – celui d’Harry Potter… En plus d’y développer de nouveaux éléments. Bref : la promesse d’une direction artistique mêlant « U.S.A. des années 30 » VS « magical world » était un postulat exceptionnel…

Pourtant, rien de cela ne prend jamais vie, car tout est survolé. L’univers magique n’interagit pas avec le contexte et vice versa ; la direction artistique ne corrobore pas ni n’accompagne l’histoire. Les détails sont nombreux mais n’alimentent aucune cohérence d’ensemble, c’est en gros beau et fouillé, mais cela n’a pas vraiment de sens.

« La direction artistique et l’imagerie numérique peinent à représenter le « fantastique » promis par le titre. »

Le plus dommageable restera peut-être l’incapacité du film à représenter ce « fantastique » promis par le titre. Un problème qui s’étend de toutes façons, largement au-delà de la franchise Harry Potter ;

Revenons deux secondes à 2009, et à Avatar.
Avec le film de , les départements artistiques de l’industrie cinématographique ont subitement réalisé que la technologie était suffisamment avancée pour représenter de façon réaliste, N’IMPORTE QUOI. Si cette véritable révolution fut minimisée par le discours s’attardant sur le manque de prises de risques du scénario, on peut toutefois observer son impact, très négatif, sur la quasi totalité des films qui tenteront comme Avatar, de représenter le merveilleux via l’imagerie numérique. Négatif, car aucun n’y parviendra, chaque film tentant de reprendre avec moins de pertinence les caractéristiques artistiques de ses prédécesseurs, et à l’arrivée, un sentiment d’uniformisation du fantastique, de film en film.

Hormis l’Obscurus, sorte de fumée noire à la Lost qui réussit à être fantastique de par sa nature indéfinissable, LES ANIMAUX FANTASTIQUES ne déroge pas à la règle de l’imagerie numérique dégueulasse mais quelconque, quoique son univers ait le mérite d’être vaste. Comme presque toujours, ce « merveilleux », cet « extraordinaire », n’est qu’une fusion entre deux ou trois choses ordinaires pour un résultat aussi peu crédible que visuellement gerbant – d’autant plus lorsque l’on en fait quelque chose de vivant.
Par extension, Si les fameux « animaux fantastiques » ne fascinent jamais, comment amener le spectateur à s’intéresser à leur histoire ? Et si l’histoire n’est jamais intéressante (alors qu’elle devrait l’être !), où trouver l’intérêt du film ?

Finalement, c’est du côté de la nostalgie que nous trouverons ce qu’il manque aux personnages, à la mise en scène, et à la direction artistique. Car oui, il y a une immense joie à se re-retrouver dans ce monde magique qui a accompagné notre enfance / adolescence / adulescence… Cette même nostalgie qui nous incite à ne pas totalement critiquer le film, bien qu’on n’y ait vu pas grand chose fonctionner en dépit de ses nombreuses qualités indépendantes.

Dans l’ensemble, tout cela biaise notre plaisir devant ces ANIMAUX FANTASTIQUES, alors que tous les éléments semblaient s’être alignés pour obtenir un film génial. Celui-ci déçoit pourtant, tout en s’affichant comme l’un des blockbusters les plus stimulants du moment, par son incroyable richesse.

Paradoxe, quand tu nous tiens…

Georgeslechameau

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