L’histoire : des histoires d’amour tragiques et des destinées s’entremêlent dans Madrid.
Un cinéaste et ses deux amants, sa sœur. Puis, comme d’habitude, de nombreux autres personnages gravitent autour de ce quatuor. Tous bénéficient d’une certaine consistance malgré leur moindre importance.

L’introduction du film est intéressante : la scène signature d’ Almodóvar (une scène de sexe assez explicite) est également une triple mise en abîme. Un mouvement masturbatoire dans le mouvement masturbatoire, dans le mouvement masturbatoire… Est-ce un aveu de la part Almodóvar ? comme pour nous dire qu’il souhaite faire un pas en arrière, concernant des thèmes déjà explorés… Ou nous avouer qu’il aime nous provoquer, dans notre bien-pensance, bousculer nos convictions en termes d’identité sexuelle… Qui sait. En tous cas, c’est une mise en bouche réussie.
Bref, passée cette scène plutôt génialement mindfuck (en plus d’être extrêmement sensuelle), commence le film. Par un arrêt sur image bien plus significatif qu’il n’en à l’air : LA LOI DU DÉSIR.

Donc, cette fameuse loi du désir promettait un film sulfureux ou les sentiments et la passion régissent les actes des personnages. C’est exactement le cas, et c’est également le défaut du film : pour une fois, l’histoire manque en partie, d’originalité. LA LOI DU DÉSIR n’est au final, qu’un vulgaire triangle amoureux, sans plus de surprises que celles qu’on imagine. Jalousie et tromperies, violences, sexe, abandon : cette partie de l’histoire est centrale… Mais heureusement, autour du trio, gravite une galerie de personnages passionnants, comme seul Almodóvar sait les écrire. Ce sont eux qui dynamisent l’histoire principale, en l’agrémentant de pensées et de réflexions, en aiguillant les personnages vers des pistes inconsidérées.

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© D.R.

Ce qui passionne dans LA LOI DU DÉSIR c’est toujours et encore Pedro Almodóvar. Le réalisateur développe cette fois-ci les thèmes de la passion, ce qu’elle apporte à la créativité ; comment les émotions les plus fortes sont sources de chefs d’oeuvre.
Son amour pour les choses remarquablement écrites fait encore des merveilles. Aussi bien dans les dialogues, que dans l’écriture des personnages. Cette fois-ci, néanmoins, les personnages secondaires seront ceux qui retiendront votre attention.
Sa personnalité transforme progressivement cette histoire relativement banale en théâtre dramatique, où les aspects dérangeants voire glauques sont normalité, rendus magnifiques à qui connaît et accepte son univers.

”Si le manque d’originalité de LA LOI DU DÉSIR peine parfois à nous convaincre, Il reste un film d’Almodovar, empreint de sa personnalité, de ses obsessions.”

Comme toujours, le tabou n’en est pas un pour Almodóvar, et comme dans Matador, l’homosexualité (masculine) est une composante à part entière du scénario, et non un accessoire provoquant, ou une toile de fond. Cette frontalité est une énorme force, puisqu’elle transcende par son caractère cinématographiquement inédit (pour moi en tous cas), une histoire qui n’aurait peut être pas tant de puissance si un des rôles centraux était tenu par une femme.
Car pour une fois, celles-ci n’ont PAS de rôle dans l’histoire. Mais, si la personnalité du réalisateur est palpable dans les thèmes qu’il aborde, peut être fait-il trop appel à la caractérisation pour décrire son trio amoureux, ainsi que les trois hommes qui le composent.

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© D.R.

Comme d’habitude, le rythme du film est impressionnant, ne laisse pas de place à l’ennui. Comme toujours également, l’interprétation est au top. Antonio Banderas, parfait,  Eusebio Poncela (Le flic -légèrement gay – de Matador) également, puis Carmen Maura, femme décidément mi-muse mi-caméléon chez Almodóvar.
Certaines scènes sont absolument magnifiques, mises en scène, éclairées et sonorisées avec génie – l’intro (comme souvent), mais aussi les “interprétations” de Ne Me Quitte Pas, magiques, ou quelques plans furtifs qu’on jurerait sortis de tableaux d’ Hopper.
l’apothéose est atteinte juste avant la fin, lors d’une révélation incroyable qui redéfinit les personnages, tout en signant d’un grand A un scénario jusque là classique mais efficace.
Dans LA LOI DU DÉSIR, si Almodóvar ne nous convainc pas totalement, son film reste suffisamment empreint de sa personnalité et de ses obsessions pour rendre certains éléments peu originaux, passionnants.

 

Pedro Almodóvar : Prix Lumière 2014

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier  de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?  de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador  de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
LA LOI DU DÉSIR  de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs  de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi !  de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles  de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret  de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os  de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère  de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle  de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver  de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito  de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

Almodóvar Producteur : Avant-première
Les Nouveaux sauvages  de Damián Szifrón (Relatos salvajes, 2014, 2h02)

Pour connaître la programmation du Festival Lumière 2014 : rendez-vous ICI

INFORMATIONS
Titre original : La Ley del Deseo
Réalisation : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Acteurs principaux : Carmen Maura, Antonio Banderas, Eusebio Poncela
Pays d’origine : Espagne
Sortie : 16 mars 1988
Durée : 1h40min
Synopsis : Une réflexion sur le désir à travers les amours compliquées d’un metteur en scène.