Véritable début d’une révolution post #metoo ou simple coup d’épée dans l’eau conjoncturel… ? Il sera difficile de répondre à la question avant une bonne dizaine d’années, et même si on sait que le projet était né bien avant le mouvement, on ne pourra nier que OCEAN’S 8 tombe à pic !

Des femmes aux premiers rôles d’un blockbuster, et non des moindres (5 millions d’entrées en 2001 pour Ocean’s 11 qui lançait l’équipe Clooney, Pitt, Damon – et ce seulement en France), ça donne quoi ? Onze ans après Ocean’s 13, la team Sandra Bullock, Cate BlanchettAnne Hathaway, Rihanna et leurs copines relèvent-elles le défi d’une des franchises les plus masculines s’il en est ?

Après avoir passé 5 ans en prison, Debbie (Sandra Bullock), la sœur de Danny Ocean (George Clooney), est remontée à bloc ! Depuis sa cellule, elle a eu le temps de fignoler son projet dans les moindres détails et n’a qu’une envie, le mettre à exécution ! Son projet ? Ah oui… Rendre hommage à son frère en réalisant le casse le plus audacieux de sa vie (et accessoirement se venger de celui qui l’a envoyé en prison). Ni une ni deux, elle retrouve son associée (Cate Blanchett) et les deux femmes se mettent à la recherche d’une équipe de choc (et de charme…) ! La mission? Il s’agit de voler une rivière de diamant d’une valeur inestimable, et ça tombe bien, « le Met » de la mode, une des manifestations les plus attendues de l’année est organisée dans cinq semaines exactement ! Le compte à rebours peut commencer !Pas de surprise donc, la recette est bien celle qu’on connaît : plans des lieux, infiltrations, filature, caméras de surveillance à déjouer et vol sous haute tension… Tout y est, sauf que justement rien ne surprend vraiment, il y a peu de valeurs ajoutées par rapport aux précédents volets, à tel point qu’on s’ennuie quand même un peu… Alors évidemment c’est une franchise, et c’est normal au bout d’un moment de connaître les couplets et le refrain par cœur, d’ailleurs c’est ça qu’on vient chercher. De ce point de vue pas de déception, mais une pointe de cynisme tout de même : rythme, montage, mode d’introduction des personnages et rebondissement se succèdent dans le même ordre et selon la même orchestration que dans les précédent Ocean’s.

Le produit est clairement à bout de souffle, on ne voit plus que le squelette et c’est certainement d’ailleurs bien pour cela qu’on a voulu le dépoussiérer à coup de talons hauts, rouge à lèvres et soirée fashion… De ce coté c’est, il faut l’avouer, très réussi, le casting est à la hauteur des attentes, Sandra Bullok, Cate Blanchett et Anne Hathaway crêvent l’écran. Rihanna n’est pas en reste dans un rôle de geek rastafari et il en va de même pour les rôles secondaires, de la joaillière indienne à la mère de famille receleuse. Toutes les figures sont un mélange plutôt savoureux de clichés et de paradoxe très efficace. En terme de transfert de testostérone et d’humour, on n’aurait donc pas pu mieux faire !On regrette alors que ces dames soient cantonnées à une histoire un peu bling bling de soirée modasse… Ça manque d’originalité. On aurait aimé un vrai film à contre-courant avec des femmes qui se salissent un peu plus les mains dans des affaires un peu moins girly. Mais le glam’ c’est aussi la marque de fabrique des Ocean’s, donc cette facilité ne surprend pas vraiment. Tout comme la facilité du scénario malheureusement… Gros point faible du film.Si tous les ingrédients sont là, il en manque un pourtant fondamental : le minimum syndical de tension dramatique pour un film de braquage ! Tout héros a son opposant et toutes quêtes son lot de résistances… Pas ici. La mission est d’une facilité à couper le souffle. Aucune adrénaline, ni aucun suspense ne viendra se loger dans le petit cœur du spectateur qui regardera un certains nombre de fois sa montre tout le long du film….

On félicite donc le projet et le casting, mais il faut se rendre à l’évidence : OCEAN’S 8 n’a rien du film de braquage au féminin qu’on attendait. Il est, au mieux, porté par le vague espoir de faire revenir à la vie un format éculé à coups de botox et de fard à paupière, une bouteille à la mer jetée dans un océan de conformisme fatigué.

Sarah Benzazon

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Ocean's 8, des femmes au top qui ne sauvent pas le navire - Critique
Titre original :Ocean's 8
Réalisation : Gary Ross
Scénario : Gary Ross
Acteurs principaux : Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway
Date de sortie : 13 juin 2018
Durée : 1h50min
2.5Decevant
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