PETIT PAYS, le chaos à hauteur d’enfant – Critique

Pour son dernier long métrage, PETIT PAYS, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, Éric Barbier adapte avec talent le roman éponyme de Gaël Faye et revient sur la période trouble du génocide au Rwanda.

La vie de la famille du jeune Gaby (Djibril Vancoppenolle) va voler en éclat en cette année 1993. En effet, le couple que forment ses parents Michel (Jean-Paul Rouve) et Yvonne (Isabelle Kabano) est en déliquescence et l’annonce de leur séparation les rend très malheureux, lui et sa sœur Anna (Delya de Medina). Cette histoire familiale serait presque banale si elle ne se passait pas à Bujumbura, au Burundi, dans un contexte politique et culturel extrêmement mouvant. PETIT PAYS, du réalisateur Eric Barbier (qui avait adapté La Promesse de L’Aube de Romain Gary), est en effet l’adaptation très réussie du roman éponyme de Gaël Faye.

Notre Critique de LA PROMESSE DE L’AUBE

Le film revient sur une période sombre et soulève un coin de l’histoire assez méconnue du public français. Et l’une des qualités de PETIT PAYS est justement de très bien rappeler le contexte, permettant au spectateur d’en comprendre les enjeux du mieux possible. Quand on évoque le génocide des Tutsi pas les Hutu, on pense d’abord au Rwanda, et on oublie qu’aux côtés du président du Rwanda tué dans l’avion détruit le 6 avril 1994, déclencheur du génocide, se trouvait aussi le président du Burundi. C’est notamment au Burundi, pays frontalier, que se sont réfugiés 30 ans auparavant des Tutsi comme Yvonne, sa mère, sa sœur Eusebie revenue depuis au Rwanda et son frère Pacifique sur le point d’y repartir pour se battre.

Grâce à une brillante interprétation de tous les acteurs, PETIT PAYS offre une remarquable reconstitution des événements du génocide au Rwanda.

PETIT PAYS propose un parallèle terrifiant de l’écroulement de ses deux mondes et c’est donc au travers des yeux de Gaby que le spectateur se voit raconter cette histoire intime mêlée à la guerre civile au Burundi. Avant la guerre, déclenchée dans la foulée des premières élections démocratiques organisées dans le pays, les conditions de vie de Gaby, petit garçon malin et très observateur, étaient privilégiées. Repas préparés par le domestique Prothée, école dans la classe de Mme Economopoulos (Veronika Varga) et bêtises et retrouvailles dans un combi Volkswagen abandonné avec ses amis dont Gino, métis comme lui.

Le temps du mariage de Pacifique au Rwanda, Gaby et Ana feront aussi brièvement connaissance avec leur famille, danseront avec leurs cousines. Dès lors, le réalisateur instille très bien la sensation permanente du danger, la peur, la violence ambiante et l’agressivité des hommes armés, qui feront désormais partie de la vie des deux enfants.

Le cœur serré, le spectateur voit même se déliter la relation d’Yvonne avec ses propres enfants, qu’elle délaisse encore plus car elle les sait en sécurité auprès de leur père aimant, alors qu’elle est morte d’inquiétude pour les membres de sa famille au Rwanda. Yvonne n’a jamais voulu apprendre à ses enfants le kinyarwanda, sans doute parce qu’elle les considère elle-même trop français ou parce qu’elle n’était pas certaine de pouvoir revenir dans son pays avec eux. Pour elle, comme pour les habitants du Burundi, Gabriel est blanc puisque son père est un français blanc. Et pour les Hutu, c’est un Tutsi par sa mère et donc une potentielle victime.

PETIT PAYS décrit parfaitement l’escalade dans l’horreur et fait d’ailleurs l’objet d’un avertissement, précisant que « des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ». La mort des proches d’Yvonne au Rwanda aura un impact sans retour possible sur sa santé mentale. Une déflagration dont elle ne se remettra jamais, ne parlant plus qu’à ses morts et reprochant même à sa fille d’être encore vivante. Grâce à une brillante interprétation de tous les acteurs, PETIT PAYS offre une remarquable reconstitution des événements, provoque une empathie très forte envers chaque membre de cette famille, ainsi qu’une grande envie de (re)lire le livre de Gaël Faye et d’en apprendre davantage.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Petit Pays
Réalisation : Eric Barbier
Scénario : Eric Barbier, Gaël Faye d’après son oeuvre
Acteurs principaux : Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Isabelle Kabano, Dayla De Medina
Date de sortie : 28 août 2020
Durée : 1h53min
4
Puissant

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