Prix Erasmus+ au FIPA 2017: Bilan et Critique du film POLSKI

La 30ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels  s’est tenue à Biarritz du 24 au 29 janvier 2017.

LES FIPA D’OR

14 Fipa d’Or ont été décernés par les différents jurys Fiction, Série, Documentaire de création, Grand reportage et investigation, Musique et spectacle et Transmédia. Le palmarès complet de cet observatoire continu de la création télévisuelle qui s’attache à comprendre les changements de société et de mentalité est à lire ICI

LE PRIX ERASMUS +

Le FIPA n’était pas le seul à célébrer cette année ses trente ans… Erasmus aussi! Intégré au programme Erasmus+ depuis 2014, il s’adresse désormais à des publics plus variés et dépasse le cadre européen avec 169 pays partenaires.
L’idée est née de décerner un nouveau Prix Erasmus+ (doté de 3000 €) et récompensant  la vision créative de la Génération Erasmus et sa représentation de la jeunesse et de ses problématiques. Le jury était composé de José Manuel Lamarque, journaliste radio pour France Inter (Président), Nicolas Djurdjevic, ancien étudiant Erasmus devenu monteur vidéo pour la BBC et Sylvie-Noëlle, rédactrice pour Le Blog Du Cinéma.

 LA SÉLECTION DE 19 COURTS-MÉTRAGES DANS LA SECTION JEUNE CRÉATION

Nous avons donc visionné 19 courts métrages parmi les 29 pré-sélectionnés de la section Jeune Création. Cette section valorise le travail de jeunes réalisateurs en début de carrière, issus de 7 écoles de cinéma ou d’art, universités et instituts de formation aux métiers de l’image. Cette année étaient mises à l’honneur:

London Film School (Royaume-Uni)
– Petite Nature de Ilhan Palayret – 8’
– Dog Days de Nathan Deming – 18’

 Faculty of Dramatic Arts (Serbie)
 – Sve Je Vise Jtvari Koje Dolaze (With Many things to come) de Jelena Gavrilovic –22’ 
– Svetski Rekorderi (Backwards)
 de Nikola Zdravkovic –29’

Institut des Arts de Diffusion (Belgique)
– Les Dauphines de Juliette Klinke – 14’
– Cadillac de Pauline Roque – 27’
– Créatures de Camille Mol 22’
– Nelson de Juliette Klinke et Thomas Xhignesse –11’

Escuela Internacional de Cine y TV  (Cuba)
– Polski de Rubén Rojas Cuauhtémoc –22’

Minshar School of Art  (Israël)
– Im Efgosh Kosem de Shaked Goren –21’
– Betoch Klipot (Inside Shells) de Tomer Shushan – 24’
– Shelo Yigamer Li Halayla (Last Round) de Ziv Mamon -20’

Universidad del Cine (Argentine)
– El Pasado Roto de Martín Morgenfeld et Sebastián Schjaer –17’
– Nueva Vida de Kiro Russo – 15’
– Business de Malena Vain –19’
– Dear Renzo de Agostina Gálvez et Francisco Lezama –19’

Les pépinières européennes pour jeunes artistes
– Irgendwo Anders de Borbála Nagy – Allemagne – 15’
– Angelika de Léopold Legrand –Belgique, Pologne– 14’
– Le Park de Randa Maroufi – France, Maroc – 14’

Cette sélection a permis de découvrir des univers et une créativité qui laissent entrevoir de belles promesses pour l’avenir de ces réalisateurs. Nous avons été ému par nombre d’entre eux, parce qu’ils ont souvent donné à voir des personnages attachants, qui évoluent au sein de scénarios bien construits et d’une mise en scène ainsi qu’une image maîtrisées. Nous avons ainsi noté de nombreux points communs et des préoccupations identiques entre eux.

La jeunesse décrite apparaît un peu désœuvrée, évoluant au sein de bâtiments abandonnés, d’une couleur souvent grisâtre (Petite Nature, Le Park, Angelika). Mais cette vision s’explique aussi par le contexte historique et économique du pays d’origine des réalisateurs (Backwards,With Many things to come, Polski, Angelika). Les jeunes ont heureusement des rêves qui leur permettent de tenir le coup (le Guinness des records du plus long pédalage à l’envers de vélo de Ilija dans Backwards, la liberté procurée par la voiture de Yoemil dans Polski ou la compétition de basket de Noah dans Inside Shells). C’est aussi une jeunesse qui se cherche, tantôt mythomane, tantôt noyée dans des paradis artificiels ou les réseaux sociaux (Last Round, Dear Renzo, Le Park).

La relation avec la famille est importante, même si nous avons souvent noté l’absence des parents, morts ou séparés (Irgendwo Anders, Backwards, Cadillac, Business, Angelika). De fait, le rôle de fabuleuses grands-mères dans l’éducation des jeunes se révèle fondamental (Polski, Créatures). Trois générations sont même présentées et amènent au film un regard différent (With Many things to come). Certains parents se retrouvent aussi au centre des préoccupations des jeunes et leur font parfois honte (Inside Shells, Les Dauphines).
Quant au lien qui unit les fratries, il est toujours joliment filmé : deux frères (Dog Days, Backwards), deux sœurs (Les Dauphines) ou une sœur et son frère (Créatures, Cadillac).  L’éveil au désir et à la sexualité n’est pas en reste, parfois traité avec une certaine audace, aussi bien du côté féminin que masculin (Créatures, Nelson, Im Efgosh Kosem, Petite Nature). Le rapport à la maternité est aussi abordé subtilement (Nueva Vida, El Pasado Roto, Last Round).

Enfin, trois OVNI, dans le sens où ils offrent un cinéma différent et une image quasi-expérimentale, sont porteurs de messages forts: l’hypnotique Le Park, le poétique Irgendwo Anders et l’original Nueva Vida.

Pour des raisons évidentes d’impartialité, nous n’avons pas eu la possibilité d’échanger avec les réalisateurs présents. Les critères de choix pour récompenser l’œuvre lauréate du Prix Erasmus+ étaient multiples et plusieurs films y ont répondu. Mais, tenus au secret absolu des délibérations, nous ne pouvons hélas pas vous détailler les raisons de notre choix, qui s’est finalement porté sur Polski de Rubén Rojas Cuauhtémoc, dont la critique est à lire en suivant.
LA CRITIQUE DU LAURÉAT DU PRIX ERASMUS + : POLSKI

Il y a beaucoup d’ingrédients et de pistes dans POLSKI, premier film de Rubén Rojas Cuauhtémoc, qui le rendent à la fois touchant et puissant. Avec beaucoup de subtilité, de douceur et de non-dits, et en très peu de temps (22 minutes seulement), le réalisateur réussit le tour de force de raconter une véritable histoire et de faire passer énormément d’émotions au spectateur.

Il parvient en effet à rendre le personnage attachant, par ses liens passés et présents. Polski, c’est la marque de la voiture Fiat de son père dans laquelle montait Yoemil enfant. Il partageait ce moment avec lui pour aller à la plage. Récupérée au décès du père, POLSKI symbolise la reprise de ce lien dont on comprend qu’il a vite été arrêté. Car l’absence du père, parti refaire sa vie ailleurs, sans plus daigner donner de nouvelles, a créé un manque certain. C’est ce manque qu’a essayé de combler sa grand-mère, qui l’a élevé seule. Leur lien est fort, complice et chaleureux, et se manifeste aussi bien par des attentions que des chamailleries. La grand-mère est enveloppante, compréhensive, rassurante et forte.

Conduire la petite voiture bleue est un espoir de liberté et d’argent pour Yoemil, devenu jeune homme, et pour sa bande de copains. Enfin, essayer de conduire, parce qu’avant, il va falloir regonfler ses pneus, réparer son moteur, acheter de l’essence. Rubén Rojas Cuauhtémoc  a d’ailleurs eu la jolie idée de filmer plusieurs plans depuis l’habitacle du petit véhicule, ce qui lui donne un souffle de vie, tout en offrant un point de vue différent. On voit en effet Yoemil s’affairer autour de la voiture, se mettre en colère lorsqu’elle ne démarre pas, espérer lorsqu’elle bouge enfin. Car on est à Cuba, et là-bas, la débrouille et l’entraide remplacent le manque d’argent.

Car à travers l’histoire du jeune homme, c’est la réalité de Cuba qui est racontée, dont le poids historique et le contexte économique influencent tellement la jeunesse. Pour qui connaît l’île, chaque image lui rappellera sa singularité,  son authenticité, son ambiance, ses clins d’œil historiques et politiques, ses vieilles automobiles des années 50 qui tombent en panne sur le bord de la route, la solidarité qui existe entre ses habitants, sa musique. Pour qui ne connaît pas Cuba, POLSKI lui ouvrira sans aucun doute le regard, et l’aidera à comprendre que le rêve d’un ailleurs tout en restant dans l’île, est possible. Ode faite à Cuba, POLSKI est un film poignant et plein d’humanité, qui trotte longtemps dans les méandres de notre cerveau.

Le FIPA et l’Agence Erasmus+ mettent à disposition le film POLSKI :

En résumé, participer au jury Erasmus+ a été une très chouette expérience et nous souhaitons une longue vie à ce nouveau prix !

Sylvie-Noëlle

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