Les rues de Lille sont aux couleurs de Séries Mania. Un bus d’accueil sur la place de l’Opéra, des affiches violettes partout et beaucoup de monde. Retour sur cette première journée où l’on a pu découvrir deux séries de format court et les deux premiers épisodes de la série britannique FLACK en présence de son interprète et co-productrice, . Trois séries qui ont en commun de mettre en scène des personnages qui n’ont pas la langue dans leur poche !

PEOPLE TALKING (Gente hablando) d’ (Espagne)

Ce premier programme de formats courts a démarré avec une série espagnole avec comme fil conducteur un dialogue entre deux personnages. Le créateur Álvaro Carmona explique d’ailleurs en introduction à la séance, que ce qu’il aime le plus dans les séries sont les scènes de confrontation entre deux personnages. Dans un décor minimaliste, chaque épisode de huit minutes met en scène des saynètes à deux voix : un rendez-vous Tinder, une requête à un prêtre pour le moins inattendue, une discussion parentale sur l’avenir d’un enfant ou une visite d’un voisin pas tout à fait courtoise.

© Atresmedia 2018

Ce qui touche autant qu’amuse dans PEOPLE TALKING, c’est la sincérité avec laquelle les personnages prennent la parole. Partant d’une situation plutôt banale, la série tourne vite au dialogue idéal, à la répartie parfaite, et fantasme avec humour ce que la bienséance nous empêche de dire réellement. Ainsi dans le tout premier épisode également interprété par son créateur et scénariste, un homme se retrouve accoudé au bar avec une femme qu’il a rencontrée sur Tinder. Sauf qu’il ne la reconnait pas physiquement. Discrètement il lui dit qu’il doit vérifier un message sur son téléphone mais la femme le coupe : « si tu veux vérifier ma photo, ce n’est pas la peine, ce n’est effectivement pas moi ! ». Au lieu de continuer à mentir, la femme lui avoue directement qu’elle a utilisé une autre photo pour attirer des hommes. « En même temps, tout le monde ment un peu sur Tinder, non ? ». Alors qu’est ce qui, est plus important ? De tricher sur son avatar ou de se  rencontrer pour de vrai en oubliant ces échanges virtuels mensongers qui servent de préliminaire ? Les dialogues sont enlevés et ont de réjouissant le fait de ressembler de très près à ce qu’on aimerait dire dans pareille situation mais qu’on ne dit jamais.

STATE OF THE UNION de (Royaume Uni)

Le deuxième programme est écrit par Nick Hornby et réalisé par qui a déjà adapté Hornby avec High Fidelity en 2000.  Ici aussi, on est dans un format très court (10 minutes) impliquant deux personnages et un décor minimaliste. STATE OF THE UNION est l’histoire d’un couple qui, pour se relever de la crise qu’ils traversent, suivent une thérapie. Chaque semaine ils se retrouvent dans un pub avant leur séance pour débriefer ensemble de ce qu’ils vont pouvoir et vouloir aborder. Les dialogues sont vifs, piquants et tragiquement drôles. D’après Tom, s’ils en sont arrivés là c’est bien à cause de Louise et de son infidélité. Mais pour Louise, son aventure n’est que le résultat de l’échec de leur couple et de leur absence de sexualité. Chacun voit midi à sa porte et les échanges soulignent parfaitement les désaccords et les dysfonctionnements finalement très universels de leur mariage. Au fil des épisodes, on comprend davantage quel couple ils formaient et ce qui a pu les éloigner. On ressent aussi ce qui les relie et les pousse à se battre même si parfois Tom semble baisser les bras, ce que ne manque pas de relever Louise quitte à lui casser (le bras). Les petites lâchetés, les faiblesses, les coups bas comme les preuves d’amour flagrantes se ressentent à travers des dialogues particulièrement affûtés qui abordent aussi des questions très actuelles comme le Brexit, le désir dans le couple (comparé à un stylo ou des clés qu’on aurait égarées) ou la responsabilité de chacun dans le désamour qui nous pend au nez. Quatre premiers épisodes à la hauteur qui donnent envie de découvrir les six autres de cette mini série.

FLACK d’Oliver Lansley avec Anna Paquin (Royaume Uni)

Voilà une série qu’on attendait de pied ferme dans la sélection Panorama international ! FLACK dresse le portrait de Robyn, femme aussi déjantée que paumée. Robyn travaille pour une agence de relations publiques et gère des situations de crises pour des célébrités. Elle intervient pour soigner l’image de ses clients et les sortir d’impasses ou éviter les rumeurs désastreuses liées à l’overdose d’un amant de passage ou aux infidélités multiples d’un chef cuisinier. Robyn gère tous ces « challenges » comme elle préfère les appeler avec une facilité déconcertante. Mais quand il s’agit de sa propre vie, elle ne gère plus grand chose, ment sans merci, sniffe de la poudre dès que possible, s’enferme dans les toilettes pour prendre la pilule en cachette de son petit ami avec qui elle est censée faire un enfant et fait passer son beau frère pour un porn addict juste pour se couvrir.

Anna Paquin connue notamment pour X men et True Blood, était à Lille pour présenter en avant-première cette série créée et écrite par Oliver Lansley (présent également). Si la tonalité trash s’avère souvent drôle, on reprochera néanmoins à la série d’être un peu trop caricaturale notamment au travers de ses personnages secondaires comme celui d’Eve, la collègue de Robyn, narcissique, pédante et cynique qui, certes donne lieu à des bonnes punchlines, mais ne permet pas de s’identifier aux personnages et donc de s’y attacher. FLACK est “too much“, et on aurait aimé se reconnaitre davantage dans le déploiement des aventures de son héroïne. On pense parfois à une autre série anglaise, FLEABAG, et on regrette son ton plus authentique. FLACK grossit trop le trait et ce portrait entre immoralité et irrévérence finit par ne plus être si drôle. Pourtant Anna Paquin est formidable tout comme le reste du casting, l’écriture est enlevée mais le tout manque de naturel sans pour autant relever du registre de la comédie pure. Après avoir découvert les deux premiers épisodes, pas si sûre d’avoir envie de continuer à suivre les aventures de Robyn et ses acolytes.

Anne Laure Farges

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