Troisième journée au Festival Séries Mania et déjà de belles pépites et une grosse claque. D’Israël à la Croatie en repassant en Angleterre (décidément très représentée cette année et en grande forme), on a pu découvrir trois séries qui ont en commun de nous tenir en haleine sans être pour autant des séries policières. Retour sur ces trois mini séries qui derrière ses personnages dévoilent chacune une facette sombre de leur pays.

JUST FOR TODAY, une série israélienne par Nir Bergman

Comment se réinsérer dans la société quand on sort de prison ? Tel est le point de départ de JUST FOR TODAY, série israélienne écrite et réalisée par Nir Bergman (Broken wings). Les deux premiers épisodes présentés samedi soir en présence de son créateur et dimanche matin dessinent déjà bien les contours humanistes de la série teintée de  suspense. JUST FOR TODAY est en compétition officielle.

Dans une maison de transition gérée par Anat et ses collègues, d’anciens détenus en semi liberté attendent de voir leur sort se sceller. Vont-ils pouvoir reprendre une vie normale ou retourner à la case prison ? Aidés par les assistantes sociales qui se démènent pour leur trouver un emploi, ils doivent faire preuve d’un comportement irréprochable, pas toujours simple à tenir quand leur passé les rattrape. Un jour réapparait Niko, un ancien détenu dont Anat s’était occupée. Bouleversée de revoir cet homme qu’elle a aidé, aimé et trahi, Anat lui cherche une place dans un autre centre.

Photo du film JUST FOR TODAY

© Guy Raz

Filmé avec des couleurs froides et hivernales, loin des plans gorgés de soleil que l’on a l’habitude de voir dans le cinéma israélien, JUST FOR TODAY fascine immédiatement par son atmosphère sombre et prenante, servie par une mise en scène efficace, une belle photographie et la présence charismatique des acteurs. Le premier épisode revient sur la rencontre entre Anat et Niko quelques années plus tôt. Anat surinvestie dans sa fonction cherche par tous les moyens à éviter le retour en prison de Niko. Elle l’aide jusqu’à risquer sa propre vie et tous deux finissent par s’avouer leur amour. Mais quand elle découvre qu’il replonge dans son univers de dealer, elle n’hésite pas à le dénoncer.

A priori, le pitch pouvait laisser croire à une série psychologique et sociale plus qu’à un polar. Or JUST FOR TODAY est un peu de tout cela. Il mêle les genres avec habilité et captive par l’alternance des récits tantôt drôles (les scènes de débat entre les détenus sont vraiment drôles), tantôt dramatiques et parfois anxiogènes. La série repose principalement sur les personnages de Anat et Niko dont la relation d’amour impossible n’a certes rien de nouveau mais est magnifiquement incarnée et poignante. La série raconte aussi la difficile rédemption dans des sociétés qui ne pardonnent pas facilement. JUST FOR TODAY est encore en cours de tournage, on ne sait pas qui la diffusera en France mais on espère la retrouver prochainement sur nos écrans.

SUCCESS de Danis Tanović

Développé par le pôle européen de la chaine HBO, SUCCESS tourne autour de quatre personnages dont le destin se retrouve scellé par un même accident. Réalisé par le réalisateur croate Danis Tanović (No man’s land), SUCCESS dresse un portrait captivant de personnages en proie à une fâcheuse coïncidence qui les mène vers un changement irrévocable. La série est projetée dans la sélection Panorama international.

Difficile de résumer ces deux premiers épisodes découverts lundi matin sans spoiler et gâcher la surprise de l’intrigue. SUCCESS démarre par ce qu’on croit d’abord être un one man show. Un homme seul sur scène commence à raconter comment sa rencontre avec trois personnes a changé sa vie de façon radicale. S’il est là sur scène, tel un gourou, c’est donc pour partager les clés de son succès. On découvre les récits entremêlés des différents protagonistes avec un mélange d’inquiétude et d’impatience. On sait que ces quatre-là vont se rencontrer, on ne sait en revanche pas quel évènement va les réunir. Les quatre personnages viennent à priori d’univers très différents, ont des métiers et des classes sociales également différentes mais sont peut être plus liés qu’ils ne le croient. L’un est un architecte renommé au succès florissant, sur le point de bâtir un grand projet immobilier non sans risque. Il se réveille un matin plein de scrupules et décide d’abandonner ce projet lucratif mais vide de sens. L’autre est menacé d’expulsion à causes de difficultés financières. Blanka est une jeune femme amourachée du fils d’un caïd et la dernière travaille dans une banque et se retrouve victime d’une agression pas si gratuite que cela.

Photo du film SUCCESS

Success de Danis Tanović

HBO a parfaitement compris que les Balkans avaient un réel potentiel sériel. En installant des antennes HBO en Europe de l’est, la chaine américaine a parié sur des talents locaux. Ils ont lancé un concours de scénario qu’a remporté un jeune inconnu fort talentueux,  Marjan Alčevski. SUCCESS était né. La réalisation a été confiée à un autre talent, plus connu cette fois, Danis Tanović oscarisé en 2002 pour No man’s land (meilleur film étranger). Cette série noire offre également un regard sur la Croatie contemporaine à la fois réaliste et crépusculaire. Une série à suivre.

THE VIRTUES de Shane Meadows

Alors que son fils part vivre en Australie avec sa mère, un homme brisé par un lourd passé décide de retrouver sa soeur qu’il n’a pas vu depuis 30 ans. Porté par l’exceptionnel Stephen Graham (Al Capone dans Boardwalk empire), THE VIRTUES est une mini série de quatre épisodes en compétition officielle à Séries Mania.

On avait découvert Shane Meadows en 2007 avec son percutant This is England qui racontait le parcours d’une jeune gamin embarqué chez les Skin Heads dans une Angleterre brisée par la politique de Margaret Thatcher. On attendait donc beaucoup de THE VIRTUES co-écrit à nouveau avec le brillant Jack Thorne (scénariste de Skins et Shameless) et on n’a pas été déçus, si ce n’est de ne pas avoir pu le découvrir en entier !

Photo du film THE VIRTUES

The virtues de Shane Meadows

Joe est en voiture avec son collègue de chantier qui le ramène chez lui après leur journée de travail. Il a le regard perdu, semble déjà loin, prêt à se perdre davantage dans l’alcool qu’il ingurgitera dans quelques heures. Mais avant cela, une soirée d’adieu l’attend chez son ex-femme et son fils. Ils décollent le lendemain pour l’Australie. La scène de repas annonce déjà toute la force de ce qui va suivre dans sa façon de déployer un récit envoûtant autant que bouleversant. Son ex-femme et son conjoint sont bienveillants à l’égard de Joe dont on comprend très vite les failles et la fragilité. La caméra mobile filme les visages de très près, passant d’un personnage à l’autre en un même plan, rendant ainsi compte d’une réalité prise sur le vif.

On retrouve ce filmage documentaire dans la scène de pub qui suit où Joe paie à tout le monde des tournées jusqu’à être ivre mort. Shane Meadows traduit formidablement l’intériorité de Joe à travers cette scène où l’ivresse l’emporte un instant sur la détresse, où les amitiés de comptoir consolent et où soudain le passé nous rattrape sous la forme de flashs mémoriels hallucinatoires. Effet de la coke, de l’alcool ou d’un traumatisme ? Le réveil est dur et Joe décide enfin de faire un grand pas direction Belfast où vit sa soeur qu’il n’a pas revue depuis plus de 30 ans.

Interprété par une infirmière que Shane Meadows a rencontrée dans un pub et qui avait toujours rêver de devenir comédienne, le rôle d’Anna est incroyablement fort aussi. La fratrie enfin réunie donne lieu à une émotion contagieuse mais pas mielleuse et les scènes familiales, toujours filmées avec ce souci de véracité, sont très intenses. Stephen Graham est absolument renversant et porte à lui tout seul cette mini série qui est pour l’instant notre coup de coeur de la sélection officielle. Ajoutez à cela une BO décapante signée PJ Harvey et vous ne serez pas loin de la perfection.

Anne Laure Farges

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