Pour vous aider à faire votre choix dans la multitude de séries B engendrées par le cinéma d’exploitation ces cinquante dernières années, voici une sélection de films se démarquant par leur haut degré d’improbabilité, leurs fautes de goûts assumées et leurs qualités de chef-d’œuvres méconnus.

Dans un monde ravagé par l’apocalypse, The Kid, un jeune garçon passionné par les bandes dessinées survit à l’hiver nucléaire en échangeant contre un peu d’eau, les objets qu’il trouve dans les ruines des Terres Désolées. En trouvant dans ses ruines, un étrange costume, il se voit offrir l’occasion de devenir un héros.

Comme le mokaccino naquit de l’union du moka et du capuccino, le sympathique projet de TURBO KID put voir le jour grâce à l’alliance de deux fières nations : le Canada et la Nouvelle-Zélande. Un mariage heureux à en croire la robustesse et le charisme du rejeton, assumant son potentiel de fun en se montrant à ce niveau-là, l’une des productions les plus généreuses de ces dernières années. Passé hélas un peu inaperçu face au Kung Fury de David Sandberg, TURBO KID jouait pourtant peu ou prou avec les mêmes ficelles des films de vidéo-club à l’esthétique eighties, aujourd’hui plus trendy que jamais. A une notable différence : ce long-métrage foutraque bricolé par une bande de potes n’est pas simplement un exercice de style, une prouesse technique enrobée de marketing grind house, post modern, nosalgico-rétro-futuro-je ne sais quel autre qualificatif. Non, TURBO KID a été pourvu à la naissance d’un organe de taille spectaculaire : son cœur. (promis , c’est la dernière fois le cœur l’emporte sur les autres organes).

Turbo Kid

“Les traces rouges sur le mur, c’est de la peinture, à votre avis ?”

Dans la première sélection série B, j’évoquais TerrorVision, cas remarquable de comédie qui utilise judicieusement les codes du nanar en y apportant sa vision punk du divertissement familial. TURBO KID joue et gagne grâce à la même imposture : si on pense au début qu’il s’agit d’une simple parodie de post-nuke ensablé façon ersatz dégénéré de Mad Max à la mode du cinéma bis italien, on découvre que l’intérêt du programme provient plutôt de son récit initiatique destiné à un héros adolescent, qui pourrait tout aussi bien sortir d’Explorers de Joe Dante que de l’actuelle série Stranger Things. Un héros spielbergien trop maladroit et trop optimiste pour survivre dans un monde où le méchant est joué par Michael Ironside (c’est vous dire si ça calme les petits malins).

« Turbo Kid réussit à nous convaincre en dépassant le simple plaisir du pastiche esthétique, et en nous présentant des personnages sincèrement attachants. »

Le décalage entre naïveté des personnages, se déplaçant en vélos cross comme les gamins des eighties, et la violence du monde ravagé livré aux mains de truands sanguinaires, représentait clairement une bonne idée de court-métrage, qui aurait alors servi de cartes de visite pour ses jeunes réalisateurs, ainsi qu’à tout ceux ayant participé à la direction artistique, qui prouve que budget modeste n’empêche pas le foisonnement d’idées dans les costumes, décors et accessoires. Mais TURBO KID réussit à s’installer sur sa durée de long-métrage en dépassant le simple plaisir du pastiche esthétique, le simple jeu de réappropriation d’idées nanardesques, en nous présentant des personnages sincèrement attachants.

Là encore, le trio de cinéastes François SimardAnouk Whissell et Yoann-Karl Whissell utilise le décalage comme ressort humoristique, puis émotionnel dans un second temps. Lors des scènes où les deux réalisateurs s’amusent avec le gore torrentiel dont les années quarante-vingt avaient le secret, paradoxalement nos héros n’apparaissent que plus fragiles, et donc plus touchants, en particulier Apple l’éternelle enthousiaste, mélange de grâce et de folie cartoonesque incarnée par Laurence Leboeuf, dont j’espère retrouver très bientôt le génie sur grand écran. L’Amitié, dernier rempart humaniste dans un monde nihiliste où les querelles se règlent à coup de scie circulaire… Qui l’eut-cru ?

Arkham

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