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Premier Contact est l’un des plus grands chocs cinématographiques de 2016. Qu’on l’ait aimé ou non, il ne laisse pas indifférent, et soulève d’importantes questions.

La force du film (qui a d’ailleurs fait l’unanimité au sein de la rédaction), est que malgré son genre qui appelle souvent a du grand spectacle, PREMIER CONTACT est avant tout un film intimiste, sur l’humanité et ses plus grands thèmes; la communication, le langage, la mort, l’avenir.
Réalisé par Denis Villeneuve, le film raconte comment Louise Banks (Amy Adams), une linguiste, est engagée par son gouvernement pour comprendre les motivations d’un groupe d’aliens arrivés sur Terre, en étudiant leur langage. Le cœur intimiste du film est sublimé par sa scène finale, bouleversante et profondément marquante, centrée sur le personnage de Louise.

[ATTENTION GROS SPOILERS SUR L’INTRIGUE DU FILM]

Avant de rentrer dans le vif du sujet, voici une petite remise en contexte.
Pour Louise, avoir étudié et compris le langage des aliens a eu pour conséquence de restructurer sa perception du temps, désormais non plus linéaire, mais « simultanée » : Louise a des visions de son futur. Plus encore, elle vit véritablement certains éléments de son futur dans le temps présent.
Les flashbacks insérés tout au long du film et ce dès la première scène, ne sont donc pas ce que l’on croyait être des souvenirs de la vie et de la mort de sa fille, mais sont en réalité des visions de son avenir.
Ainsi, Louise aura une fille, Hannah, avec Ian (son collègue mathématicien). Adolescente, Hannah mourra d’une maladie incurable. Ian quittera Louise peu après, quand il apprendra qu’elle le lui avait caché. La scène finale commence après le départ des aliens, quand Ian avoue à Louise que la meilleure chose qui lui soit arrivé « n’a pas été de les rencontrer [les aliens], mais de la rencontrer elle ».

PREMIER CONTACT : LA SCÈNE FINALE PARTIE 1 (VO)

Louise se trouve alors à un point charnière de sa vie, là où rien n’est joué et où tout se joue, et deux options semblent s’offrir à elle (a-t-elle vraiment le choix ? nous en rediscuterons un peu après…) : suivre son désir de fonder un foyer avec Ian avec tout ce que cela implique – l’arrivée d’Hannah, les années de bonheur qui en découlent, la maladie incurable de sa fille suivie de sa mort, et la rupture avec Ian – ou bien refuser tout ceci, et “protéger” Hannah en ne la laissant pas exister.

« Même en connaissant le voyage et sa destination, je l’accepte, et j’en accueille chaque instant »
annonce Louise en voix-off.

Pour Louise, une vie sans Hannah n’est plus concevable. Hannah naîtra. Louise accepte son propre destin et celui de sa fille.

PHOTO de Premier Contact
Le montage d’un film est tout un art, permettant de faire passer des émotions grâce à un enchaînement de plans subtilement choisis parfois avec très peu de dialogues. Dans cette scène, Villeneuve et son chef monteur Joe Walker alternent des plans du présent (Louise et Ian qui se rapprochent et finissent par s’étreindre), avec des flashs-forward montrant leur vie future, l’arrivée de leur fille, et tous les moments de bonheur qui en découleront. Comme pour justifier le choix de Louise, certes, tout cela se terminera dans la souffrance et dans la tristesse… mais Hannah aura vécu, et bien vécu. Oui, Louise traversera de lourdes épreuves, mais elle aura eu une fille.

L’une des grandes questions que soulève le film, et en particulier cette scène, est de savoir si Louise a vraiment le choix : est-ce que, étant donné les visions qu’elle a de son futur, sa vie ne serait-elle pas déjà définie, sans pouvoir de la changer ? C’est une question complexe et chacun aura son propre avis sur le sujet… Mais dans la nouvelle dont le film s’inspire (Story of Your Life), l’auteur, Ted Chiang, tente de donner des éléments de réponse. Pour lui, la question n’a pas de sens, et Chiang voit la situation comme ceci : le principe de libre arbitre n’est défini que dans une perception du temps séquentielle (chronologique).

« Ce qui me permettait d’user de ma liberté de choix m’empêchait aussi de connaître l’avenir. Inversement, à présent que je connais l’avenir, jamais je ne tenterais d’agir à son encontre », nous dit Louise dans la nouvelle.

PREMIER CONTACT : LA SCÈNE FINALE PARTIE 2 (VO)

Pour mieux nous le faire comprendre, l’auteur prend l’exemple d’un saladier sur une étagère qui viendrait subitement à tomber ; le premier réflexe intuitif d’une personne est de mettre ses mains en avant pour l’empêcher de tomber, c’est un geste instinctif, auquel on trouve normal d’obéir. De la même manière, Louise serait attirée par son futur, qu’elle accepte ainsi pleinement.

Parler de cette scène, et du film en général, serait impossible sans parler de celle que Denis Villeneuve décrit comme “sa muse”, Amy Adams. Sa performance dans le rôle de Louise, personnage pourtant loin d’être bavard, est exceptionnelle: il lui permet de prouver qu’elle est l’une des actrices les plus douées que le cinéma ait pu nous montrer. Présente dans quasiment tous les plans du film, Amy Adams nous fait passer les émotions les plus intenses et les plus subtiles, notamment par les expressions de son visage (et en particulier de ses yeux). L’exemple le plus parlant est sans doute celui du tout dernier plan du film, où Louise et Ian finissent par s’étreindre, et où la caméra nous montre Louise de face, son regard exprimant une profonde joie mêlée d’une profonde tristesse; connaissant son futur et celui d’Hannah, Louise ne sera jamais vraiment heureuse, mais le bonheur de sa fille l’empêchera d’être malheureuse. Par son jeu et par ses yeux, Amy Adams fait transparaître une véritable “tempête sous un crâne”, et tout le paradoxe de cet instant.

PREMIER CONTACT : LA SCÈNE FINALE PARTIE 3 (VO)

Le choix de la musique, enfin, est intéressant. Villeneuve utilise pour les première et dernière scènes un morceau n’appartenant pas à la bande originale de son film composée par Jóhann Jóhannsson. Le film s’ouvre et se termine ainsi sur On the Nature of Daylight de Max Richter (compositeur de l’excellente BO de The Leftovers), aux accents profondément mélancoliques, presque tragiques.
Ces deux scènes se font donc écho par la musique et par les images (la scène finale commence par le même plan que la première scène), et s’inscrivent dans la symbolique du palindrome (« qui peut être lu dans les deux sens ») présente tout le long du film : le prénom « HannaH » d’abord, la non linéarité du langage des aliens, et surtout la non linéarité de la perception du temps qu’a Louise.

Avec PREMIER CONTACT, Denis Villeneuve fait ainsi un début marquant dans le genre de la science-fiction. Cela n’annonce que du bon pour son prochain film, la suite de Blade Runner (intitulée Blade Runner 2049, au cinéma en octobre prochain).

Matthieu Barthe

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Ewshut
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Ewshut

Remarquable analyse et remarquable film