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HER est un film écrit et réalisé par Spike Jonze, sorti en 2013. Son scénario (Oscar du meilleur scénario original) aborde avec intelligence de nombreux thèmes de société tels que la solitude, la place des technologies dans nos vies ou l’importance des relations humaines. Chacun peut ainsi se retrouver dans les personnages du film et en tirer des enseignements sur sa propre vie.

Cette analyse de la scène finale de HER nous permettra de revenir sur certains moments-clés du film, et sur les thèmes qui y sont abordés.

[Spoilers sur l’intrigue du film]

D’abord, un petit rappel de l’intrigue de HER et du contexte de la scène. L’histoire se déroule dans un futur proche. Théodore Twombly (Joaquin Phoenix) est récemment séparé de sa femme Catherine (Rooney Mara), se sent seul et ne trouve pas sa place dans la société. Il tombe amoureux de Samantha, un « OS » : une intelligence artificielle ultra développée (la voix de Scarlett Johansson). Leur relation se développe et donne enfin un sens à la vie de Théodore. Cependant, ce dernier apprend à la fin du film que Samantha parle en réalité à des milliers de personnes simultanément. Elle a également des relations amoureuses avec des centaines d’entre elles, ce qui brise le cœur de Théodore.

La scène finale commence après le départ de Samantha dans « un espace au-delà du monde physique » (sic) ; Théodore est de nouveau seul. Ce dernier rend visite à Amy (Amy Adams), sa voisine et amie très proche, elle aussi laissée de côté par son amie OS. Les deux se retrouvent autour de leur solitude sur le toit de leur immeuble. Dans le dernier plan du film, Amy pose tendrement sa tête sur l’épaule de Théodore.

Avant tout, HER est un film sur la solitude. Sa scène finale représente l’aboutissement du long chemin qu’a suivi Théodore pour en sortir. Comparons par exemple le premier plan du film (première photo ci-dessous) avec le dernier (deuxième photo):

Premier plan de Her

Dernier plan de Her

Le film commence sur le visage de Théodore, en plan très rapproché. Théodore écrit une lettre d’amour pour un de ses clients face à son écran. La très faible profondeur de champ (le flou derrière lui) le présente comme totalement isolé du monde extérieur. A l’inverse, la dernière image du film nous montre Théodore filmé en plan très large, face à la ville, accompagné d’Amy qui pose sa tête sur son épaule. En plus d’être un véritable tableau, ce plan est riche en significations: Théodore s’est ouvert au monde et aux autres. Il est sorti de la solitude qui était la sienne. Il a retrouvé la paix et la joie intérieure qui lui manquaient. Intéressons-nous donc plus en détail à cette transformation et à ce que veut nous enseigner Spike Jonze à travers la scène finale de son film.

Le premier élément majeur de cette scène est la lettre que Théodore écrit à son ex-femme Catherine, dans laquelle il rend hommage aux moments partagés avec elle. C’est la première fois que nous voyons Théodore écrire une lettre dont il est réellement l’expéditeur et où il exprime ses propres sentiments. Avec cette lettre, Théodore laisse enfin partir les regrets de la période de sa vie partagée avec Catherine. Il tourne le dos à ce passé qui le hante. Le problème de Théodore était l’idéalisation de Catherine et de sa relation avec elle : « tu voulais que je sois cette épouse parfaite, toujours joyeuse, lumineuse, optimiste et aimante » lui explique Catherine pendant le film. Les flash-backs qui nous montrent tout au long du film les souvenirs heureux de sa vie avec Catherine sont ceux d’une vie idéalisée, éloignée de la réalité. Cette obsession pour Catherine est l’origine de sa solitude : toutes les autres relations qu’il essayait d’entreprendre devenaient creuses et incomplètes.

C’est la raison pour laquelle il est tombé amoureux de Samantha, véritable projection de l’image fantasmée qu’il avait de Catherine. Samantha a été conçue pour s’adapter à lui, l’écouter, le réconforter, réorganiser sa vie. Tout en l’isolant du monde, elle est devenue son amour le plus passionnel, car centré autour de lui. Samantha représentait les désirs de Théodore, souvent opposés à ses véritables besoins (ouverture aux autres et reconnexion avec le monde). Mais plus Samantha gagnait en intelligence, plus leur amour s’effritait. Jusqu’à laisser Théodore de nouveau dans la solitude. En réalité, si sa relation amoureuse avec Samantha était vouée à l’échec, elle a eu l’effet d’une thérapie pour Théodore. Samantha lui a fait comprendre comment aimer à nouveau en prenant conscience de la nécessité de ne plus vivre dans le passé : « le passé n’est qu’une histoire qu’on se raconte à soi-même». La lettre de Théodore en témoigne.

Souvenir de la vie de Théodore, avec son ex-femme Catherine

L’autre élément majeur de cette scène est symbolisé par le somptueux dernier plan sur Théodore et Amy dont nous avons parlé un peu plus haut : rien ne pourra jamais remplacer la présence physique dans les relations humaines (mention spéciale ici au directeur de la photographie Hoyte van Hoytema).

Il manquait quelque chose à Théodore dans sa relation avec Samantha. Les flash-backs des souvenirs de Théodore sur sa vie de couple avec Catherine insistent sur le contact de leurs peaux, leurs poils qui se hérissent ou encore sur l’enfant qui leur est né : ils insistent sur le contact humain. Samantha a beau pouvoir changer Théodore, elle ne peut pas vieillir avec lui, ni fonder une famille. Elle ne peut pas partager son intimité. C’est cette intimité qui manque à Théodore : pouvoir communiquer avec un simple geste, lire les expressions de l’autre ou bien sentir la chaleur de son toucher. Dans la dernière image du film, Amy a été capable de faire ce que Samantha n’a pu faire : partager d’une certaine manière l’intimité de Théodore, être véritablement présente avec lui. Et réciproquement.

Dans son scénario, Spike Jonze ne précise pas explicitement si Théodore et Amy s’aiment. Chacun pourra se faire sa propre idée. Cependant, il insiste sur l’importance de leur présence l’un pour l’autre. Le plus grand crime de Théodore est peut être d’avoir été aveuglé par son propre malheur et d’avoir ignoré la solitude d’Amy. Spike Jonze veut nous dire que la solitude de Théodore est partagée par tout le monde. Dans une de ses conférences, Jonze affirme que « dans ce monde où nous semblons avoir tout ce dont nous avons besoin (…) et où la technologie rend nos vies de plus en plus faciles, il y a toujours cette solitude inhérente, cette isolation, cette déconnexion». Et le meilleur moyen de la surpasser est de la partager. A 2mn40s de l’extrait ci-dessus, Théodore est face à la ville, la caméra le filme en gros plan, seul, et la profondeur de champ est très faible comme d’habitude. Cependant, Théodore s’assoit et Amy entre progressivement dans le plan. La même image est répétée avec Amy, qui se situe dans la zone de netteté et Théodore, qui se situe près d’elle en arrière-plan (voir image ci-dessous). Théodore et Amy sont « seuls ensemble ». Leur compagnie est la meilleure chose qui leur soit arrivée récemment. Ces derniers plans, avec l’image finale, nous démontrent que les interactions humaines ne seront jamais remplaçables par toute forme de technologie.

Amy et Théodore

« La vie est trop courte, et tant que je suis là, je veux m’accorder des moments de joie. On se fout du reste ». Ces mots, prononcés par le personnage d’Amy au milieu du film, résument toute l’essence du message de HER : nous avons tendance à nous isoler du monde et cela mène irrémédiablement à la souffrance et à la peine. Ce sont les authentiques connexions avec notre entourage qui mènent à ces « moments de joie ».

Matthieu Barthe

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