ÉLÉONORE : rencontre avec Amro Hamzawi, Nora Hamzawi et Julia Faure

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À l’occasion de la sortie de ÉLÉONORE, on a rencontré le réalisateur Amro Hamzawi et les comédiennes Nora Hamzawi et Julia Faure, qui interprètent les deux sœurs Éléonore et Honorine.

On a rencontré, à l’occasion de la présentation en compétition au Festival du Film Francophone d’Angoulême de son film ÉLÉONORE, le réalisateur Amro Hamzawi, sa soeur Nora Hamzawi -pour laquelle il a écrit un rôle bien loin de son registre trublion d’humoriste ou de chroniqueuse dans l’émission Quotidien– et Julia FaureOn a évidemment parlé du travail d’écriture, de la façon de donner corps aux personnages et de la vie des femmes ! Une rencontre aussi sérieuse que joyeuse !  

Notre Critique de ÉLÉONORE

Amro, parlez-nous de votre projet ?

Amro Hamzawi : J’avais l’ambition de faire un film populaire et sincère. Je suis très inspiré par les films d’Alexander Payne et je trouve qu’on ne voit pas assez de films de ce genre en France. Je voulais que le film soit à la fois très graphique et chargé d’émotions. Il a été très difficile à monter, on est passé par deux producteurs et trois distributeurs malgré le fait que Nora ait du succès sur scène et que je sois déjà scénariste (du film 20 ans d’écart).

Amro, peut-on dire que le personnage de Eléonore, c’est vous ?

Amro Hamzawi : Oui c’est un peu moi, mais tous les personnages sont un peu moi… je pense que quand on écrit avec sincérité, on peut aller chercher en soi-même. C’est un film très personnel, mais pas autobiographique.

Les comédiennes Julia Faure et Nora Hamzawi, et le réalisateur Amro Hamzawi

Vous avez écrit pour votre sœur Nora ? Est-ce elle qui vous a inspiré ?

Amro Hamzawi : Oui j’ai écrit pour elle et j’avais envie de montrer des facettes d’elle que le public ne connaît peut-être pas, qu’on n’a pas vu dans son spectacle sur scène ou à la télévision. Il y a une mélancolie dans le film qu’il n’y a peut-être pas dans le reste de son travail. A travers son personnage, je voulais aussi raconter une époque, car je trouve que dans le monde autour de moi, il y a de quoi être parfois mélancolique. C’est à travers les yeux de son personnage qu’on ressent ça.

Nora, vous avez participé un peu à l’écriture ?

Nora Hamzawi : Non, pas du tout, il n’y avait aucune raison que j’y participe. On pense ça parce que c’est le film de mon frère, que ça parle d’une trentenaire et que j’ai un premier rôle. Il l’a écrit pour moi mais ce n’est pas sur mesure. Ce n’est pas forcément inspiré de moi mais je pense qu’il avait envie de me voir dans ce rôle-là. Les rôles ont été très clairs entre nous : lui écrivait et réalisait et moi j’étais sa comédienne. C’était agréable de se laisser porter et de s’éloigner de mon terreau et de mon tempo à moi.

N’y a-t-il pas eu à certains moments une tentation d’être « Nora Hamzawi » ?

Nora Hamzawi : Non pas du tout. Si on me le demandait au cinéma, ça me déplairait beaucoup parce que ce serait mauvais, et pour le film, et pour moi. Je pense que ce que je fais sur scène est fait pour la scène, parce que j’ai écrit un personnage pour raconter des choses à la première personne et mon écriture est liée au débit et à la personne que j’incarne.

A quel moment est arrivée Julia Faure (Honorine, la sœur) dans le projet et pouvez-vous nous parler de son personnage ?

Amro Hamzawi : Assez tôt, elle a été la première castée après Nora, et je n’ai rencontré personne d’autre, ça a été une évidence. Je n’ai d’ailleurs jamais fait d’audition avec les acteurs, ni fait lire de scènes. Ce sont des rencontres autour d’un café. Je voulais sentir qui j’avais devant moi, quelle était son histoire personnelle et ce qu’elle apporterait comme épaisseur humaine au personnage d’Honorine. J’ai beaucoup travaillé sur ces seconds rôles, pour qu’ils ne soient pas juste des faire-valoir et que chacun ait son propre arc et ses propres failles. Les deux sœurs ont le même traumatisme de jeunesse par rapport à leur histoire familiale et elles se sont toutes deux construites dans des chemins très différents. Là où Éléonore est ouvertement très vulnérable et dans le doute permanent, Honorine a choisi de suivre les codes et de se rassurer à travers les normes.

Ça me plaisait que ce soient des personnages féminins, comme Honorine et sa mère, qui portent les valeurs du patriarcat, je trouvais la contradiction assez jolie. J’aime en général beaucoup les contrastes, et je voulais qu’il y en ait beaucoup dans le film, comme le personnage de Harold, qu’André Marcon arrive à rendre charmant malgré son côté désagréable. Ce qui me plaisait c’est que tout oppose Harold et Eléonore en apparence, alors qu’ils ont un point commun très fort dont ils ne se rendent pas compte au début. Ils vivent tous les deux avec un deuil qui n’a pas été fait : pour elle, le rapport à la figure du père et pour lui à une figure amoureuse, amour qui est sans doute fini depuis des années, mais qu’il refuse de s’avouer.

Julia Faure : Honorine s’est raconté quelque chose qui lui permet de traverser sa vie, qu’elle a blindée de tous les côtés avec les valeurs très normées de la société auxquelles elle se raccroche : réussite financière, sentimentale, mais en apparence car on sent bien qu’elle a des failles. Elle doit montrer l’exemple à sa sœur.

Nora Hamzawi : Si Honorine montre ses failles, elle s’écroule.

Avez-vous nourri le rapport entre les deux sœurs avec votre propre rapport fraternel à Nora ?

Amro Hamzawi : On est quatre, j’ai trois sœurs, qui ont bien nourri tous les personnages féminins. Les rivalités dans les fratries ne sont pas propres à la nôtre, je me nourris aussi de ce que j’observe un peu partout chez mes amis. Ce n’est pas un film dans lequel j’ai cherché à parler de nous, ce sont vraiment les personnages qui m’ont tiré dans cette direction pendant l’écriture.

Nora Hamzawi : Amro ne reproduit jamais à aucun moment le réel, on n’est pas là pour décrire. Par contre il parle du rapport aux gens et aux choses, du regard que l’on peut sentir de sa famille sur soi.

N’y a-t-il pas la tentation de réécrire les personnages quand on rencontre les acteurs ?

Amro Hamzawi : Si un peu, je l’ai d’ailleurs fait. Plein de petites touches dans le film ont été nourries par qui les acteurs sont. Par exemple Dominique Reymond (la mère) fait de la peinture et je l’ai rajouté à son personnage. Le personnage de Chloé Saphire qui chante et que j’avais toujours perçue sur le papier comme une sirène, est incarné par Joséphine de la Baume, qui fait aussi de la musique dans la vie.

Nora, c’était comment de jouer avec André Marcon ?

Nora Hamzawi : C’était génial. Il est généreux, il aimait le projet comme tous les acteurs, qui m’ont portée avec bienveillance…même si je déteste ce mot ! Notre rapport à l’écran était un peu le même qu’à l’écran : pudique.

Que pensez-vous de celles et ceux qui disent qu’il faut être une femme pour réaliser un film sur une femme ?

Amro Hamzawi : En France, on a un peu cette tendance à confondre l’identité de l’auteur avec l’identité de l’œuvre, qui sont pour moi deux choses séparées. Ce qui était important pour moi, c’est de ne jamais être binaire, mais d’avoir des personnages féminins complexes, avec des failles et des choses qui ne se résolvent pas forcément à la fin de l’histoire. Ce n’est pas parce que l’histoire se termine que les gens doivent se réconcilier dans un happy ending. J’aime qu’il y ait de l’ambiguïté.

Nora Hamzawi : J’ai déjà lu des scénarios, souvent de comédies romantiques, dont on voit qu’ils sont écrits par un homme, car ça ne marche pas.

Julia Faure : Des réalisateurs hommes, comme Bergman, ont créé de beaux personnages de femmes complexes. Les traitements des personnages féminins sont toujours très beaux dans les bons films, jamais dans les mauvais films.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

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