Pour son premier long métrage, ÉLÉONORE, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, Amro Hamzawi offre à sa sœur Nora Hamzawi un joli rôle de vilain petit canard qui ne veut pas devenir un cygne.

Pas facile de devenir adulte, même quand on a 34 ans ! Surtout quand on a une mère (Dominique Reymond) aussi élégante que toxique et une sœur Honorine (Julia Faure) parfaite en tout ce qu’elle entreprend. Ni quand on laisse décider ces femmes omniprésentes de tout dans sa vie : avec qui se mettre en couple, quel métier exercer, quand il faut arrêter de croire qu’on a du talent pour devenir écrivain, quand il ne faut plus être dépressive et quel psy consulter.

© 2020 Ecce Films

C’est le cas d’Éléonore (Nora Hamzawi) qui, à force de recevoir critiques et conseils, ne sait toujours pas qui elle est… si ce n’est le vilain petit canard de la famille qui s’obstine à ne pas vouloir devenir un cygne. Vraie pipelette et reine des gaffes, des pieds dans le plat et de l’auto-sabotage, voire du sabotage, la jeune femme n’en n’est pas moins rendue extrêmement attachante par le réalisateur Amro Hamzawi, frère de l’actrice, dans son premier long métrage, ÉLÉONORE.

Car derrière le genre de la comédie rafraîchissante se cache une réflexion bien plus profonde qu’il n’y paraît. Grâce au parcours d’Éléonore, le réalisateur interroge ainsi subtilement sur le courage que chacun doit prendre à deux mains pour s’affranchir du regard de sa propre famille, être enfin être soi-même et trouver sa juste place.

ÉLÉONORE se révèle une tranche de vie de trentenaire plutôt réjouissante.

Mais pour y parvenir, le chemin est souvent tortueux, et les belles rencontres décisives. Ainsi celle avec Harold (André Marcon, qui livre une aussi belle prestation que dans Marguerite), patron d’une maison d’édition de manuscrits érotiques. A contrecœur, il vient d’embaucher comme assistante Éléonore, recommandée par sa mère.

Aussi différents l’un de l’autre, autant dans leur génération que dans leur façon d’être, ils vont pourtant accoler leurs deux solitudes un peu bancales et trouver un point d’équilibre improbable qui ressemble fort à une relation filiale de substitution. Car la figure paternelle de la famille est décédée lorsque les filles étaient jeunes et a manifestement manqué à toutes pour se construire.

Notre critique de Marguerite

© 2020 Ecce Films

Éléonore et Harold sont finalement à l’opposé de ce que l’image de leur genre renvoie, ce qui est source de plusieurs éclats de rire. Même si elle dit attendre le grand amour, Éléonore a en effet le comportement que l’on attend plus naturellement chez un homme : elle boit, fume, ne prend jamais aucun gant quand elle parle. Elle choisit des mecs différents tous les soirs en les jetant le plus vite possible et assume complètement son attirance envers les femmes comme la subjuguante auteure Chloé Saphir (Joséphine de la Baume).

Sous ses airs d’ours mal léché, Harold est quant à lui un grand sensible incompris, délicat, au cœur de midinette et encore amoureux de son ex. Grâce à des personnages si bien croqués qu’ils ne sont jamais détestables mais empathiques et des dialogues bien enlevés, ÉLÉONORE se révèle finalement une tranche de vie de trentenaire plutôt réjouissante.

Sylvie-Noëlle

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ÉLÉONORE, la famille, quelle plaie ! - Critique
Titre original : Éléonore
Réalisation : Amro Hamzawi
Scénario : Amro Hamzawi
Acteurs principaux : Nora Hamzawi, André Marcon, Julia Faure, Dominique Reymond
Date de sortie : 23 septembre 2020
Durée : 1h25min
3.0Rafraîchissant
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