Après la déclassification d’un certain nombre de documents secret défense sur Kennedy, on vous a sélectionné 10 films à voir autour du plus terrifiant des assassinats politiques.

Prévu pour 2029, les documents relatifs à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ont basculé dans le domaine public bien à l’avance sur décision unilatérale de Donald Trump. Objet ultime de tous les fantasmes, source d’invraisemblables théories du complot,  l’occasion était trop belle, pour ne pas dire immanquable, de vous livrer une petite sélection des films qui parcourent cet événement majeur de l’histoire contemporaine américaine comme une obsession.

Simples citations, défenses de thèses et autres reconstitutions, ce bref tour de piste ne se veut évidemment pas exhaustif mais permettra, sans doute, de tracer la marque indélébile de cet attentat dans l’imaginaire collectif. Et quel support plus adapté que le cinéma pour exorciser un tel chambardement géopolitique et sociétal dans un contexte historique miné par la chasse paranoïaque des communistes, l’installation de la guerre froide, le Vietnam et l’avènement de la contre culture des années 60/70…Et alors que le 22 Novembre 1963 ne cesse de hanter le cinéma américain depuis 1967 et le Bonnie et Clyde d’Arthur Penn , voici 10 films à voir autour de l’assassinat de Kennedy, ce gendre idéal.

JACKIE

Sorti en 2017, réalisé par Pablo Larraín, avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard et Greta Gerwig.

Certainement l’un des rares films à notre connaissance en forme de faux biopic qui s’intéresse à la première dame au tailleur rose. Si la quasi-totalité des œuvres citées ici ou plus largement au sein du Nouvel Hollywood vont davantage s’intéresser de près à la dimension complotiste des événements de Dealy Plaza, seul Jackie dessine le fracas apocalyptique traversé par les proches du Président. Bien qu’inégal et usant de gros plans putassiers des yeux rougis de Natalie Portman, Jackie trouve un second souffle dans sa dernière partie et s’envole définitivement dans un tourbillon d’émotions qui surgit, par surprise, de sa puissante marche finale.

SNAKE EYES

Sorti en 1998, réalisé par Brian de Palma, avec Nicolas Cage John Heard et Gary Sinise.

11 minutes de plan séquence en guise d’ouverture, utilisation magistrale de la demi-bonnette, rien n’est jamais trop grandiose pour le maître De Palma. Snake Eyes est considéré comme le dernier long métrage autour de JFK et règle par la même occasion plus de 30 ans de débats houleux d’une histoire qui ne finira, paradoxalement, jamais. Construit autour d’un véritable fantasme à l’heure où les caméras inondent tous les espaces  – oublions le massacre Angles d’attaque, Brian de Palma esquisse l’idée séduisante d’un puzzle vidéo où tous les points de vue seraient accessibles, exploitables et analysés comme un contrechamp omniscient du petit 8mm d’Abraham Zapruder. Et puis, surtout, Nicolas Cage y cabotine comme jamais, délicieux.

JFK

Sorti en 1991, réalisé par Oliver Stone, avec Kevin Costner, Tommy Lee Jones et Laurie Metcalf.

Il existe deux manières pour saisir les bases de “l’affaire” Kennedy en 3 heures : lire méticuleusement l’article Wikipédia ou bien s’aventurer dans ce biopic en forme de thriller plutôt didactique. Sans être le grand film d’Oliver Stone, on lui préférera Platoon, JFK délivre les clés nécessaires à la compréhension de la thèse étayée du complot dans lequel tremperait l’État major, des multinationales d’armement et la mafia. En convoquant Sidney Lumet, Oliver Stone signe un film fleuve d’une précision remarquable – tout y est – autour de toutes les incohérences qui entachent le rapport de la commission Warren alors que Jim Garrsion, le juste, se frotte à un système politique et médiatique incestueux fermement opposé à son obsessionnelle recherche de la vérité.

BLOW OUT

Sorti en 1982, réalisé par Brian de Palma, avec John Travolta, Nancy Allen et John Lithgow.

Le support audio, visuel, ou les deux, qui hanterait sous ses coutures la grande vérité est le thème fétiche de Brian de Palma. Tout au long de sa carrière, y compris dans Passion (2013), le réalisateur y reviendra sans cesse, comme si les images étaient les reflets déformés de la réalité. Cinéphile-cinéaste, Brian de Palma renvoie évidemment au Blow Up de Michelangelo Antonioni et s’approprie le matériau de base pour nous parler de Kennedy et de ce petit film d’une quarantaine de seconde qui a secoué l’Histoire. Ainsi naîtra le fantasme de cet infime enregistrement, réalisé involontairement au bon moment et au bon endroit, qui ferait vaciller les fondements même d’un pouvoir, d’un système, à la lumière de sa rigoureuse analyse.

I… COMME ICARE

Sorti en 1979, réalisé par Henri Verneuil avec Yves Montand, Michel Etcheverry et Roger Planchon.

Dans un état fictif, le président est assassiné lors d’une parade alors qu’il vient de gagner les élections de quelques 100 000 voix. Le tireur embusqué au sommet d’une tour, qui abrite notamment les locaux de la “transcontinentale d’import-export”, est le coupable désigné par la commission chargée d’enquêter sur ce meurtre odieux… Avec des motifs aussi évidents, impossible de passer à côté de Kennedy au moment même où le procureur Henri Volney s’oppose aux conclusions de la commission et reprend l’intégralité du dossier. Emmené par un Yves Montand impérial, I….comme Icare peut trôner fièrement aux côtés des plus grands polars made in France, à ne manquer sous aucun prétexte.

PHANTOM OF THE PARADISE

Sorti en 1974, réalisé par Brian de Palma, avec Paul Williams, William Finley et Jessica Harper.

Pour l’auteur de ces modestes lignes, Phantom of the Paradise est le plus grand film de Brian de Palma. Bien que le sujet du film ne tourne pas autour de la mort du président américain, sa présence dans cette sélection se justifie par sa dernière séquence, le meurtre de Swan. Toujours nourri de références et de sa cinéphilie, Brian de Palma convoque The Manchurian Candidate dans son ultime morceau de bravoure et (re)met ainsi en scène le 22 Novembre 1963 au cœur de son opéra qui sera, ici, “le premier meurtre en direct à la télévision”. Dans ce foisonnement de références historiques, le nom d’un certain Jack Ruby ne devrait pas passer inaperçu…

THE CONVERSATION

Sorti en 1974, réalisé par Francis Ford Coppola avec Gene Hackman, John Cazale et Allen Garfield.

Assurément la plus belle des palmes d’or avec Taxi Driver, ce thriller paranoïaque esquissé en contrechamp sonore de Blow Up traverse les désillusions grandissantes de son anti-héro. Et alors, les terribles secrets d’un système qui écrase l’individu éclate les croyances d’un bon petit soldat. C’est donc toujours ce motif récurent, et fondateur, de l’enregistrement détenteur de la vérité absolue qui est ausculté dans cette ébouriffante plongée dans l’antre de la folie. Aujourd’hui encore, son influence est décelable dans le cinéma contemporain. Cette année, nous avons pu assister à son remake déguisé et d’ailleurs, pas très convaincant, La mécanique de l’ombre.

THE PARALLAX VIEW

Sorti en 1974, réalisé par Alan J. Pakula avec Warren Beatty, Paula Prentiss et William Daniels.

Lors d’une parade, un sénateur est tué aux yeux de tous et une commission déclare qu’un tueur solitaire est le coupable, aucun complot n’a ainsi été établi. Dès lors, un journaliste – Warren Beatty, extraordinaire – mène l’enquête avec ses propres moyens et s’intéresse à la mystérieuse multinationale The Parallax Corporation. Pour aborder et saisir toute la grandeur de The Parallax View, il est indispensable d’avoir en tête les schémas de l’assassinat Kenney : Oswald, la commission Warren, le complot capitaliste-mafieux, Jack RubyAvec ce kit de survie, qui mériterait d’être réviser en visionnant le JFK d’Oliver Stone, The Parallax View vous entraînera au cœur de l’obscur contre-système volatile et sans visage, qui vous glacera le sang. Dès lors, The Parallax View est une déflagration, une démonstration implacable d’une mise en scène paranoïaque. Autrement dit, un chef d’oeuvre, tout simplement.

SEVEN DAYS IN MAY

Sorti en 1964, réalisé par John Frankenheimer avec Burt Lancaster, Kirk Douglas, Fredric March.

En 1980, les présidents des Etats-Unis et de l’URSS décident la fin de la guerre froide, mais un général tente de monter un coup d’Etat. Jugé trop pacifiste, le président Lyman ne recueille que trop peu d’opinions favorables et il devient nécessaire pour l’état major de se débarrasser de cette incompétence. Essuyant quelques turbulences de production, on dit que Kennedy lui même aurait insisté pour que le film voit un jour les salles obscures, Seven Day in May est une terrible ironie du sort. Bien que le long métrage ne se conclut pas par le meurtre savamment échafaudé, l’atmosphère oppressante qui rôdait aux coins des murs de la Maison Blanche surgit d’une mise en scène toujours au cordeau avec John Frankheimer. Et puis, Kirk Douglas et Burt Lancaster sont à l’affiche, pourquoi donc hésiter ?

THE MANCHURIAN CANDIDATE

Sorti en 1962, réalisé par John Frankenheimer avec Frank Sinatra, Janet Leigh, Laurence Harvey.

Non, il n’y a pas d’erreur. Si nous parlons ici d’un film sorti un an avant la mort du président, c’est entièrement pour sa résonance prophétique alors que la dernière scène est, à quelques détails près, le mode opératoire utilisé le 22 Novembre 1963 : un tireur embusqué, armé d’un fusil à lunette, censé logé une balle dans tête de sa cible lors d’un meeting politique. Au moment de sa sortie, The Manchurian Candidate a aussi été déprogrammé des cinémas et rien que pour cet incroyable alignement des planètes, on vous conseille sans réserves le visionnage d’un film qui a senti ce grand danger.

Sofiane

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