Début mai, Trump révélait ses fameux « UFO Files », aussi distrayants que vides de substance. C’est dans ce contexte d’aliens plus ou moins réels et de vérités encore plus relatives qu’atterrit en salles le nouveau film de Spielberg. Après un détour par la comédie musicale et l’autofiction, le génie de la science-fiction renoue avec ses racines cinématographiques et nous parle lui aussi d’aliens et de vérité.
En replaçant au cœur de son cinéma la réaction de l’humanité face à la découverte d’êtres non-humains, voire sur-humains, Spielberg inscrit Disclosure Day dans la lignée de E.T. l’extraterrestre (1982) et Rencontres du troisième type (1977). Plus marqué par les problématiques socio-politiques de notre époque, ce film poursuit, dans la lignée de E.T. l’extraterrestre et Rencontres du troisième type, l’examen de l’humanité par son réalisateur, à l’heure où les conflits géopolitiques et la manipulation de l’information instaurent une méfiance généralisée.
Faut-il tout dire ?
Le film suit deux protagonistes dont les chemins sont voués à se croiser. Le premier, Daniel (interprété par Josh O’Connor), travaillait dans la cybersécurité avant de voler des documents secrets ; l’autre, Margaret (incarnée par Emily Blunt) est une présentatrice météo qui aimerait plutôt présenter les nouvelles. Lorsqu’à l’antenne, Margaret se met à parler dans une langue incompréhensible, le décompte est lancé : sur moins de trois jours, elle et Daniel se retrouvent projetés dans une course-poursuite effrénée, de laquelle ils ne comprennent rien, guidés au téléphone par la voix du mystérieux Hugo, et par leurs propres visions incontrôlables, presque surnaturelles…
Mettant systématiquement ses personnages face au dilemme de la « révélation » – faut-il vraiment annoncer l’existence d’extraterrestres au monde entier ? –, Disclosure Day s’inscrit fermement dans l’actualité, et tout particulièrement une question essentielle : les nouvelles technologies permettent-elles vraiment un meilleur accès à l’information, et par extension à la vérité ? Et dans ce cas précis : toute information doit-elle être partagée ? Audacieusement, Spielberg associe ces grandes questions à une réflexion sur la foi au sens large (en l’existence d’aliens, en Dieu, en l’être humain) : la vérité ne passe-t-elle pas avant tout par la croyance ? Par ce coup de maître d’optimisme, Disclosure Day s’affiche comme un pamphlet pour l’humanité, tout droit sorti de l’imagination d’un réalisateur qui refuse de cesser de croire en elle, en nous.
Disclosure Day dans l’œuvre de Spielberg
Contrairement à ses autres explorations de l’extraterrestre, Spielberg fait ici le choix d’organiser son film en entonnoir, comme autant de pièces de puzzle ne s’assemblant complètement que lors du bouquet final. Choix audacieux, qui permet de maintenir la tension dans ce qui est essentiellement un thriller de course-poursuite. Choix qui amène en contre-coup à faire du film une bombe à retardement qui tarde à exploser. Tout amène à la bombe émotionnelle qu’est la scène finale, excellente du fait même de cette anticipation ; mais pour un film de 2h25, il est difficile de mettre deux heures au service de vingt-cinq minutes. Loin de prétendre que la majorité de Disclosure Day est à jeter (on retiendra notamment de superbes scènes d’action telles que seul Spielberg sait les faire), on peut cependant regretter qu’il n’y ait pas une plus grande uniformité dans la structure de ce film.
L’hétérogénéité du propos est d’autant plus marquée par un constant travail d’auto-référentialité. Depuis The Fabelmans, on sent l’éminent réalisateur de 79 ans travaillé par son héritage cinématographique, enclin à regarder derrière son épaule. Si Disclosure Day semble au contraire marquer un retour à la signature originelle du cinéaste, les apparences sont trompeuses. Le design des aliens en est la preuve : l’imaginaire du réalisateur n’a pas changé depuis Rencontres du troisième type, il y a près de cinquante ans ; quant à l’exaltante scène du train, elle est un clin d’œil appuyé à Duel, qui avait déjà été reprise dans The Fabelmans. On pense aussi à Taken, mini-série produite par le réalisateur, dans laquelle les aliens approchent les humains sous forme animale.
Comme tout film de Spielberg digne de ce nom, Disclosure Day émerveille par la capacité du réalisateur à rendre contagieux son regard d’enfant, toujours aussi émerveillé et bienveillant. Au cours de ces deux heures vingt-cinq inégales, il faut tenir bon, et croire en la capacité de Spielberg à nous bouleverser… autant que lui croit en ses aliens désuets.
— Marie ARRIGHI
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