Alors, J.J. Abrams, du bon côté de la force ou définitivement passé du côté obscur du marketing made in Mickey ? Difficile à dire. Le débat divise la rédaction. Et VII, s’il récolte plutôt des louanges, alors que s’achève la première semaine d’exploitation en salle, fait s’élever des voix amères qui hurlent au fan service et crient à la « Marvelisation » de la franchise rachetée, rappelons-le, 4 milliards de dollars par la firme de tonton Walt. À titre personnel, Star Wars VII est un excellent film, mais surtout, un excellent Star Wars. Fan service ou non. Attention, ça va spoiler sévère. Si vous n’avez pas vu le film, courez-y ! Vite.

Dans sa critique, Pierre a expliqué en long en large et en travers pourquoi LE RÉVEIL DE LA FORCE est un bon film. Pas la peine de revenir là-dessus. Cependant, la place que tient l’épisode dans la saga mérite qu’on s’y attarde.

Il y a plus de trente ans, après la bataille d’Endor, l’équilibre a été rétabli dans la Force par la famille Skywalker, décidément au centre des problèmes galactiques. Père et fils se sont rabibochés dans une ultime étreinte, l’empereur est passé de vie à trépas dans un feu d’artifice électrique, les Ewoks ont eu raison des Stormtroopers et Han et Leia s’apprêtent à couler des jours heureux après avoir fait péter une deuxième Etoile noire en cours de construction.

Trois décennies plus tard, dans cette galaxie lointaine, très lointaine, c’est pas la joie. Un groupuscule de cinglés a fondé le Premier Ordre sur les cendres de l’Empire et est bien décidé à mettre la galaxie au pas avec une base planétaire nommée comme aurait dû l’être le héros dans les premières versions du scénario de Star Wars. Luke, en l’occurrence, s’est cassé tel un Yoda contrarié et tout le monde le cherche. À commencer par sa sœur, générale de la Résistance, ainsi que Kylo Ren, méchant mystérieux. Alors oui, tout commence comme Un nouvel espoir ; le droïde recherché par les méchants, la planète désertique, l’entrée fracassante du méchant casqué, l’arme ultime qui fait mal aux planètes… Tout hurle à la face du spectateur qu’il a déjà vu ça. Comme un gros clin d’œil appuyé.

star wars VII le réveil de la force

© 2015 Lucasfilm Ltd. & TM. All Right Reserved.

Pourtant, ne nous y trompons pas, LE RÉVEIL DE LA FORCE n’est pas un bête copier-coller de l’Épisode IV (ou de l’Épisode I, pensé sur le même modèle d’ailleurs…), et impose des variations énormes dès son entame – comme avec ce Stormtrooper récalcitrant. Côté mise en scène aussi, Abrams varie. Là où l’abordage du Tantive IV (première scène du IV) jouait dans le statique, J.J. fait dans le nerveux, proche de l’action et impose une caméra virevoltante quasiment inédite dans un Star Wars.
D’ailleurs visuellement, tout en continuant d’explorer la notion d’espace à travers des plans à couper le souffle sur la planète Jakku, Abrams prend le temps de composer ses plans avec un esthétisme qui tranche avec la trilogie classique. Un souffle de modernité dans la mise en scène qui trouve son point d’orgue dans un plan-séquence hallucinant où un X-wing dégomme Chasseurs Tie et Stromtroopers à la chaîne, le tout dans un panoramique du plus bel effet.

Puis, tout au long du film, le réalisateur s’amuse des codes de la saga, respecte les figures imposées (« J’ai un mauvais pressentiment », « que la Force soit avec toi »), distille quelques clins d’œil de vrai fan service (une boule d’entraînement, un jeu de société, un hommage à la cantina…), mais surtout offre un condensé de la trilogie classique. Je m’explique. Beaucoup n’ont voulu voir dans LE RÉVEIL DE LA FORCE qu’un pâle remake de Star Wars Episode IV, évoquant la même structure, les mêmes enjeux… C’est en partie vrai. C’est même normal si l’on considère (encore une fois) que l’épisode I ouvrait la prélogie sur le même mode. Mais ce serait passer à côté d’une bonne partie du film. Car si l’on a bien un droïde recherché par l’ennemi et un gros machin à faire péter, il se passe énormément de choses inédites entre-temps.

star wars VII le réveil de la force

© 2015 Lucasfilm Ltd. & TM. All Right Reserved.

Le premier tableau, sur Jakku, sert de rappel à Un nouvel espoir. Rey est Luke. Jakku est Tatooine. BB-8 est R2. Mais la comparaison s’arrête là. Finn n’a pas d’équivalent dans la saga. La scène sur le cargo de Han Solo, transition avant le deuxième acte, non plus.
Ce deuxième acte, qui commence un peu comme la séquence de la cantina en son temps, se transforme d’ailleurs rapidement en autre chose, et une scène capitale de Rey fait vite écho à la scène de la grotte sur Dagobah dans l’Épisode V. Là où, pour Luke, la force devient tangible. Maze, la tenancière, joue d’ailleurs ici un rôle de Yoda en expliquant à Rey le pouvoir de la Force.

Une scène d’anthologie où les X-wing font la loi plus tard, la préparation du plan d’attaque pour libérer Rey et détruire la base Starkiller n’est pas tant un plagiat de l’épisode IV – c’en est un, clairement, avec la base rebelle sur le point de disparaître – qu’il rappelle l’attaque de la seconde Étoile Noire dans Le Retour du Jedi, l’Amiral Ackbar toujours vivant. Pendant ce temps, on en apprend plus sur Kylo Ren, ses origines, ses motivations et ses peurs. L’occasion de dessiner un méchant plus nuancé, plus gris, tiraillé entre le côté clair et le côté obscur. Une subtilité peu vue dans un Star Wars. Le traitement du personnage, à mi-chemin entre le Anakin de l’épisode III et le Dark Vador de l’épisode VI est d’ailleurs magnifiquement traduit à l’écran par un surprenant de puissance et de candeur en méchant inexpérimenté. Sa némésis, Rey, est aussi une nouveauté dans la saga qui nous avait habitués à des femmes fortes, certes (Padmé, Leia), mais jamais à une héroïne aussi autonome et au premier plan. Un vent de fraîcheur bienvenu dans le monde merveilleux des blockbusters.

« LE RÉVEIL DE LA FORCE résume et synthétise pour permettre de mieux transgresser et dépasser l’œuvre originale par la suite. »

Le dernier acte, entre la mission sur terre (comme dans l’épisode VI), la confrontation filiale (pensée en miroir de celle du V) et le duel de sabres ultra nerveux, rappelle plutôt les opus de Kershner et Kasdan qu’Un nouvel Espoir. Le tout avant de finir par deux minutes d’une émotion folle. Un cliffhanger positif, là encore, assez inédit chez les Skywalker.

En faisant dans le fan service et les clins d’œil parfois (trop ?) appuyés, Abrams ne fait pas que satisfaire les amateurs en respectant un simple cahier des charges (d’ailleurs, je suis sûr que des néophytes y trouveront leur compte). Il noie le poisson. Il détourne le spectateur de son but premier pour mieux faire passer la pilule. À savoir, créer une vraie nouvelle histoire dans la saga. Aussi, ses rappels incessants aux épisodes précédents et la présence de figures mythologiques (Leia, Han Solo, Vador…) servent surtout à apporter de la cohérence et du liant à l’univers dépeint pour poser les bases de cette nouvelle aventure portée par des archétypes nouveaux : Rey (sorte de Luke Skywalker en plus débrouillard, sorte de « fan » de l’espace), Finn (déserteur, amoureux et courageux quand il le faut), Poe (idéaliste et drôle, là où Han était un personnage égoïste) et BB-8 (R2-D2 mignon ET rapide), les vrais héros de cette nouvelle trilogie. Ce qui ne l’empêche pas de souffrir de quelques incohérences scénaristiques…

photo du film Star Wars : Le réveil de la force

© 2015 Lucasfilm Ltd. & TM. All Right Reserved.

En résumant en 2h16 ce qui a fait le sel des films précédents, Abrams s’affranchit surtout des arcs narratifs passés pour laisser le champ libre à Rian Johnson pour les suivants.
Dans sa chronique, Thomas dénonce le côté patchwork d’un film sans colonne vertébrale thématique où se suivent formation de deux héros, lutte contre le Bien et le Mal et finalement poids du passé sur le présent. Dans l’ordre : Un nouvel espoir, L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi. La preuve qu’Abrams n’a pas cherché à faire dans le collage hommage à la trilogie de son enfance, mais bel et bien à résumer, synthétiser pour mieux transgresser et dépasser l’œuvre originale par la suite. Une façon de « tuer le père », symboliquement. Passage obligé avant l’émancipation. C’est là l’intelligence et la subtilité du RÉVEIL DE LA FORCE, qui, en s’appropriant des schémas narratifs connus, des thématiques rebattues et des archétypes rassurants, offre la possibilité au réalisateur de dessiner les contours de la suite, vraisemblablement originale dans son entier.
Évidemment, je peux me tromper. Et si l’épisode VIII ne s’avère n’être qu’une triste copie de l’Empire contre-attaque, je viendrai présenter mes excuses… En attendant, en réveillant la Force, Abrams a suscité chez moi un nouvel espoir qui sera, je l’espère, comblé par le retour des Jedi.

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS
16 décembre 2015 - Star Wars (Copier)

+ CRITIQUE
+ Star Wars VII : de l’autre côté du miroir
+ Star Wars VII : stop au fan service !
+ Star Wars : quand le futur s’immisce dans le passé
+ Star Wars : une expérience propre à chacun
+ Rétrospective honnête : Star Wars, dans les épisodes précédents…

Titre original : Star Wars: Episode VII – The Force Awakens
Réalisation :
J.J. Abrams
Scénario :
, J.J. Abrams, , d’après
Acteurs principaux :
, ,
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 
16 décembre 2015
Durée :
2h16
Distributeur :
The Walt Disney Company France
Synopsis :
Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga « Star Wars », 30 ans après les événements du « Retour du Jedi ».

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