Photo du film BROCÉLIANDE
Crédit : Pathé Distribution

BROCÉLIANDE, nanar demi-sel – Analyse

Lily Rédactrice

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Sur le campus de la fac de Rennes, une étudiante en archéologie se retrouve liée à une série de meurtres étranges. Fait curieux : chaque victime entretient un rapport étroit avec un site de fouille, situé en pleine forêt de Brocéliande. Un synopsis digne des plus grands téléfilms de l’été… Pour l’un des nanars les plus légendaires de la production française.

Jugé comme l’un des pires représentants du genre français, ressorti régulièrement du tréfonds des abysses des films les moins bien notés sur Allociné, BROCÉLIANDE est à la France ce que Hitman le Cobra est aux États-Unis : un bon gros nanar des familles. À mesurer l’ampleur du désastre à l’écran, on se demande comment cet objet filmique a bien pu raisonnablement atterrir dans une salle de cinéma. Il faut dire aussi que BROCÉLIANDE sonne comme une vaste blague. Un film d’horreur en pleine forêt de Paimpont, avec en vedettes Alice Taglioni et Elsa Kikoïne – fille du réalisateur pornographique Gérard Kikoïne, reconvertie en architecte depuis… Avouez que – tout de même – la chose prête à sourire.

Photo du film BROCÉLIANDE
Buffy et Faith version Leader Price – Crédit : Pathé Distribution

Les plus optimistes se seront targué d’un très suffisant : « Oh, mais pourquoi pas ? ». Eh bien, si l’ensemble avait été convaincant, même avec le faible budget à disposition, BROCÉLIANDE aurait pu être une chouette proposition d’auteur. Un pied-de-nez à ce que le cinéma français de ce début de siècle entreprenait de plus agaçant et d’entendu. Or, il suffit de jeter un œil à n’importe quelle scène du film, même de façon aléatoire, pour se rendre compte que ce miracle n’a pas eu lieu… Plus encore, de l’opportunité de faire quelque chose du terreau de légendes que représentent les terres bretonnes, BROCÉLIANDE passe complètement à côté de son sujet et ose à peine les citer. En effet, le rite se veut « druidique ». Point final. Prétexte énoncé.

Désastre absolu

Tirons quelque peu sur l’ambulance. Dans BROCÉLIANDE, rien ne va. Le scénario est bancal, le décor, piqué à une production France 3 du jeudi soir, et le jeu d’acteur, au fond du gouffre – certainement l’excès de Chouchen. Le film est, de plus, jalonné d’erreurs techniques grossières et visibles à l’image. À s’en tordre de rire. Plusieurs frames ont notamment été oubliées au montage. Les draps et matelas camouflés dans le décor pour réceptionner les acteurs lors des cascades font, eux aussi, des apparitions remarquées à l’écran. Enfin, le rire se déploie irrémédiablement à la vue des accessoires d’une hideur sans nom, mais aussi et surtout, face aux effets visuels d’un kitsch rarement égalé.

Photo du film BROCÉLIANDE
Ceci est une serpe (croyez-nous sur parole) – Crédit : Pathé Distribution

Voir des druides discount touiller le contenu vert fluo d’un chaudron où flottent des têtes en plastique recèle effectivement une saveur particulière. De même que les effets spéciaux nous régalent, entre autres, d’un corps humain nu couvert de tatouages tribaux plus vrais que nature (ceci est un mensonge). Mais aussi, d’une décapitation digne des meilleures cinématiques de la Playstation 1. Toutefois, ce déluge de mauvais goût ne subvient qu’après, il faut bien l’avouer, une première partie assez cohérente. Avec un univers estudiantin aux accents fantastiques, qu’on devine fortement inspiré des premières saisons de Buffy contre les vampires. Or, c’est très certainement ici que le bât blesse.

Enjeux financiers

De l’aveu du réalisateur, Doug Headline, « il fallait se plier à la commande. Alors, avec mon co-scénariste, Benoît Lestang, nous avons revu les objectifs artistiques à la baisse en fonction des souhaits du producteur et du distributeur ». Ainsi donc, on devine sans mal que BROCÉLIANDE fut un projet contraint par des ambitions commerciales, réalisé sans grande conviction. Calibré pour séduire le public des films d’horreur pour ados, il tente de reprendre tant bien que mal les canons du slasher post-Scream, mais aussi de se fondre dans le moule des séries fantastiques des années 2000. Certains diront que BROCÉLIANDE nous reste comme ce que l’épouvante française a produit de pire. Nous préférons l’évoquer comme le vestige d’une époque où, peut-être, les accidents industriels étaient encore retentissants.

Lily Nelson

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