Avec L’AMOUR C’EST SURCOTÉ, Mourad Winter propose une comédie romantique portée par Hakim Jemili et Laura Felpin. Certes, le scénario n’est pas très original : Anis, trentenaire endeuillé et paumé en amour, va rencontrer la fille parfaite en la personne de Madeleine, et nous suivons le développement de cette relation durant 1h38. Mais il faut reconnaître que pour un premier long-métrage, le réalisateur signe une mise en scène soignée et un rythme bien tenu.
On rit souvent, parfois franchement. Derrière cet équilibre efficace, le film laisse toutefois entrevoir certaines failles : une écriture inégale et une construction de personnage qui interroge. Car à trop idéaliser ses figures, L’AMOUR C’EST SURCOTÉ finit par passer à côté d’une forme d’authenticité qu’il semblait pourtant vouloir revendiquer.
Une mise en scène qui joue des ruptures
C’est sans doute la dimension la plus unanimement réussie du film. Mourad Winter accorde un soin visible à la composition de ses plans : la lumière naturelle flatte les visages, les intérieurs sont vivants sans être envahis. Surtout, le film parvient à réconcilier esthétique et dynamisme : il y a quelque chose d’instinctif dans la façon dont l’image accompagne les scènes, sans jamais tomber dans la carte postale ni la stylisation creuse.
Mais ce qu’on retiendra dans L’AMOUR C’EST SURCOTÉ, c’est sa capacité à créer un basculement émotionnel soudain. Mourad Winter joue avec les contrastes : une scène de pure comédie aux couleurs chaleureuses enchaîne brutalement avec un moment d’une sincérité bouleversante dans la pénombre. Le spectateur se sent ainsi submergé par le large spectre des émotions qu’on lui force à ressentir, et cela le laisse pantois. Ce procédé fonctionne d’autant mieux qu’il s’appuie sur la justesse du jeu de Laura Felpin (Asterix et Obelix : l’empire du milieu) et l’étonnante versatilité de Hakim Jemili (En passant pécho), capable de passer d’un rire éclatant à une vulnérabilité désarmante en un clin d’œil.
Une écriture qui ose… parfois trop
L’écriture du film est un paradoxe : à la fois fine dans ses dialogues et risquée dans son humour. On rit, souvent à voix haute, et c’est un plaisir suffisamment rare dans la comédie française contemporaine pour le noter. Le film a le mérite de ne pas abandonner l’humour au profit du drame : la comédie persiste, même quand la romance s’installe – un équilibre précieux que beaucoup échouent à tenir.
Mais certaines blagues, notamment dans le premier tiers, donnent le sentiment d’un trop-plein. La volonté de « faire drôle coûte que coûte » provoque quelques sorties de route. Et c’est là que le bât blesse : lorsque l’humour repose sur des ressorts racistes, homophobes ou transphobes, la moindre erreur entache l’ensemble. Car une fois le doute installé – est-ce censé être drôle, ou juste insultant ? – il devient difficile de se réinvestir pleinement dans le film. Cette logique du « on se moque de tout le monde donc on est irréprochable » atteint ici ses limites : l’universalité de la moquerie ne neutralise pas nécessairement son potentiel offensant.
Une relation peu crédible, symptôme d’un récit imparfait
Derrière la sincérité des émotions et la finesse de certaines scènes, le film pêche par la manière dont il construit son personnage féminin central, et par extension son récit. Madeleine apparaît comme une figure presque mythifiée : compréhensive, drôle, disponible, elle absorbe les blessures d’Anis sans jamais vraiment laisser paraître les siennes. Le déséquilibre est flagrant, et il fragilise la sincérité du propos romantique.
Laura Felpin, grâce à son jeu tout en justesse, parvient pourtant à faire deviner une intériorité plus dense – quelques traces de douleurs passées affleurent brièvement. Mais ces pistes sont trop vite refermées : Madeleine n’existe pas vraiment pour elle-même, elle est avant tout là pour réparer Anis.
On comprend les critiques négatives accusant un récit très masculin, où la « femme idéale » devient le levier de rédemption, sans toujours exister en tant que personnage autonome. C’est en effet la même chose pour les personnages secondaires qui, bien que drôles, sont dessinés à gros traits, comme ce « pote raciste » dont la seule fonction est de livrer une punchline toutes les deux minutes. Drôle, oui, mais vite redondant, et peu inspiré.
L’AMOUR C’EST SURCOTÉ, une réussite ?
Difficile de ne pas saluer Mourad Winter, qui, pour un premier long métrage, réussit à cocher les cases essentielles du genre : on rit, on est touché, et la romance fonctionne. À cela s’ajoute une vraie proposition de mise en scène, avec une identité visuelle forte et cohérente.
Mais ces qualités ne suffisent pas à faire oublier les écueils, parfois gênants. En opposant une figure féminine fantasmée à des seconds rôles schématiques, le film affaiblit la justesse de son propos et laisse une impression d’ensemble inégal. D’autant plus que quelques blagues franchement limites laissent un arrière-goût d’occasion partiellement manquée.
L’expérience reste globalement positive et on suivra les prochains projets de Mourad Winter avec attention – en espérant qu’ils s’ouvrent à des voix plus diverses, capables de complexifier les récits sans en perdre l’élan comique.
Nathan DALLEAU



