Photo du film L'ATTAQUE DES DONUTS TUEURS
Crédits : Daredo Filmverleih

L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS, 3 dollars 50 la douzaine – Critique

Noter5 Notes
3
RASSASIÉ

Cet article a pu être réalisé grâce à notre partenaire Ciné+ OCS. Son contenu est indépendant et conçu par la rédaction.

Fond de catalogue récurrent des plateformes SVOD depuis quelques années, L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS est encore trop souvent défini comme un nanar. Pourtant, le film de Scott Wheeler n’est ni plus ni moins qu’une série Z de facture somme toute classique – sympathique, bien qu’assez sage pour ce type de production.

Une série Z inoffensive

Par-delà Sundance, il existe un autre cinéma « d’auteur » américain où le mauvais goût côtoie le sublime dans la dégénérescence la plus crasse. Un cinéma Z à la connerie totalement assumée et putassière, avec pour unique vocation que de s’amuser à vendre les concepts les plus idiots qui tiennent en trois lignes. L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS s’inscrit dans ce registre et fait certainement partie des productions « récentes » de ce type les plus accessibles et les moins risquées, puisque s’il ne se prive pas de quelques gags scatophiles, il ose assez peu s’aventurer dans le sexe graveleux et racoleur – autres thèmes récurrents du genre.

Proche chronologiquement du succès inattendu de Sharknado, il ressemble en effet davantage aux films volontairement mal fichus à destination des jeunes adultes produits par Sci-Fi, qu’aux œuvres sciemment plus provocantes de la Troma. Toutefois, il intègre davantage l’héritage du film de drive-in à l’américaine, bien qu’il se réfère moins aux contenus réacs des œuvres des années 50 – telles que Danger Planétaire (le Blob de 1958) – qu’à leurs parodies plus tardives, comme L’Attaque des tomates tueuses de 1978. Assez inoffensifs donc, ces donuts tueurs, malgré un portrait assez caustique de la police de proximité.

Du charme des donuts en 3D moches

Pour autant, L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS n’est pas dépourvu de tout propos. Comme de nombreux films de cet acabit depuis la fin des années 80, il prend pour protagoniste principal un gentil loser, un smalltown boy, employé d’un magasin de donuts. Qui, dans cette sombre histoire de pâtisseries avides de chair humaine, s’en sort évidemment mieux que les méchants patrons et que la bande de harceleurs du coin, avant de terminer au lit avec un love interest qu’il feignait d’ignorer jusqu’à présent. Rien de bien surprenant, ni de très profond, mais un postulat tout de même, là où l’on en attendait pas tant.

Pas tant puisque, comme le titre nous le fait lambiner, nous sommes évidemment venus voir quelques beignets ronds et gras s’attaquer à la populace locale. Et l’infamie numérique sous laquelle les fameux donuts se présentent contribue au plaisir engendré chez le spectateur avide de ce type de divertissement. Les non-initiés fronceront le nez d’un air indigné, tandis que les amateurs s’en verront comblés, ravis de trouver ce qu’ils étaient venus chercher. On pourrait même se risquer à défendre les quelques véritables marionnettes de donuts tueurs, dont le grotesque ajoute au kitsch volontaire du long-métrage.

Du nanar volontaire à la parodie assumée

Car oui, il serait naïf de croire à la candeur de telles inepties visuelles. Déjà rôdé à l’exercice, le réalisateur Scott Wheeler s’était auparavant illustré dans le mauvais goût avec, entre autres, Sand Sharks : les dents du sable en 2011 ou Transmorphers: Fall of a man, parodie-type de The Asylum, en 2009. Avec à l’affiche des habitués du genre, comme Justin Ray ou Michael Swan, L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS ne trompe personne. Certains reprochent néanmoins à ce cinéma de manquer d’authenticité et de pasticher le nanar, d’imiter le désastre involontaire des auteurs mégalos peu talentueux, comme des grands incidents industriels.

Il n’empêche que dans cette volonté de sévir, L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS paraît bien plus honnête et généreux dans son dérapage contrôlé qu’un énième Sharknado. Assez sage pour ce type de série Z, le film de Scott Wheeler a même pu bénéficier d’une mise en avant étonnante en France, en raison de sa sélection au Festival de l’Alpe d’Huez en 2017. Vendu comme un héritier des parodies telles que L’Attaque de la moussaka géante, il continue de susciter une certaine sympathie. Toutefois, ce serait lui prêter encore de trop grandes ambitions, là où il ne demeure pas moins qu’un sympathique divertissement de SVOD.

Lilyy NELSON

Auteur·rice

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Note finale