THE QUEEN’S GAMBIT, entre génie et folie – Critique

Personne ne l’attendait, encore moins en avait entendu parler… pourtant THE QUEEN’S GAMBIT est la série Netflix à ne pas rater cet automne.

THE QUEEN’S GAMBIT n’est pas seulement le nom du dernier succès de Netflix. Il s’agit également d’un coup aux échecs qui consiste à sacrifier volontairement un de ses pions afin de gagner le contrôle du centre de l’échiquier. Risquée, cette manœuvre incarne à elle seule la vie de Beth Harmon, incarnée par l’incroyable Anya Taylor-Joy, dans la dernière mini-série de Netflix. Cette adaptation du roman éponyme de Walter Tevis par Scott Frank et Allan Scott suit la vie d’une jeune prodige des échecs devenue orpheline à l’âge de neuf ans suite à la mort de sa mère.

À l’orphelinat, par défi de l’autorité mais aussi par désir de clandestinité, elle commence à jouer aux échecs au sous-sol avec le concierge qui incarne une famille qu’elle n’a jamais eu. Elle se retrouve rapidement obsédée par le jeu qui lui apparaît la nuit et se révèle être un enfant prodige. Entre dépendance aux drogues et à l’alcool, la jeune femme va ainsi se lancer dans une quête afin de devenir la meilleure joueuse d’échecs du monde. Avec ce scénario parfaitement ficelé qui se déroule sans le moindre accroc, les réalisateurs réussissent à transporter les spectateurs des années 50 aux années 60. C’est donc dans cette atmosphère psychédélique que se déroule ce drame féministe consacré à une femme, seule, au milieu d’un univers d’hommes.

Beth Harmon semble peut-être imbattable, mais elle se distingue dans cet univers par son sexe. Là où on pose des questions techniques à ses adversaires, on s’interroge plutôt sur sa tenue ou son âge. Les joueurs d’échecs qu’elle affronte sont tous des hommes. Dans une société patriarcale où la femme va bientôt être mystifiée par Betty Friedan, Anya Taylor-Joy incarne un être exceptionnel qui s’affranchit d’une répartition sexuée des créations intellectuelles et charnelles. La femme, considérée uniquement à l’aune de sa fonction reproductrice, n’est pas encouragée à se préoccuper de la fécondité de son esprit, et permet malgré elle la définition de ce dernier en tant que monopole entièrement masculin. Mais au-delà de brosser un portrait d’émancipation féminine, la série questionne surtout la nature de ce qu’on appelle un génie. Le talent ne suffit pas. Le travail acharné et l’obsession sont essentiels.

Obsédée par le jeu, Beth devient rapidement l’incarnation de ces génies maudits dont le talent est parfois la traduction d’une souffrance ou de la folie.

Mais le génie n’est parfois que l’irruption brutale d’une idée dans un esprit qui ne l’attend pas. Or la jeune femme est toujours sous tension. En laissant entendre la voix-off des commentateurs, les réalisateurs arrivent ainsi à retranscrire avec brio l’état mental troublé de la jeune femme. Avec une sincérité incroyable, Anja Taylor-Joy réussit une belle performance en incarnant cette joueuse qui a besoin d’embrumer son cerveau d’alcool et de drogue afin de ne plus en subir les interruptions brutales. C’est en gardant la confusion dans son esprit que la jeune femme s’estime ainsi être la meilleure. Quand la vie ne se résume plus qu’aux 64 carrés blancs et noirs qu’elle connaît par cœur, elle est sereine, paisible mais surtout en sécurité. Elle peut contrôler, dominer et gagner. Mais quand la vie n’est plus qu’un plateau dans lequel elle s’enferme, l’isolement apparaît comme le dur prix à payer pour la jeune femme qui s’enfonce dans l’auto-destruction.

Pendant les sept épisodes de cette mini-série, on suit l’histoire de cette femme magnétique et tourmentée par des démons bien plus grands qu’elle. Avec une reconstitution visuelle très juste, THE QUEEN’S GAMBIT réussit à insuffler à chaque partie d’échecs une tension presque palpable. Il est ainsi inutile de souligner la beauté des décors et l’élégance des tenues qui ne viennent que perfectionner le tableau dans lequel évolue Beth Harmon. La seule question qui reste en suspens est celle du titre, en sacrifiant ses pions, la jeune femme a-t-elle réussi à gagner le contrôle du centre de l’échiquier ?

Sarah Cerange

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Titre original : The Queen's Gambit
Réalisation : Scott Frank & Allan Scott
Acteurs : Anya Taylor-Joy, Marielle Heller, Thomas Brodie-Sangster, Harry Melling, Bill Camp
Date de sortie : 23 Octobre 2020
Durée : 7x46-68 min
4
Haletant

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